Publicité
Yannick Applasamy: «Inspirons-nous de ce ‘létan lontan’ où nous mangions ce que nous plantions»
Par
Partager cet article
Yannick Applasamy: «Inspirons-nous de ce ‘létan lontan’ où nous mangions ce que nous plantions»
Le Covid-19 et le conflit russoukrainien ont bouleversé le marché agricole mondial, avec une hausse record des cours des denrées alimentaires. Aujourd’hui, l’urgence est de stabiliser notre système d’approvisionnement alimentaire et de travailler ensemble à l’élaboration de mécanismes qui nous permettront de résister à ces chocs mondiaux… Le nouveau président de l’AMM évoque l’urgence de la situation.
Privilégier la sécurité alimentaire n’est plus un projet à réaliser, mais une urgence. Pour faire face à la crise, la Banque mondiale a mis au point un plan d’urgence pour les pays les plus touchés. Comprenons-nous vraiment cette urgence ?
Oui ! C’est une urgence nationale sur laquelle il faut agir. La prise de conscience est là. Il faut maintenant développer des solutions et passer à l’action dans l’intérêt général du pays. La pandémie et le conflit en Ukraine nous rappellent à quel point nous sommes vulnérables en matière de sécurité alimentaire. Depuis 2020, les Mauriciens ont compris le rôle que l’AMM et le Made in Moris peuvent jouer quand nos frontières sont fermées ou que les grandes nations industrielles décident de réduire leurs exportations et de sécuriser leur production pour leur propre territoire, comme le fait l’Égypte pour l’huile, par exemple. Toutes les grandes nations se construisent des réserves stratégiques et protègent leurs marchés intérieurs.
Nous devons absolument en prendre conscience aujourd’hui. Comment prioriser notre marché intérieur ? En 2019, avant la pandémie, nos importations en nourriture tournaient autour de Rs 40 milliards de produits venant de plus de 80 pays. Aujourd’hui, l’urgence est de stabiliser notre approvisionnement alimentaire et de travailler ensemble à l’élaboration de mécanismes qui nous permettront de résister aux chocs mondiaux. Cela inclut l’intégration de notre industrie de transformation dans nos secteurs primaires de l’agriculture, l’élevage et la pêche ; d’où notre appel pour l’organisation d’assises de la production locale. Producteurs, éleveurs, agriculteurs, distributeurs et les autorités doivent se retrouver autour d’une table pour travailler ensemble au développement, sur notre territoire et dans la région, de nouvelles filières agroalimentaires. Inspirons-nous de ce létan lontan où nous mangions ce que nous plantions.
Si nous ne dépendons pas directement de l’Ukraine, nous dépendons de pays qui eux obtiennent leurs matières premières d’Ukraine ou de Russie. Comment s’annoncent les mois à venir ?
Précisions que notre pays dépend indirectement de l’Ukraine pour les intrants essentiels dans la production de fertilisants et de nourriture pour l’élevage. Les tensions sur nos chaînes d’approvisionnement sont réelles et préoccupantes. C’est une situation que nous suivons de près, car une majorité de nos membres de l’AMM et du label Made in Moris, opèrent dans l’industrie agroalimentaire. Il s’agit, aujourd’hui, de continuer la production des denrées de base, de sécuriser les commandes de nos matières premières et de s’assurer qu’elles nous parviennent en temps et en heure. Ce conflit a bouleversé le marché agricole mondial, avec une hausse record des cours des denrées alimentaires. Ajoutons à cela, la fluctuation du marché des devises et l’instabilité des dessertes maritimes, et vous comprendrez que les mois à venir seront difficiles. N’oublions pas aussi dans l’équation, la grande vulnérabilité des familles mauriciennes se retrouvant dans des poches de pauvreté.
Dans l’immédiat, quelles sont les propositions de l’AMM en prévision d’éventuelles pénuries ?
Il faut être réaliste. Personne n’a la solution miracle aujourd’hui, surtout dans une problématique aussi importante où la solution doit s’élaborer de manière pérenne et collective. Le monde passe par une conjoncture exceptionnelle avec ces deux chocs. Il y a évidemment des mesures à court terme comme l’octroi de subsides ; cela peut soulager le consommateur, mais ce n’est qu’un placebo. Entre-temps, les prix grimpent, un bateau que l’on affrète aujourd’hui coûte deux à trois fois plus cher, le coût de nos intrants explose et le rattrapage des prix fera très mal. Sans concertation collective, sans un dialogue public-privé, ne serait-ce que sur les solutions d’approvisionnement, nous ne parviendrons pas à éviter d’autres tensions sur notre marché alimentaire.
