Publicité
Mariage des enfants: le plaidoyer de l’Ombudsperson for Children et de Gender Links
Par
Partager cet article
Mariage des enfants: le plaidoyer de l’Ombudsperson for Children et de Gender Links
Rita Venkatasamy et Anushka Virahsawmy, respectivement Ombudsperson for Children et directrice pays de Gender Links, ont, chacune à leur façon, exhorté les organisations de la société civile à s’opposer au mariage des enfants. C’était le mercredi 14 septembre lors du séminaire du SADC Parliamentary Forum, qui se tient jusqu’à vendredi à l’hôtel Victoria.
C’est une intervention toute en finesse qu’a livrée Rita Venkatasamy sur le mariage civil des enfants qui est permis à Maurice pour les mineurs de plus de 16 ans et de moins de 18 ans, à condition que leurs parents ou un juge en Chambre y consentent. La loi personnelle musulmane l’autorise aussi.
D’entrée de jeu, l’Ombudsperson for Children a rappelé que son rôle est de promouvoir la Convention des droits de l’enfant datant de 1990. Tout le monde, a-t-elle indiqué, est d’accord pour ne pas encourager le mariage des enfants. Mais dans la pratique, c’est autre chose. «Les statistiques indiquent que le mariage des enfants est prévalent à Maurice. Maurice for lor kozé ek sign konvansion. Konsernant maryaz bann zenfan li grav», a-t-elle confié, soulignant que selon les Nations unies, il est grand temps que Maurice mette un terme au mariage des enfants.
Tout en reconnaissant qu’il y a des lois coutumières dans des religions comme l’hindouisme et l’islam, Rita Venkatasamy pense qu’il est important que les organisations de la société civile discutent de la question «de façon adulte et dans l’intérêt supérieur de l’enfant». Dans la Convention relative à leurs droits, la définition d’un enfant est celle d’une «unmarried person» jusqu’à l’âge de 18 ans. «Mé lalwa moricien permet li a enn mineur anba 18 an ar konsantman so paran ou ar konsantman enn ziz.»
«En surface, nous sommes une démocratie. Surtout quand nous allons voter. Mais une démocratie veut dire consulter les citoyens sur une base régulière sur tous les sujets les concernant.»
Tout en se disant respectueuse des valeurs, des cultures et des religions, elle a déclaré avoir discuté de la question avec nombre de religieux et avoir rencontré de la résistance. Ils ne sont pas les seuls à faire obstacle au changement. «Bann rélizié dir ler zenfan puber zot kapav maryé. Mé bann politisien osi rezisté. Ek zot al dan konférense ek zot pa sign protokol akoz sa rezon-là», a-t-elle précisé, en faisant référence au refus de Maurice de signer le protocole de la SADC sur le genre et le développement (PSGD) qui interdit le mariage des enfants.
Pour Rita Venkatasamy, la place d’un enfant est à l’école; il doit jouer, profiter de son enfance et non pas être marié ou vivre en couple. «Mo konpran bann ulémas ki dir ki zenfan puber matur, mé pou mwa bien ki li matur, enn zenfan so plas dan lékol, surtou avek Nine-Year Schooling.»
Elle a aussi fait ressortir que la Convention sur les droits des enfants stipule que ces derniers doivent être consultés sur les questions les concernant mais que cet exercice de démocratie participative ne se fait pas à Maurice. «En surface, nous sommes une démocratie. Surtout quand nous allons voter. Mais une démocratie veut dire consulter les citoyens sur une base régulière sur tous les sujets les concernant. Pour ce qui est du sujet du mariage des enfants, il faudrait leur donner la parole car cela les concerne aussi», a-t-elle ajouté, plaidant pour que toutes les organisations de la société civile présentes à ce forum fassent entendre leur voix et ne reculent pas. «Les parlementaires mauriciens ne veulent pas signer le protocole de la SADC. Or, ils doivent jouer leur rôle pour promouvoir les droits humains et en particulier ceux des enfants.»
«Si ou enn leader é ki ou lé amenn sanzman, pe import répression, ou bizin gard ou stand ziska ki ou truv rézilta.»
Lui faisant écho, Anushka Virahsawmy, directrice pays de Gender Links, a fait ressortir la contradiction dans les attitudes de l’État mauricien. D’un côté, il refuse de signer le PSGD en raison de la loi autorisant le mariage d’un mineur avec le consentement de ses parents ou d’un juge. Et de l’autre, il a signé les Objectifs de développement durable des Nations unies, dont l’article 5.3 parle d’éliminer le mariage des enfants.
Évoquant le rôle des parents, Anushka Virahsawmy a déclaré que ces derniers justifient le mariage de leur enfant mineur par le fait qu’il soit mature et à même de décider de sa vie ou encore qu’ils ont accepté de marier leur enfant car la demande en mariage venait d’un bon parti. Elle estime que le mariage des enfants est inacceptable. «Le mariage des enfants viole les droits des filles à la santé, à l’éducation et aux opportunités et les expose à la violence», a-t-elle conclu.
L’autre thème fort de la journée de mercredi, consacrée aux relations entre les organisations de la société civile et les parlementaires, a été la difficulté des premières à faire des plaidoyers auprès de ces derniers. Vidya Charan, la directrice de la Mauritius Family Planning Welfare Association, a expliqué que lorsqu’on émet des critiques par rapport à certaines décisions gouvernementales, «zot dir ou kont zot et zot fer ou perdi ou stamina. Ou zot konseyé ou pa tro kozé, rest trankil. Lorsque vous essayez de faire comprendre ce que vous voulez atteindre comme résultat, vous êtes considéré comme un ennemi du pouvoir en place.» Elle a ajouté que lorsqu’elle avait pris position en faveur de la dépénalisation de l’avortement il y a quelques années, son conseil d’administration, qui subissait des pressions, a tenté de la limoger. Mais elle a tenu bon. «Si ou enn leader é ki ou lé amenn sanzman, pe import répression, ou bizin gard ou stand ziska ki ou truv rézilta.»
Abondant dans le même sens, Viken Vadeevaloo, responsable du Adolescent Non Formal Education Network (ANFEN), a signalé que lorsque le gouvernement sortant avait accordé le transport gratuit aux élèves, les adolescents des écoles ANFEN n’y avaient pas eu droit. Le réseau a fait du lobbying par écrit et par toutes sortes de voies, en vain. «Nous avons obtenu justice au bout d’un an après une tasse de thé avec le Premier ministre. Tout cela pour dire que les élus font peu de cas des organisations de la société civile qui sont pourtant leurs boundary partners», a-t-il spécifié, soulignant qu’ANFEN n’est toujours pas reconnu par le ministère de l’Éducation. «Pour que nous puissions être entendus, il faudrait un steering committee ou une autre forme de structure où on peut faire de l’advocacy auprès des fonctionnaires. Ces derniers veulent faire bouger les choses et on l’a bien vu, cela a fonctionnné avec le National Aids Secretariat. Mais les fonctionnaires ne sont pas des decisions makers. Il faudrait un appropriate forum.»
Publicité
Publicité
Les plus récents