Publicité
Grossesses précoces: toute une éducation à faire
Par
Partager cet article
Grossesses précoces: toute une éducation à faire
Les cas de grossesses précoces sont en hausse. Qu’est-ce qui explique cette situation ? La faute à l’ignorance ou à l’insouciance ?
Les chiffres de la Mauritius Family Planning & Welfare Association (MFPWA) sont sans appel. Le nombre de grossesses précoces chez les jeunes filles âgées de 13 à 17 ans est passé de 147 en 2013 à 208 en 2015. Selon Vidya Charan, directrice de la MFPWA, cette hausse serait le résultat d’un certain nombre de facteurs. «Beaucoup de cas sont le résultat d’abus sexuels. Les jeunes filles vulnérables sont abusées par leurs petits copains ou par des membres de leurs familles. Il y a également le fait que les jeunes de nos jours sont exposés à toutes sortes d’informations et ils sont souvent mal informés. Il n’existe pas de structure appropriée pour dispenser une bonne éducation sexuelle. Les familles, qui sont les piliers de la transmission des valeurs, sont souvent brisées et les jeunes sont à la dérive. Dans d’autres cas, il y a un relâchement dans la responsabilité des parents. D’autre part, il y a aussi le désir des jeunes à vouloir tout essayer, entre autres, avoir des relations sexuelles.»
Au Mouvement d’aide à la maternité (MAM), on fait aussi état d’un plus grand nombre de grossesses précoces. Là encore, on pointe du doigt un manque de structures et un laisser-aller. «Nous avons constaté des cas de grossesses précoces aussi bien dans des milieux ouvriers que dans des milieux bourgeois. En pleine journée d’école, on voit souvent des jeunes en train de se balader main dans la main. N’y a-t-il pas de consignes ? Les jeunes s’affichent, les mains s’accrochent et derrière une amitié naissante, quelque chose d’autre peut s’immiscer et arriver. Je ne suis pas une puritaine mais je suis pour l’amitié vraie. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de normes, pas de ligne de conduite. On pense qu’on prend une pilule du lendemain et tout rentrera dans l’ordre. Est-ce de l’ignorance ou de l’insouciance ? Les jeunes veulent tout découvrir, tout essayer trop vite. Il y a également la pression des pairs. Mais une fois qu’on a commencé à avoir des relations sexuelles, on ne peut s’arrêter», fait ressortir Monique Dinan fondatrice de MAM.
Les jeunes, notamment les mineurs, seraient réticents à aborder des questions de sexualité avec leurs aînés. «La sexualité est encore considérée comme devant être pratiquée à l’intérieur du mariage. À cause des normes sociales, les jeunes sont réticents à parler de leur sexualité. Ils le font en cachette ou en parlent à leurs amis, qui ne sont pas mieux informés qu’eux. Pour ceux qui ont moins de 16 ans, c’est encore plus compliqué car la loi interdit des relations sexuelles avant cet âge», souligne Vidya Charan.
Mais qu’en est-il de l’utilisation des préservatifs ? «Un jeune de 14 ans qui achète un préservatif ne passe pas inaperçu. On va lui poser des questions. D’autre part, il ne faudrait pas encourager les mineurs à avoir des relations sexuelles.» Qui dit hausse de grossesses précoces, dit également hausse dans le nombre de relations sexuelles. «Il y a beaucoup de cas qui ne sont pas rapportés», fait ressortir Vidya Charan.
Les parents sont également réticents à parler de sexualité à leurs enfants. «Il y a une gêne qui s’installe. À moins qu’ils ne soient plus concentrés sur leurs propres problèmes et oublient d’encadrer leurs enfants comme il se doit», explique la directrice de la MFPWA.
Des solutions pour renverser cette tendance existent. Chacun doit y mettre du sien. «Il faut travailler à la base, soit au sein de la famille qui est une structure importante. Le jeune doit avoir des modèles dans sa famille. Il est également important d’introduire l’éducation à la sexualité dans toutes les écoles. On enseigne la biologie mais l’éducation sexuelle devrait être abordée différemment», explique Vidya Charan.
Pour Monique Dinan, «il est nécessaire de ne pas aborder la sexualité comme une série d’interdits. Il faut opter pour un langage positif. Chez MAM, nous disons aux jeunes que leur sexualité est un trésor. Ils ont le choix de préserver le trésor ou de le dilapider, au risque de connaître une grossesse précoce ou d’attraper une maladie sexuellement transmissible.
Les jeunes doivent apprendre à connaître le fonctionnement de leur corps. Les grossesses précoces ne sont pas des problèmes de filles. Il y a également un travail à faire avec les garçons. Il faut trouver la façon de leur parler et de les responsabiliser. Pour ce faire, nous avons publié deux livres dont ‘Grossesses précoces – Garçons et filles, tous deux concernés : Pran letan pou kontan’ et le dernier, sorti l’année dernière, intitulé ‘Merci papa’.» Les grossesses précoces sont au final une affaire qui nous concerne tous. En parler est une des meilleures façons d’en venir à bout.
Les jeunes doivent apprendre à connaître leur corps.
Publicité
Publicité
Les plus récents