Publicité
Yogida Sawmynaden,ministre de la Jeunesse et des Sports: « Un “smart village” pour accomoder les athlètes aux JIOI de 2019 »
Par
Partager cet article
Yogida Sawmynaden,ministre de la Jeunesse et des Sports: « Un “smart village” pour accomoder les athlètes aux JIOI de 2019 »
Bientôt un an à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports, Yogida Sawmynaden est revenu sur ses accomplissements dans une interview accordée à L’express. Des Jeux des îles de l’océan Indien à la relance du sport mauricien en passant par la polémique au sujet de la démarcation entre sport olympique et non-olympique, celui qui occupe le 3e étage du bâtiment Emmanuel Anquetil se confie sans détour.
«Permettez-moi de vous révéler quelques chiffres. Le budget de la fédération de kick en 2010 s’élevait à Rs 750 000. En 2015, le budget est passé à Rs 3.1 millions.»
Alors, ce parallèle que vous aviez fait au Parlement comparant le sport olympique au gouvernement et le sport non-olympique à l’opposition et qui a provoqué une vive polémique, le regrettez-vous ?
Non, car je pense que ce sont mes propos qui ont été mal interprétés. J’avais dit que les députés du gouvernement et ceux de l’opposition ont tous deux, certes, le même statut mais pas les mêmes privilèges. Ecoutez, je ne vais pas réinventer la roue car la démarcation entre les disciplines olympiques et non- olympiques existe partout. C’est en 2010 qu’on avait amalgamé les deux chez nous et pourquoi, je ne saurais vous le dire. Peut-être que mon prédécesseur, lui, pourra vous le dire. Si nous voulons que le sport mauricien progresse et rayonne, il faut encourager nos jeunes à pratiquer une discipline olympique.
Ne pensez-vous pas que votre parallèle comportait un facteur démotivant et a été, de plus, fait à un moment inopportun, soit à la veille des Championnats du monde de kick-boxing de Belgrade…
Je pense que le député qui a soulevé la question l’a également fait à un moment inopportun. Il aurait pu la retirer. Lorsqu’on m’interpelle au parlement, je suis obligé de répondre. Le député aurait dû se rendre compte que sa question allait causer un malaise juste avant que des athlètes n’embarquent pour Belgrade.
Tout cela et votre affirmation plus haut à l’effet qu’il faut encourager nos jeunes à pratiquer une discipline olympique ne vont-ils pas démotiver les pratiquants des disciplines non-olympiques?
Notre but n’est pas de décourager qui que ce soit. Nous encourageons chaque individu à pratiquer un sport. Mais la base, c’est l’olympisme. Prenons par exemple le Speedminton, c’est une discipline qui prend de l’ampleur dans le pays. Mais le fait reste que les fonds du MJS demeurent limités, ce qui rend impossible une allocation financière conséquente. Au Qatar, vous savez, l’Etat ne reconnaît que 15 disciplines et elles sont toutes olympiques. Au niveau du MJS, nous sommes d’accord pour reconnaître toutes les disciplines. Mais cette reconnaissance a des implications, soit que les dirigeants des disciplines non-olympiques respectent notre budget et la façon dont la distribution est effectuée…
Avec la démarcation des disciplines olympiques et non-olympiques, c’est aussi tout le mécanisme de récompense qui sera modifié…
Bien sûr ! Vous en conviendrez qu’une médaille olympique n’est nullement comparable avec une médaille non-olympique. Donc, il est tout à fait naturel que les récompenses soient différentes. Au cas contraire, cela peut être source de démotivation. Vous serez d’accord qu’un athlète olympique a des besoins et fournit des efforts plus conséquents…
Les kickboxeurs apprécieront…
Mais c’est un fait ! D’ailleurs, toute la question de démarcation se reflète bien avec la couverture des évènements sportifs. Pourquoi, selon vous, toute la presse reste braquée sur les JO ou une Coupe du monde tandis qu’une discipline nonolympique bénéficie d’une moindre couverture.
N’empêche M. le ministre que l’histoire retiendra que les premiers titres de champions du monde de notre pays furent remportés dans des disciplines non-olympiques. De ce fait, ne pensez-vous pas que ces sportifs méritent davantage de respect ?
Je ne vois pas où nous avons fait montre d’un manque de respect jusqu’ici. J’ai lu les déclarations de Fabrice Bauluck dans la presse. A ce que je sache, son allocation mensuelle n’a pas diminué. Si on l’avait voulu, on aurait pu le faire mais, vous savez, il y a la loi et l’esprit de la loi. Donc, nous avons pris en considération le côté humanitaire de la chose, considérant qu’il aurait été injuste de réduire son montant.