En tant que nouveau président, quel sera votre dossier prioritaire ? Le contexte actuel est difficile pour notre économie et le secteur manufacturier. Je mesure bien la responsabilité qui est la mienne. Notre résilience et notre indépendance économique redeviennent des enjeux stratégiques vitaux. Nos chantiers sont la sécurité et la sûreté alimentaires de l’île, la création de partenariats industriels dans l’océan Indien, la préparation de la 4e révolution industrielle et l’adoption de modes de production durables. Nous devons également consolider le label Made in Moris qui fête ses dix ans en 2022. Nous jouerons un rôle plus important dans l’économie locale. J’accorderai une attention particulière au renouvellement de l’outil industriel mauricien et à l’innovation durable.
En tant que nouveau président, quel sera votre dossier prioritaire ?
Le contexte actuel est difficile pour notre économie et le secteur manufacturier. Je mesure bien la responsabilité qui est la mienne. Notre résilience et notre indépendance économique redeviennent des enjeux stratégiques vitaux. Nos chantiers sont la sécurité et la sûreté alimentaires de l’île, la création de partenariats industriels dans l’océan Indien, la préparation de la 4e révolution industrielle et l’adoption de modes de production durables. Nous devons également consolider le label Made in Moris qui fête ses dix ans en 2022. Nous jouerons un rôle plus important dans l’économie locale. J’accorderai une attention particulière au renouvellement de l’outil industriel mauricien et à l’innovation durable.
La semaine dernière, l’AMM a lancé le deuxième parcours de «Lindistri Dime», son programme de transformation du secteur. Il est question, cette fois, de la gestion durable de la «supply chain». En quoi «Lindistri Dime» est-elle pertinente dans le contexte actuel ?
L’AMM et le Made in Moris ont toujours plaidé pour une approche collective et une vision à long terme. Notre programme Lindistri Dime a été pensé pour enclencher la transformation du secteur manufacturier. Ce programme repose sur trois thématiques : l’éco-conception, la gestion durable de la chaîne d’approvisionnement et l’usine du futur à travers l’automatisation et les technologies nouvelles. Nous nous assurons, par ces différents programmes, de la montée en compétences de nos industriels.
Cela débouchera sur la création de nouvelles chaînes de valeur et de nouveaux leviers économiques. Nous pensons au long terme. L’AMM accueillera bientôt, dans le cadre de la coopération régionale, un Volontaire de solidarité internationale (VSI) sur l’économie circulaire en partenariat avec Business Mauritius et la région Réunion ; ainsi qu’un Volontaire international en entreprise (VIE) sur la bioéconomie. Deux ingénieurs pour soutenir les projets issus du programme Lindistri Dime dans un cadre de la coopération régionale. Nous posons les bases de l’industrie locale et régionale de demain.
L’adhésion au label «Made in Moris» est-elle facile et faudrait-il des mesures temporaires pour booster la production locale ?
C’est important de rappeler que l’adhésion au label Made in Moris est calculée sur le chiffre d’affaires de l’entreprise qui en fait la demande. Ce qui est équitable. Les plus grandes entreprises paient donc une contribution plus importante. Ensuite, depuis 2016, le gouvernement offre un soutien financier, via le Made in Moris Scheme de SME Mauritius, à toute PME souhaitant obtenir le label. Une aide financière qui va de Rs 5 000 à Rs 50 000. La pandémie n’a pas diminué l’attractivité de Made in Moris pour les chefs d’entreprise. Bien au contraire. Les PME sont importantes pour le Made in Moris.
Prenons, par exemple, le travail que fait le label avec la Tourism Authority. Cela a permis à des adhérents, petits et grands, de développer des projets avec des hôtels et des DMC. Le label sert de passerelle. Aujourd’hui, compte tenu de la conjoncture économique, il ne peut plus être question de mesures temporaires ! Il faut penser à long terme. Comment produire, par exemple, nos matières premières de qualité ? Comment réduire notre facture d’importation de légumes et de fruits ? Comment faciliter la transition vers l’industrie 4.0 ? C’est le temps des réformes structurelles et des décisions audacieuses pour notre avenir et nos modes de vie.
Le ministre des Finances présente demain son Budget national. Quelles sont vos attentes ?
Nous avons soumis notre Budget Memo, qui inclut 30 mesures pour atteindre deux objectifs : Programming the shift et Adapting the institutional framework. Il nous faut un signal fort pour consolider l’industrie locale, pour l’innovation industrielle et le développement de nouvelles filières agro-alimentaires. Le Budget ne doit pas être qu’une réaction aux événements conjoncturels mais un outil pour déployer une stratégie industrielle nationale, basée sur l’économie circulaire, la consolidation de la production locale de qualité, l’intégration régionale et la solidarité nationale avec notre proposition Moris Solider. Il y a un nouveau projet de société à construire ensemble.
Publicité
Publicité
Les plus récents