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Éducation privée: Lighthouse, l’école phare

30 juillet 2017, 06:43

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Éducation privée: Lighthouse, l’école phare

Qui n’a rêvé, pour lui ou ses enfants, d’une école primaire où les écoliers, issus de divers milieux, se côtoieraient sur une base égalitaire, où l’accent serait placé sur l’acquisition de compétences plutôt que sur l’apprentissage par coeur, où l’annotation par contrôle continu reposerait sur des critères au lieu de points. Impensable ? Cette école existe pourtant et se nomme Lighthouse.

La Lighthouse Primary and Secondary School est une école confessionnelle privée de langue anglaise, reconnue par le ministère de l’Éducation, mais non aided. Elle occupe un terrain de 11 arpents jouxtant la rivière Citron, à Calebasses. Les bâtiments écologiques abritent des salles de classe et un bloc administratif. À l’extérieur de chaque unité, on aperçoit de grands réservoirs transparents, qui recueillent l’eau de pluie à partir de gouttières.

Précieux liquide servant à arroser non seulement les fines herbes qui poussent dans les bacs spécialement aménagés à cet effet, mais aussi les différents légumes dont de beaux choux-fleurs cultivés à un autre bout de la cour selon l’agriculture biologique. Légumes qui finissent dans les assiettes des écoliers qui déjeunent tous les jours dans la spacieuse cantine couverte, qui sert aussi de hall. L’objectif de la direction, gérée par un Trust charitable, est que l’établissement finisse par être autosuffisant en légumes bio pour les besoins de la cantine et des repas quotidiens des enfants.

Située à Calebasses, l’école, qui occupe un terrain de 11 arpents, comprend des bâtiments écologiques ainsi que des espaces verts.
Située à Calebasses, l’école, qui occupe un terrain de 11 arpents, comprend des bâtiments écologiques ainsi que des espaces verts.

À voir ainsi les têtes blondes côtoyer amicalement les têtes brunes, les différentes couleurs de peaux associées, à les voir s’entraider aussi bien en classe que dans la cour de récréation – Tyler, le jeune expatrié au pied plâtré, faisant ce jour-là l’objet de toutes les attentions de ses camarades de classe comme des enseignants –, on sent que dans cette école, chacun est tourné vers l’autre pour l’aider à grandir et devenir un citoyen à part entière.

Lighthouse a pris forme il y a huit ans dans l’imagination de Marc et de Susanna Dalais. Cette dernière est une Américaine qui s’est spécialisée en Investment Banking après une formation en économie internationale. Ellle a épousé l’homme d’affaires mauricien Marc Dalais à qui elle a donné trois filles aujourd’hui âgées de 13, 10 et 8 ans. Installée à Maurice depuis son mariage, Susanna, ainsi que son mari, voulaient leur trouver une «bonne école». Notion qu’elle définit comme une école de confession chrétienne, car elle estime que «la relation avec Dieu développe globalement une personne», mais sans pour autant avoir des classes de catéchèse.

(De g. à dr.) Michelle Loubser, responsable du primaire ; Susanna Dalais, la directrice ;
et Darnelle Pretorius, responsable du secondaire.

Elle rêve aussi d’une institution où ses filles pourraient rencontrer «un broad spectrum of Mauritians» et où l’inclusion se décline par au moins 35 % d’écoliers expatriés et 65 % d’écoliers mauriciens, parmi lesquels 20 % sont issus de milieux défavorisés. Ce système permettrait «a mutually beneficial exchange in a diverse community». Elle veut aussi mettre en place un programme d’études qui serait basé sur les dernières recherches internationales.

Méthode innovante

Le programme d’études le plus moderne appliqué à ce jour par 2 000 écoles primaires dans 66 pays au monde est l’International Primary Curriculum. Ce programme anglais a fait l’objet de longues recherches sur les mécanismes d’apprentissage des enfants et est «more focussed on skills than knowledge, because it is believed that children in the 21st century need more skills». Ce curriculum propose un type d’éducation innovant, car les matières ne sont pas enseignées en isolation mais en connexion, quand cela s’avère possible. Les écoliers sont soumis à des contrôles continus et évalués selon trois critères : Beginning, Development et Mastering. Durant l’année scolaire et sans qu’ils le sachent, on teste leurs aptitudes dans certaines matières comme l’alphabétisation et les mathématiques. «L’approche est différente. Les écoliers sont encouragés à faire des recherches, à faire des présentations en classe, à interagir en groupe. Même les enseignants sont formés sur les mécanismes d’apprentissage des enfants et doivent les inciter à participer, à rendre la classe interactive.»