Cela ne met cependant pas Fabrice Bauluck et James Agathe à l’abri d’une baisse dans leur allocation lors des prochains exercices…
Rien ne va changer pour ces deux athlètes. Fabrice Bauluck a dit que je l’ai traité de semi- sportif, si c’était vraiment le cas, sa bourse aurait déjà été réduite de moitié. Notre vision est plus élargie, car nous anticipons, déjà, la fin de la carrière sportive d’un athlète afin que ce dernier puisse continuer à vivre décemment.
Il existe, depuis quelque temps, une perception que le kick-boxing est une discipline négligée et ses membres, des victimes.
Négligée, vous dîtes ? Permettez-moi alors de vous révéler quelques chiffres. Le budget de cette fédération en 2010 s’élevait à Rs 750 000. En 2015, le budget est passé à Rs 3.1 millions. Si c’est ça que vous appelez négligée, alors…
Et Judex Jeannot qui juge vos propos discriminatoires…
Je me passerai de répondre à ce genre de personne. Si les autres fédérations étaient au courant des montants qu’il a perçus, ce sont elles qui m’accuseraient de discrimination. Ce n’est pas une poignée de gens qui va me déstabiliser.
Lorsque vous parlez de résultats, vous faites allusion à ceux des JIOI ?
Evidemment. Mais, il y a aussi les Jeux d’Afrique où nos athlètes ont ramené de bons résultats. Ma mission est de faire progresser le sport mauricien et je pense que les résultats sont là. Depuis ma prise de fonction, tous les efforts du MJS vont d’ailleurs dans ce sens.
Vous en êtes sûr ? Pourtant nous avons toujours l’impression que votre ministère n’est pas si différent des autres, abritant des fonctionnaires avec cette mentalité paresseuse….
Je peux vous assurer que nous n’avons pas ça ici. Du moins, plus maintenant ! Je reconnais que cela a été toléré dans le passé. Certes, tout le monde n’a pas le même rythme et la même méthodologie de travail, mais, tant que celui-ci est effectué et de manière efficace, je suis satisfait. Il faut également avoir une bonne attitude et savoir trouver les bons mots pour motiver les gens.
Pas comme ceux que vous aviez employé à l’égard de Pascal Telvar à la Réunion…
(Rires) ! J’étais fâché avec Pascal Telvar, je l’avoue. Parce que la réputation du pays était en jeu. S’il avait empêché le juge-arbitre mauricien de continuer à officier, c’est toute la boxe mauricienne qui aurait pris un sérieux coup aux JIOI. A la Réunion, Pascal Telvar représentait le quadricolore et c’est le pays qui passait avant tout. C’était la même chose avec la MFA.
Puisque nous en sommes à la boxe et à Pascal Telvar, votre ministère reconnaît-il la légitimité de ce dernier ou celle d’Indiren Ramsamy ?
Nous avons effectivement un souci et l’affaire est devant l’ombudsperson. Cette instance va tirer ses propres conclusions. Nous voulons qu’une solution soit trouvée à travers la médiation.
Le MJS travaille actuellement avec quelle équipe ?
L’équipe de Pascal Telvar est toujours en place, seul le président a changé. Nous ne pouvons pas mettre en sursis cette fédération surtout qu’elle compte de très bons athlètes. Mais nous sommes très impliqués dans la réconciliation et la reconstruction de cette fédération.
PLAN PERSONNEL
«Les inter-collèges reviennent l’année prochaine avec pratiquement les mêmes formules qu’avant mais avec toutefois quelques modifications.»
Sur un plan plus personnel, êtes-vous plus amoureux de sport que politicien ou plus politicien qu’amoureux de sport ?
Je n’ai pas demandé ce ministère. De par mes compétences et mes qualifications, sir Anerood Jugnauth m’a confié ce poste. Je pense qu’il a bien fait, car avant tout, il avait besoin d’un administrateur pour le sport. Ma mission est de m’assurer que le sport progresse et que les athlètes aient tout ce dont ils ont besoin. C’est ce à quoi je me suis attelé depuis
que je suis en poste.
Franchement, vous-sentezvous à l’aise au 3e étage de l’Emmanuel Anquetil Building ?
Parfaitement ! Et je ne vois pas comment il pourrait en être autrement, surtout quand les résultats sont au rendez-vous. Cela est, d’ailleurs, source d’encouragement et de motivation pour la suite.
Concrètement quelle est votre vision du sport mauricien ?
