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Sheila Ujoodha: une professionnelle qui ne craint pas la prise de risques
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Sheila Ujoodha: une professionnelle qui ne craint pas la prise de risques
Après une vingtaine d’années à travailler pour le secteur privé, l’expert-comptable Sheila Ujoodha s’est mise à son compte en mars, fondant sa compagnie, SmarTree Consulting Ltd. Une prise de risques à laquelle elle est habituée. Portrait d’une femme de cran.
Sous un calme et une docilité apparente, Sheila Ujoodha cache une volonté de fer. Cette cadette d’un garde de prison et d’une femme au foyer est originaire de St-Paul, à Phoenix. Studieuse, elle s’est mis en tête, en approchant la fin de ses études primaires, d’intégrer le Queen Elizabeth College. Son classement – 26e à l’examen du Certificate of Primary Education – lui ouvre les portes de ce collège d’élite.
Elle opte pour les matières scientifiques jusqu’en Form VI. Mais après l’obtention de son Higher School Certificate, sur les recommandations d’un oncle, elle s’inscrit à l’université de Maurice pour être prise dans le groupe d’étudiants suivant le cours menant au Bachelor of Science in Accounting. Sheila Ujoodha ignore tout de cette matière, ne faisant aucune différence, par exemple, entre un crédit et un débit. Qu’importe, elle s’accroche. Si elle peine lors de sa première année d’études universitaires, elle a vite fait de rattraper son retard.
«Keep on moving, keep doing the right things, keep delighting your customers.»
Au diplôme qu’elle obtient, elle veut adjoindre celui de la réputée Association of Chartered Certified Accountants (ACCA), une formation coûteuse. Sheila Ujoodha cherche un emploi et est recrutée aux douanes. Pendant les huit années qui vont suivre, elle va cumuler emploi et études sans fléchir, dans l’optique d’être expert-comptable et intégrer le monde des affaires. Elle réussit ses examens d’ACCA en 1998.
Pendant un an et demi, Sheila Ujoodha va chercher sa voie, passant six mois à Mauritius Telecom, huit mois à enseigner la comptabilité au collège Droopnath Ramphul. Ces emplois ne lui conviennent pas car elle sait qu’elle a le potentiel d’aller plus loin. Elle va mettre un premier pied à l’étrier de l’audit interne en étant embauchée comme Forensic Accountant par le défunt Economic Crime Office. Elle y reste deux ans et s’en va car cela ne correspond pas totalement à ce qu’elle veut faire.
Elle sera satisfaite en intégrant la British American Tobacco (BAT) qui recherche un Internal Audit Manager pour ses bureaux de Maurice et de La Réunion. «À la BAT, un audit interne est une activité d’assurance et de conseil indépendant conçu pour ajouter de la valeur et améliorer les opérations d’une organisation. L’auditeur interne est alors un partenaire qui accompagne la compagnie jusqu’à un mieux-être.»
Si elle se sent totalement dans son élément dans l’audit interne, un facteur va l’inciter à prendre la porte de sortie de la BAT. Ce sont les voyages incessants qui vont avec la fonction. Mariée à Anil Kumar Ujoodha, elle est alors mère de deux enfants encore en bas âge, mais ses responsabilités professionnelles l’amènent à voyager beaucoup. Tous les mois, elle fait halte à La Réunion, «devenue ma deuxième maison», fait des sauts dans certains pays africains et parfois de longs séjours comme celui de six mois passés en Zambie.
Jugeant ces déplacements incompatibles avec sa vie de famille, elle réfléchit à un plan de sortie quand elle est approchée par une agence de placement pour remplir le poste de General Manager de l’audit au sein du groupe Rogers. Elle accepte et apporte du sang neuf à un département qui, à son arrivée, ne comprend que quatre stagiaires.
Une de ses connaissances prend le pari qu’elle ne tiendra que six mois car à l’époque, les auditeurs internes sont perçus comme des policiers qui fouinent partout et qui distribuent les blâmes à la ronde. C’est mal connaître Sheila Ujoodha. Elle y reste huit ans et met en place tout ce qu’il faut pour que son département d’audit interne soit complet.
Elle se souvient d’un incident où elle n’a pas hésité à sortir d’une réunion lorsqu’un Chief Executive Officer (CEO), à qui elle conseille des solutions, se permet de hausser le ton avec elle. Décontenancé par son attitude, le CEO la rattrape et lui demande de revenir à la table des discussions. «Il faut savoir se faire respecter en tant que femme et professionnelle.»
Trois ans après ses débuts chez Rogers, elle est nommée Chief Risk and Audit Executive. Elle se passionne pour son travail. «L’audit est dans mon sang», confie-t-elle. Lorsque Rogers restructure ses opérations, se séparant notamment de CIM Group, elle choisit de rejoindre le dernier groupe nommé en conservant son titre et ses mêmes responsabilités. Au fur et à mesure que le temps passe, Sheila Ujoodha se dit qu’elle a acquis suffisamment de compétences et d’expérience et se sent prête à relever d’autres défis.
CIM Group se restructurant en début d’année, la direction lui fait une proposition, lui offrant notamment la possibilité de créer sa propre entreprise. Elle saute sur l’occasion et fonde sa compagnie, qu’elle baptise SmarTree Consulting Ltd avec sa propre participation à 50 %. Scott Investment Ltd et Taylor Smith Investment Ltd l’accompagnent dans l’aventure à 20 % chacun, et une de ses anciennes collègues de CIM Group complète l’actionnariat.
Pour cette reprise en main, Sheila Ujoodha débauche deux collègues de CIM Group pour l’épauler à son nouveau bureau, aménagé à la Digital House, à Calebasses. Ça, c’était en mars. Depuis, son personnel s’est étoffé de cinq autres compétences. Si elle offre toujours des services d’audit interne, son approche, précise-t-elle, sera plus «client-focused. Je vais rehausser la méthodologie d’audit en me concentrant sur les best practices du Chartered Institute of Internal Auditors», dont elle est membre.
Elle est soucieuse de préserver la qualité de service offert aux compagnies qu’elle desservait et veut attirer de nouveaux clients. Elle en a déjà trois nouveaux pour l’instant et est convaincue que d’autres suivront. «Je crois en la loi de l’abondance. Il y a beaucoup d’opportunités à saisir. Bon nombre de compagnies (NdlR, Public Interest Entities) doivent revoir leur image en se conformant au code de la bonne gouvernance. Si elles veulent attirer les investisseurs, elles doivent soigner leur réputation et leur efficience. Ce sera mon rôle de les conseiller sur les moyens d’y parvenir.»
Une bonne nouvelle ne tombant jamais seule, elle vient d’être nommée directrice du conseil d’administration du Mauritius Institute of Directors, qu’elle connaît bien pour en avoir été membre depuis des années. Maintenant qu’elle est seule maître à bord, Sheila Ujoodha se dit prête à faire du Business Development. «Je sais que je vais réussir. Ma devise est : keep on moving, keep doing the right things, keep delighting your customers. Je suis confiante», dit-elle calmement en nous regardant droit dans les yeux.
Veut-elle faire grandir sa compagnie au point de devenir par exemple comme un des Big Four ? «When the time comes, I’ll cross the bridge…»
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