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Shift System: «La priorité reste la prise en charge des patients» dit Ramesh Purrunsing

11 septembre 2017, 09:09

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Shift System: «La priorité reste la prise en charge des patients» dit Ramesh Purrunsing

Alors que le contentieux entre les généralistes et le ministère de la Santé est débattu ce lundi 11 septembre en cour, la priorité demeure le patient. Comment le «shift system» affectera-il le service de santé ? Ramesh Purrunsing, membre fondateur du Comité amélioration de la santé (CAS) fait le point.

Le litige entre médecins généralistes et ministère sur le système de rotation dans les hôpitaux perdure. Comment réagissez-vous face à ce bras de fer ?

C’est une situation déplorable. Les médecins ont fait le serment d’Hippocrate et doivent prendre soin de la population. Il leur incombe de dispenser les soins appropriés aux patients.

Le Comité amélioration de la santé (CAS) n’est pas là pour dicter le personnel médical. Notre objectif est de soulager les malades. L’hôpital fonctionne sur un service permanent sept jours sur sept. S’il n’y a pas de personnel qualifié, comment va-t-on faire fonctionner ces établissements ?

Dans ce cas, ils ne seraient fonctionnels que pendant les heures de bureau, soit de 9 heures à 16 heures. Pour résoudre le litige du shift system, il faut une rencontre entre les médecins et le ministère et ses techniciens. Nous avons besoin d’un tel système…

«En dépit du nombre de professionnels locaux, il nous faut plus de médecins dans nos cinq hôpitaux pour répondre à la demande de la population.»

Vous êtes donc en faveur du système de rotation dans les hôpitaux. Pourquoi ?

Clairement, nous sommes pour. Il y a des décennies, le CAS avait envoyé des propositions en ce sens mais en vain. Nous avons multiplié les demandes, forts du manque de généralistes. Auparavant, il y avait une banque de médecins, c’est-à-dire des médecins à la retraite qui soutenaient le service. Puis, nous avons eu des médecins étrangers. Ensuite, des étudiants ont commencé à être formés à Maurice et à Bordeaux.

En dépit du nombre de professionnels locaux, il nous faut plus de médecins dans nos cinq hôpitaux pour répondre à la demande de la population. Avec la mise en place du shift system, le temps d’attente et de traitement des patients sera moins long. Il faut créer une atmosphère propice à la prise en charge des malades. Les spécialistes aussi devraient travailler à des heures irrégulières…

Justement, le «shift system» aura-t-il un impact sur les spécialistes ?

A priori, les spécialistes ne seront pas touchés par le système de rotation. Ils travaillent de 9 heures à 16 heures. Après ces heures, ils sont libres d’exercer dans le privé. Nous sommes pour cette possibilité car les spécialistes ont fait de longues études. De plus, si l’État s’y opposait, ils déserteraient tous les hôpitaux et iraient exercer dans le privé.

Par contre, le point noir est qu’ils sont «on call» une à deux fois par semaine. Cela implique qu’ils doivent assurer le service d’urgence, par exemple pour un accouchement, une intervention chirurgicale et ainsi de suite. Pour ces jours précis, ils n’ont pas le droit de travailler dans le privé.

Dans ce cas de figure, le système est différent. Le médecin va davantage vers le malade. Il est plus disponible et accessible. Il n’y a pas de shift system mais les médecins ont pris un engagement et se rendent disponibles à tout moment.

Nous assistons à une révolution dans la santé publique et privée qu’il faut suivre de près. Celle-ci se base sur la technologie, les nouveaux équipements et d’autres techniques spécialisées qui facilitent les diagnostics et les soins. Tout cela contribue à une population en bonne santé. D’autant plus, qu’aujourd’hui, celle-ci est vieillissante et le taux de fertilité est plus bas.

«Avec le système de rotation, la prescription de médicaments devrait être plus efficace et contrôlée. La routine est à la distribution d’antibiotiques et de panadols. Si on dispense des médicaments plus adaptés, le patient pourra guérir plus rapidement.»

Comment la rotation améliorera-t-elle le service aux patients ?

Ce ne sera pas uniquement bénéfique aux malades dans les hôpitaux. Les Medi-clinics, Area Health Centres et les Community Health Centres seront également mises à contribution s’ils sont pourvus des infrastructures nécessaires ainsi que la technologie, notamment l’E-Health.