Le professionnaliser ! Actuellement, je considère que nous sommes à un stade de semi professionnel. Tous les projets mis en place jusqu’ici et qui le seront prochainement tendent à faire évoluer le sport mauricien vers la professionnalisation et d’offrir la reconnaissance voulue à l’athlète après sa carrière. Et, ce, en lui donnant le moyen de contribuer davantage au développement sportif du pays à travers un emploi. Une situation légitime et conforme à ce qu’ils ont donné au pays…
En devenant quoi ? Des ‘groundsman’….
Sûrement pas ! Nous avons de bons exemples à l’instar de Bernard Baptiste qui est médecin. Ou encore de Jessika Rosun qui est une graduée. Les athlètes d’aujourd’hui ont un très bon niveau académique et les autres doivent pouvoir prendre l’exemple sur leurs confrères. A ce sujet, je travaille étroitement sur un projet avec le ministère de l’éducation visant à fournir des bourses aux athlètes. Le projet viendra régler ce problème où certains athlètes abandonnent à 17 ou 18 ans leurs disciplines pour se consacrer uniquement à leurs études.
Ne pensez-vous pas que l’engouement du public pour le sport local est une variable primordiale pour aboutir au projet de la professionnalisation…
A Maurice, il faut admettre que nous n’avons pas la culture sportive. Il m’arrive souvent d’assister à des compétitions avec des gradins vides. Ce qui est encore plus chagrinant, c’est le constat que même les parents ne s’impliquent pas dans l’activité de leurs enfants en venant les soutenir lors des compétitions. Il n’y a malheureusement pas de baguette magique à ce problème, si ce n’est que chaque citoyen doit assumer sa part de responsabilité.
Vous avez annoncé le retour des inter-collèges, censés être le catalyseur de la relance du sport mauricien… (Il coupe)
Les inter-collèges reviennent l’année prochaine.
Sous quelles formules ? Presque les mêmes qu’avant avectoutefois quelques modifications.
D’ORDRE GÉNÉRAL
«Mon but est de faire de l’île Maurice le hub africain au niveau du sport. Avec le Trust Fund et le 9-Year Schooling, quatre collèges deviendront des académies de sport.»
Bientôt un an à la tête du MJS. Avez –vous le sentiment du devoir accompli ?
Valeur du jour, oui. Mon estimation pour les JIOI a été largement dépassée tout comme ce fut le cas pour les Jeux d’Afrique. Et ce n’est que le début. Plusieurs d’autres projets vont suivre. Il y a l’implémentation de l’activité physique dans le programme scolaire, la réouverture des centres de formations, etc… Mon but est de faire de l’île Maurice le hub africain au niveau du sport. Avec le Trust Fund et le 9-Year Schooling, quatre collèges deviendront des académies de sport. D’autre part, nous travaillons sur le concept « one company, one club » pour encourager le sport de masse. Le projet est sur la bonne voie. Je suis convaincu que dans les deux prochaines années, nous récolterons les premiers fruits de tous ces projets.
Il y a depuis toujours une perception générale que l’île Maurice n’a connu qu’un seul et unique ministre des Sports en la personne de Michael Glover. Comment réagissez- vous à cela ?
Ne pensez-vous que j’ai déjà fait bien mieux ? (rires). Les résultats peuvent en témoigner. Et, même certains de vos confrères le disent. J’avais fait un discours en janvier lors des MSC Awards en disant que les JIOI seront un déclic pour le sport mauricien. Certains m’avaient taxé de marchands de rêves…
JEUX DES ÎLES DE 2019
Je prône pour un ‘smart village’ pour accommoder les athlètes. Je discute assez régulièrement, de manière informelle, de cela avec mes collègues des infrastructures, des finances et des terres et du logement de cette éventualité.
Après avoir dit, dans un premier temps, que l’île Maurice se retirait comme candidate à l’organisation des JIOI de 2019, ils nous sont finalement attribués. Ne vous-êtes-vous pas contredit sur ce sujet ?
Pas du tout ! Ce sujet avait d’ailleurs fait l’objet d’une question parlementaire. C’était au tour des Comores d’organiser les JIOI et quand le CIJ leur a confié l’organisation, nous avons accepté. Par la suite, le CIJ a trouvé que les Comores n’offraient pas les garanties nécessaires et s’est tourné vers Maurice. La survie des Jeux étant en question, on a pris la responsabilité de les organiser. Mais, ce qu’on ne voulait pas, c’est que le CIJ nous confie l’organisation à deux années de l’échéance, car cela nous aurait mis dans une situation compliquée.
Vous nous disiez récemment que vous alliez prendre contact avec les Comoriens, c’est fait ?
Pas encore mais je le ferais incessamment. Je tiens à préciser, une nouvelle fois, que, lorsque les Comores ont obtenu l’organisation des JIOI, nous ne voulions absolument pas interférer dans ce dossier. Nous sommes pour la rotation des Jeux car c’est, avant tout, la fraternité des Iles qui doit primer.
