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?Aaj ka Siantuk? ou le retour vers le futur

15 août 2004, 20:00

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Le Port-Louis Festival Theatre a accueilli samedi soir, pour la saison 2004, l?Academy of Film & Theatre qui a joué avec beaucoup de ferveur, pour le plaisir de tous ses fans, Aaj Ka Siantuk. La pièce, écrite et dirigée par Mahesh Ramjeewon, assisté de Bulram Tacouri, est une version originale de la légende de Siantuk, le marchand ambulant de lait, métamorphosé par des fées en rocher au sommet de la montagne Pieter Both avant de revenir à la vie, des siècles après, pour constater avec amertume les dérives d?un monde nouveau.

Bruits de fond, jeux de lumière, projection de diapositives, musique, mimes, danses et chants? bref, tous ces ingrédients, assortis d?abord avec un décor qui figure l?atmosphère limpide et transparente d?un espace-temps révolu, sont réunis sur scène pour garantir au spectateur un voyage féerique dans le pays de ?il était une fois??, avant de le ramener avec parfois une brutalité féroce et percutante à la réalité d?aujourd?hui. De la légende à la réalité, de la réalité à la légende, Aaj Ka Siantuk est une pièce qui, par la puissance du jeu de ses acteurs, transcende notre quotidien à travers un saut dans l?espace et le temps pour nous inviter à prendre conscience de la nature abjecte dans laquelle la modernité a propulsé l?état de notre monde d?aujourd?hui.

Echos

En effet, au lever du rideau, le spectateur est projeté dans un temps nostalgique où existent encore des laitiers ambulants qui passent de village en village pour proposer aux villageois le lait qu?ils transportent dans un bidon sur leur tête. L?un d?eux, Santiak, (rôle merveilleusement interprété par Soomilduth Beejan, le Nut de Jai Charandas Ki du Festival de l?année dernière) gagnait sa vie modestement jusqu?au jour où des fées de montagne, qu?il surprend en train d?exécuter leur danse, lui offrent un moyen de devenir riche à condition de ne rien dévoiler à propos de cette rencontre et de leur existence. Mais devant le drame que lui joue sa bien-aimée pensant qu?il va à la rencontre de quelqu?une d?autre, il se retrouve devant l?obligation de tout avouer, rompant par là-même sa promesse faite à ses bienfaitrices magiciennes. Ce qui, bien évidemment, ne pouvait être tenu à l?insu de celles-ci. Folles de rage, elles maudissent leur protégé en le condamnant à être métamorphosé en rocher ? d?où la fameuse légende du rocher au sommet de Pieter Both (Moorhiya Pahaarr).

Des siècles après, la malédiction est enlevée. Santiak revient à la vie. Mais stupéfié devant tant de maux (guerre, drogue, alcool, chômage, etc) qui gangrènent la société, tourmenté devant tant de tentations (influence malsaine de diverses religions et sectes, entre autres) destinées à prendre possession de la conscience de l?homme avant de le conduire à sa perte, il choisit de retourner à sa situation d?avant, préférant par là-même son état de rocher sans âme et sans vie plutôt que de vivre dans un monde en putréfaction.

En suivant ce personnage central dans ses parcours et péripéties, le spectateur découvre le monde dans sa diversité culturelle et langagière. Tout comme pour Jai Chandaras Ki, jouée l?année dernière, cette pièce fait également usage des langues communément employées à l?île Maurice : créole, hindi, bhojpuri, anglais et français.

Dans Aaj Ka Siantuk, chaque personnage qui apparaît symbolise une catégorie de gens et leur mode de vie. L?objectif est de donner une représentation la plus totale de la société et ses structures. Tout ce qui ne peut être donné à voir par le jeu des acteurs est traduit par les langues, les gestes et les bruits de fond. Les propos mêmes des personnages ont une visée universelle. Ils véhiculent souvent un discours truffé de sens implicites qui dépassent le cadre limité de la scène pour aller heurter, sous forme d?écho, les spectateurs dans la salle.

Derrière la représentation du chaos qui guette la société d?aujourd?hui, Mahesh Ramjeewon et Bulram Tacouri, les deux metteurs en scène, ont cherché, de toute évidence, à attirer notre attention sur les raisons que nous avons de nous interroger sur l?avenir de ce monde. Cependant l?acte exemplaire de leur ?héros?, qui choisit de se retirer de ce monde vil et ignoble en se chosifiant, est une défenestration qui mérite davantage de réflexions. (Lire à ce sujet notre billet).

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