Ainsi, l’information et la communication seront facilitées entre tous les services médicaux et paramédicaux. Avec la rotation, le service de santé sera plus efficace. Cela décongestionnera les hôpitaux.

Ramesh Purrunsing, membre fondateur du Comité amélioration de la santé.

Par ailleurs, la prescription de médicaments devrait être plus efficace et contrôlée. La routine est à la distribution d’antibiotiques et de panadols. Si on dispense des médicaments plus adaptés, le patient pourra guérir plus rapidement. En même temps, il faudrait un audit de contrôle du patient et de l’ordonnance.

L’opposition des médecins sert-elle l’intérêt public ou privé?

Soyons clairs : un médecin n’est pas un robot. Il a besoin de repos et d’une vie sociale après ses heures de travail. L’Industrial Labour Organisation établit d’ailleurs le droit à la revendication.

Je suis pour les droits humains dans chaque secteur de la santé. Mais il faut que cela repose sur des arguments tangibles. Au CAS, nous ne voulons pas que les patients souffrent. Les médecins protestataires disent que ce n’est pas pour l’argent.

Vous savez, ce n’est pas facile d’être médecin. Mais je reviens au serment d’Hippocrate. C’est mon sentiment : la priorité reste la prise en charge des patients.

«Je me demande combien d’hôpitaux disposent d’un espace pour des hélicoptères médicalisés.»

Les protestataires réclament la publication d’un rapport sur une étude pilote réalisée en avril 2016. Votre avis à ce sujet?

Il faut publier ce rapport. Laissons le public savoir. Le contribuable paie 15% de taxes et finance parallèlement le budget de la santé qui se compte par milliards. Si cela fait partie des revendications des médecins, que l’on aille de l’avant avec le rapport pour informer la population.

L’hygiène et les infections nosocomiales, soit celles contractées à l’hôpital, sont toujours décriées. Comment améliorer la situation?

Des Public Health Inspectors, attachés au ministère, ont le droit de faire des vérifications dans les centres de santé. Je me souviens que l’hôpital de Candos a même été verbalisé. Pourquoi ne pas continuer ? La cuisine aussi bien que la morgue, le circuit de traitement des déchets médicaux, la salle d’attente, les toilettes et la cour peuvent être sujets à ces inspections.

Quels sont les changements préconisés par le CAS pour un meilleur service de santé?

Comme je vous le disais, les centres régionaux contribuent à une décentralisation des services de santé. Au niveau des urgences, les routes sont souvent bloquées pour les ambulances. Je me demande combien d’hôpitaux disposent d’un espace pour des hélicoptères médicalisés.

Dans les mêmes instituts, les animaux comme des chiens, chats et corbeaux circulent souvent. Il faut leur en empêcher l’accès. Les ministères de l’Agro-industrie et de la Santé doivent agir en conséquence.

De plus, nous pensons que le ministère de la Santé doit s’activer pour la mise en place du système de médecin de famille. Il s’agit d’une pratique courante en Europe et en Asie. Chaque Mauricien doit avoir un carnet de santé pour faciliter le suivi aussi bien par le médecin de l’État et celui du privé.

Bio Express

<figure class="image"><img alt="" height="330" src="/sites/lexpress/files/images/lkjl.jpg" width="620" />
	<figcaption>Ramesh Purrunsing a été membre de l&rsquo;<em>Advisory board </em>de l&rsquo;hôpital Dr. A. G. Jeetoo de 2001 à 2005.</figcaption>
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<p>Né à Port-Louis, Ramesh Purrunsing a étudié au Labourdonnais Government School et au collège Bhujoharry. Il a ensuite travaillé aux Casinos de Maurice pendant quarante ans. De caissier, il a gravi les échelons et a terminé sa carrière comme responsable de la <em>Slots Unit</em>. Il a siégé au sein de plusieurs commissions municipales à Port-Louis à partir de 1979. Candidat aux élections en 1982, il devient ensuite travailleur social. De 2001 à 2005, il a été membre de l&rsquo;<em>Advisory board </em>de l&rsquo;hôpital Dr. A. G. Jeetoo. Il a aussi été un des membres fondateurs de l&rsquo;organisation non gouvernementale (ONG) Comité amélioration de la santé. Ramesh Purrunsing en a aussi été le secrétaire. Il est aujourd&rsquo;hui animateur au sein de cette ONG.</p>

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