Susanna Dalais démarre donc sa «bonne école» en 2009 dans une maison à Trou-aux-Biches. Au départ, elle se retrouve avec une seule élève, sa fille, une institutrice et une aide. Elle nomme l’école Lighthouse. «Nous sommes une île entourée d’eau. Le phare guide et protège en émettant de la lumière. Les enfants qui sortent de chez nous pourraient être des lumières positives pour la communauté. C’est pour cela que le développement de la personnalité est important et qu’ils deviennent de bons citoyens».

Le bouche-à-oreille finit par fonctionner. À la fin de l’année, elle a 12 élèves. L’année suivante, ils sont 24 et Lighthouse doit déménager. Ils s’installent dans une ancienne usine de maillots de bains à Fond-du-Sac où ils demeurent jusqu’à 2016. Le Trust charitable finit par acheter le terrain à Calebasses où se trouve aujourd’hui l’école primaire et secondaire jusqu’en Form III cette année (Grade 9) et qui va continuer à se développer jusqu’au Grade 13 (UpperVI). Des unités sont en construction dans la cour pour que les élèves puissent boucler leur cycle secondaire sur place. Si le programme d’études du secondaire est basé vers les diplômes de Cambridge International Examinations, l’approche des matières et l’enseignement se font comme au primaire. Aujourd’hui, l’institution compte 260 écoliers, dont 196 au primaire. La responsable de l’école primaire est Michelle Loubser, une Britannique qui a appliqué l’IPC au Swaziland et qui a vu à quel point ce système a fait ses preuves, et la responsable du secondaire est Darnelle Pretorius.

L’autre aspect complétant la notion de bonne école aux yeux de cette dernière une scolarité abordable. «La scolarité est moins élevée que dans les autres écoles privées et c’est voulu. Mais nous ne voulons pas que les parents fassent admettre leur enfant pour faire des économies. We want to build a community of people who want the best for their children, irrespective of their socio-economic situation.»

Bien que Lighthouse offre des bourses, la direction refuse de faire de l’assistanat. «Un programme compétitif de bourses scolaires est en place pour ceux qui n’ont pas les moyens de payer les frais scolaires. Ceci dit, les familles participent, selon leurs capacités financières et autrement, afin qu’elles fassent partie intégrante de la vie scolaire. C’est important pour un enfant de voir ses parents s’impliquer dans son éducation», estime Susanna Dalais.

«Péna kouler»

Doon, 53 ans, est justement un de ceux-là. À force de faire du bénévolat pour l’école, il est devenu l’homme à tout faire et a été embauché à plein-temps. Il est ravi d’être dans cet environnement particulier et de pouvoir jeter un oeil sur son fils, qui souffre d’une anémie rare ne lui permettant pas, jusque-là, d’avoir une scolarité normale dans une école primaire d’État. «Dan lékol gouvernman, ti pé met li deryer dan klas parski li ti pé rat lékol pou al fer transfision. Ek li pa ti pé aprann narnié. Isi inn met li ar zanfan inpé pli for. Péna kouler, katégori ki konté. Sakenn inn ed li ek li konn koz anglé bien, li rézoné ek li pli an avans ki mo tifi. Li pli matir

Une maturité que l’on retrouve chez Radhika, 14 ans, dont le père et la mère sont cuisiniers. Elle fréquente Lighthouse depuis sept ans. Au début, elle craignait de ne pas pouvoir communiquer «car mon niveau d’anglais était bas. Et puis, je n’avais jamais interfacé avec des expatriés et des franco-mauriciens. Au début, j’étais perdue», avoue-t-elle en demandant si elle peut poursuivre en anglais car elle se sent plus à l’aise dans cette langue. «They were all so friendly. I had never seen this.» Elle raconte que dans l’école primaire gouvernementale qu’elle fréquentait autrefois, on faisait peu cas d’elle. «Here, everyone is joining together like one team. Even though they were more educated than me, they helped me and I realised I could succeed. We do not need private tuition. I get all I need here. We are one family and we care for one another. Everything we do is so much fun. This school is awesome…» Indeed.

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