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Trafic de drogue

La piste d’un trafiquant présumé qui tirerait les ficelles de sa cellule

31 octobre 2026, 10:00

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La piste d’un trafiquant présumé qui tirerait les ficelles de sa cellule

■ Les Thaïlandais arrêtés sur le «Dreamer» ont comparu au tribunal de Port-Louis le jeudi 29 octobre. Ci-contre : les sacs de drogue saisis.

Cannabis, cocaïne, haschisch : des renseignements évoquent trois arrivées de yachts en 2026, un réseau structuré dans l’Est de l’île et des soupçons de fuites au sein de la garde-côtière.

Après avoir misé sur les passeurs et les vols commerciaux, un réseau de jeunes trafiquants aurait basculé vers la voie maritime pour acheminer cannabis, haschisch et cocaïne vers Maurice. Dans l’enquête sur le yacht Dreamer, 14 personnes, dont des ressortissants thaïlandais ainsi que des policiers affectés à la National Coast Guard (voir plus bas), ont été arrêtés. Au cœur des informations recueillies : un Mauricien installé en Thaïlande et un présumé baron de la drogue, récemment arrêté. Aux enquêteurs de l’ADSU de vérifier l’étendue de ces connexions, les moyens logistiques employés et leurs éventuelles ramifications locales.

Le marché mauricien du cannabis aurait-il changé de mains ? Derrière les saisies successives et les interceptions de cargaisons en mer, une piste retient l’attention : celle d’une filière reliant Maurice à la Thaïlande, avec des relais présumés dans plusieurs régions de l’île. Selon des renseignements encore à vérifier, le Mauricien en question a grandi en Angleterre avant de rentrer au pays en 2021. Il aurait progressivement développé un trafic de cannabis et de haschisch, d’abord par voie aérienne, avec des passeurs. Les difficultés rencontrées lui auraient ensuite imposé un changement de stratégie. Une collaboration avec le présumé baron de la drogue aurait permis d’élargir l’activité à la kétamine et à la cocaïne. Ensemble, les deux hommes auraient bâti, à partir de 2022-2023, une organisation dont l’ampleur réelle reste à établir.

De l’aéroport aux routes maritimes L’installation du Mauricien en Thaïlande, en 2023, constituerait un élément central de cette piste. Après plusieurs tentatives d’importation par avion, la voie maritime aurait été privilégiée. Les renseignements évoquent trois arrivées de yachts à Maurice en 2026, avec des cargaisons présumées de cannabis, de cocaïne et de haschisch. Chaque opération aurait porté sur plusieurs centaines de kilos, voire plus de 500. Ces informations devront être confrontées aux dossiers de saisie, aux mouvements des embarcations et aux investigations de la National Coast Guard (NCG).

Reste à déterminer si ces traversées relèvent d’une même organisation, avec des fournisseurs à l’étranger, des intermédiaires chargés du financement et des relais locaux pour la réception et la distribution. Les renseignements décrivent une structure aux fonctions distinctes : collecte de l’argent auprès des revendeurs, conservation des fonds, distribution régionale et logistique maritime. La région de Flacq est citée comme un possible point d’ancrage de certains membres ou associés. Certains seraient chargés de collecter et d’acheminer les fonds, d’autres de la distribution ou des déplacements en mer. Un skipper, propriétaire présumé d’une embarcation rapide, figure aussi parmi les personnes dont le rôle devra être examiné.

Fuites et argent opaque

Autre volet sensible : d’éventuelles fuites sur les opérations policières. Les renseignements évoquent des connexions possibles avec des personnes ayant accès à des informations sur les contrôles et les mouvements des forces de l’ordre. Des noms d’anciens membres d’unités spécialisées, aujourd’hui démantelées, referaient surface. Ces allégations, particulièrement graves, nécessitent des vérifications indépendantes.

Le financement constitue un autre axe d’enquête. Le recours présumé aux cryptomonnaies et aux circuits informels de transfert d’argent, notamment le système hawala, compliquerait la traçabilité des fonds. Les enquêteurs devraient s’intéresser aux flux financiers entre Maurice et la Thaïlande.

Les tensions, piste à vérifier

Un autre renseignement, qui exige une vérification particulièrement rigoureuse, évoque une possible utilisation des récentes tensions comme diversion. Le présumé baron de la drogue aurait financé et organisé des mouvements de perturbation afin de détourner l’attention des autorités pendant l’acheminement d’une importante cargaison. Cette information reste à confirmer. Elle soulève néanmoins une question que les autorités pourraient être amenées à examiner : les événements survenus sur le terrain ont-ils pu être exploités par des réseaux criminels pour faciliter leurs opérations ?

Au-delà des noms cités et des rôles attribués, l’enjeu est de savoir si Maurice est confronté à une filière maritime structurée, dotée de relais internationaux et d’une capacité financière importante. Démanteler un tel réseau supposerait de remonter toute la chaîne, des fournisseurs présumés en Thaïlande aux distributeurs locaux.

La NCG ébranlée

L’enquête sur un présumé trafic de cannabis impliquant des éléments de la NCG prend une nouvelle tournure. Un troisième constable de cette unité, Gerald Steven Bagboot, 34 ans, et en poste à Bois-des-Amourettes, a été arrêté le jeudi 29 octobre par l’Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) de Mahébourg. Il est soupçonné d’avoir vendu du cannabis à un collègue en poste au Chaland.

Son arrestation fait suite aux allégations d’un autre constable, Yeshwin Venkatesh Pydegadu, affecté à la NCG du Chaland. Ce dernier aurait formellement identifié le constable Bagboot qui lui aurait vendu, le 27 octobre, un sachet de cinq grammes de cannabis. Une perquisition à son domicile n’a rien révélé d’incriminant. Placé en cellule policière en attendant sa comparution, il devrait faire face à une accusation provisoire de Drug Dealing with Aggravating Circumstances (selling cannabis). La police compte s’opposer à sa remise en liberté sous caution. Représenté par un avocat, il n’a pas encore donné sa version des faits.

Le constable Pydegadu avait été interpellé la veille au poste de la NCG du Chaland. Selon les informations recueillies, il était en congé et s’apprêtait à prendre l’avion pour la Thaïlande dans les prochains jours. Les premiers éléments évoquent un possible échange de cannabis entre les deux policiers : le constable Bagboot aurait lui-même acheté de la drogue auprès de son collègue.

Un constable de la salle des opérations de la NCG, Kevin Rungilal, a aussi été arrêté par l’ADSU. Il est soupçonné d’avoir entretenu des contacts avec des individus liés au réseau. Les enquêteurs s’intéressent notamment aux communications échangées entre les membres d’équipage du yacht Dreamer, afin de retracer les connexions entre les suspects et de déterminer si le policier a utilisé les informations liées à ses fonctions pour faciliter l’opération présumée.

Deux autres membres de la NCG, comptant respectivement trois et cinq années de service, seraient également concernés. Ils étaient des radar plotters affectés au Patrol Vessel Squadron. Par ailleurs, le constable Bhujun de la NCG a été interpellé le jeudi 29 octobre sous une charge provisoire de conspiracy. Les enquêteurs cherchent maintenant à établir l’étendue des ramifications au sein de la garde-côtière. La nature exacte des liens entre ces policiers et la filière thaïlandaise reste à établir. D’autres arrestations ne sont pas à écarter. Toutes les personnes citées demeurent présumées innocentes.

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