Quand sera constituée l’équipe responsable de l’organisation pour la 10e édition des JIOI ?
J’attends le retour au pays de Philippe Hao Thyn Voon pour élaborer là-dessus. J’ai une certaine idée de la composition de l’équipe mais je dois encore consulter plusieurs personnes.
En termes d’infrastructures, à quoi pouvons-nous nous attendre?
Je prône pour un ‘smart village’ pour accommoder les athlètes. Je discute assez régulièrement, de manière informelle, de cela avec mes collègues des infrastructures, des finances et des terres et du logement de cette éventualité. Nous prévoyons également la construction d’une deuxième piscine de 50 mètres et celle d’un nouveau gymnase pour le handball.
Vous avez déjà une idée des disciplines qui seront au programme des JIOI de 2019 ?
Le rugby a toutes les chances d’y figurer tout comme l’équitation. Je m’attends à ce qu’il y ait une quinzaine de disciplines au total.
Votre objectif pour les JIOI de 2019 après une sortie satisfaisante à l’île de La Réunion ?
L’objectif est de gagner les JIOI en dépassant notamment La Réunion.
Cela passe par une bonne performance au niveau des disciplines collectives. Où en est-on justement avec le projet de relance de celles-ci ?
Nous avons déjà débuté la formation avec les jeunes car toutes les écoles de foot ont déjà rouvert leurs portes. Le projet de restructuration du basket également est déjà sur les rails. Ceux du handball et du volley suivront sous peu.
Relance oui, mais il faut que celle-ci se fasse sur de bonnes bases. Or, en lisant les différents articles de presse concernant Charles Tassin, on a l’impression qu’il fait face à pas mal de problèmes en tous genres …
Charles Tassin est une personne qui bouge très vite et je suis conscient qu’il fait face à une lenteur administrative qui bloque quelque peu son travail. Mais nous avons des procédures à respecter. J’ai déposé un dossier au ministère des finances et cela va décanter la situation au niveau de toutes les fédérations.
Et le football ? Pas mal de discussions ont été entamées avec des clubs étrangers tels Bastia, Feyenoord Rotterdam ou encore le Celtic Glasgow. Sam Allardyce devait même nous aider. Où en est-on ?
Nous avons effectivement beaucoup d’options, mais il faut bien analyser les offres de ces clubs étrangers.
La nouvelle liste de la HLSU exclut désormais les tennismen qui pourtant ont été médaillés aux JIOI…
C’est un comité indépendant qui travaille sur l’octroi des bourses, et, si, les tennismen ont pris la porte de sortie, cela doit être dû au fait qu’ils n’ont pas respecté les critères qui déterminent cet exercice….
Sinon, comment se passe la préparation des athlètes en vue des Jeux olympiques ?
Le départ de Christiane Legentil pour Doha fait partie de notre plan d’aide destiné à ceux déjà qualifiés ou ceux en quête d’une qualification pour ce grand rendez-vous. J’ai récemment reçu le programme d’entraînement de Yannick Lincoln. Ce dernier bénéficiera de tout le soutien voulu de la part du MJS. Il y a également Kennedy St-Pierre et Bradley Vincent qui demeurent au centre de nos préoccupations mais l’appui du secteur privé serait bien appréciable. Dans cette optique je vais rencontrer le ministère des Finances pour voir comment on pourrait assouplir les critères du CSR afin que les sportifs puissent en bénéficier. Mais je peux dire que les entreprises s’intéressent davantage aux athlètes depuis notre retour des JIOI.
AUTRES QUESTIONS
«Je vais rencontrer le ministère des Finance pour voir comment on pourrait assouplir les critères du CSR afin que les sportifs puissent en bénéficier.»
Le Mauritius Sports Council (MSC) a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps avec des décisions qui ne font pas l’unanimité. Cet organisme a-t-il toujours sa raison d’être ?
C’est désormais un corps paraétatique et ils ont davantage d’indépendance. Mais je suis d’avis qu’il faut revoir complètement le fonctionnement du MSC et redéfinir son rôle.
L’hippisme fait également partie du sport selon-vous ?
Bien sûr. Pour moi, le cheval est un athlète et non pas une machine à sous. Malheureusement, les paris ont quelque peu dévié l’hippisme de sa fonction première.
Les turfistes se plaignent de la nouvelle loi qui régit désormais le monde hippique…
Le gouvernement travaille actuellement sur cette question pour revoir certaines clauses de cette loi.
L’entretien a été réalisé par la rédaction sportive de l’express, représentée ici par quatre de ses journalistes.
Publicité
Publicité
Les plus récents