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Réforme des pensions
Les élus au même régime que les citoyens
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Réforme des pensions
Les élus au même régime que les citoyens
Le gouvernement franchit une étape symbolique dans la réforme des privilèges accordés aux élus. Dans le Budget 2026-2027, il a annoncé une refonte du régime de pension des parlementaires, des ministres et de certaines hautes fonctions de l’État. L’objectif affiché est de rapprocher les règles applicables aux responsables politiques de celles imposées au reste de la population, dans un contexte où l’âge d’éligibilité à la pension universelle est progressivement relevé à 65 ans. La principale nouveauté est que la mesure concerne aussi les anciens parlementaires soumis au régime de pension. Ils devront désormais justifier d’au moins deux mandats et avoir atteint 65 ans pour y prétendre. Une retraite anticipée demeurera possible à partir de 55 ans, mais avec une réduction du montant versé. Jusqu’à présent, plusieurs anciens élus pouvaient percevoir leur pension bien avant d’atteindre ce seuil.
En parallèle, un régime de retraite à cotisations définies (Defined Contribution Pension Scheme) sera instauré pour les parlementaires élus depuis novembre 2024. Le système fonctionnera sur le modèle de celui des fonctionnaires : chaque député cotisera 6 % de ses emoluments, tandis que l’État versera 12 % sur un compte individuel. Les pensions suspendues des parlementaires en raison d’un nouveau mandat reprendront à la fin de celui-ci et seront désormais plafonnées à deux tiers de l’allowance. La réforme prévoit également la limitation du cumul des pensions non contributives pour les plus hautes fonctions de l’État, notamment pour les postes de président de la République, de vice-président et de Premier ministre. Le plafond sera fixé à deux tiers du salaire le plus élevé, après déduction des pensions contributives et privées. Les emoluments du président de la République et du vice-président de la République en exercice, ainsi que leurs pensions, seront pleinement imposables à compter du 1er juillet 2026.
Ehsan Juman : «Nous devons montrer l’exemple»

Pour le député de la circonscription n° 3, Ehsan Juman, cette réforme était devenue inévitable : «En temps normal, oui, j’aurais dû toucher cette pension. Néanmoins, on ne peut pas demander à la population d’accepter la retraite à 65 ans alors que nous toucherons une pension à 50 ans. Ce n’est pas admissible.» S’il reconnaît que certains parlementaires pourraient connaître un manque à gagner, il estime que les élus doivent faire preuve de solidarité : *«Parfois, il est difficile pour un parlementaire de retrouver un emploi à 50 ou 55 ans. Mais dans une situation comme celle-ci, nous devons être solidaires et donner l’exemple.»*Ehsan Juman a qualifié la réforme de «mesure sans précédent».
Des observateurs favorables, mais…

L’ancienne députée du Parti travailliste, Nita Deerpalsing , estime que la réforme constitue «un pas dans la bonne direction», tout en jugeant qu’elle ne va pas assez loin. Selon elle, le véritable changement réside dans le passage à un régime réellement contributif, où les parlementaires financent eux-mêmes une partie de leur retraite. Elle plaide également pour l’abolition du poste de vice-président de la République, estimant que cette fonction représente un coût important pour les finances publiques.

L’observateur politique Jocelyn Chan Low partage une appréciation positive de la réforme. Il considère cependant que le débat dépasse la seule question des pensions et rappelle qu’il subsiste un écart très important entre les rémunérations des plus hauts responsables politiques et les revenus de nombreux Mauriciens.
Joanna Bérenger : «C’est tout à fait normal que nous, parlementaires, devions attendre 65 ans»

La députée du Fron progresis militan a déclaré : «C’est tout à fait normal que nous, parlementaires, devions attendre 65 ans, comme tout le monde, pour bénéficier d’une pension. Et il fallait même aller plus loin que ça! C’était mon appel dans mon dernier discours cette année, mais aussi l’an dernier, quand j’étais au gouvernement. Je disais qu’il n’était pas raisonnable de demander au peuple de faire des sacrifices, surtout avec la réforme des pensions, imposée dans un contexte d’urgence économique, sans solidarité de la part des dirigeants et sans réduction du train de vie de l’État.
J’avais fait le parallèle avec 1982, où la décision d’instaurer la sales tax – qui a permis le miracle économique – était aussi une décision difficile. Mais ce sacrifice avait été accompagné de la solidarité des dirigeants: refus de la compensation salariale, abolition des privilèges duty-free, réduction de 5% des salaires des ministres. Le geste était symbolique, solidaire et exemplaire. Cela inspire confiance, motivation et adhésion. Ce gouvernement devrait en prendre de la graine. Mais, comme pour bien d’autres choses, ma parole n’avait malheureusement pas été entendue.»
Khushal Lobine : «La politique est un engagement social»

Le leader des Nouveaux démocrates, Khushal Lobine, accueille favorablement cette réforme. Il rappelle avoir été l’un des premiers parlementaires à demander l’alignement du régime de pension des élus sur celui de la population : «Lorsque j’avais pris position sur la réforme de la pension en 2025, j’avais déjà proposé que les parlementaires soient soumis aux mêmes règles. Je suis satisfait que le Premier ministre ait pris cette proposition en considération.»
Khushal Lobine lance également un appel aux anciens élus ayant déjà effectué deux mandats mais n’ayant pas encore perçu leur pension : «Qu’ils n’encaissent pas leur pension. Qu’ils attendent 65 ans comme tout le monde.» Selon lui, il ne faut pas parler de sacrifice financier: «On ne fait pas de la politique pour s’enrichir. En tant que députés, nous recevons une allocation et non un salaire. Celui qui choisit la politique sait qu’il s’engage d’abord au service de la population.»
Le MSM reste discret
Plusieur s anciens ministres et parlementaires, tant du gouvernement actuel que des précédentes législatures, seront directement concernés par ces nouvelles dispositions. Certains devront désormais attendre plusieurs années avant de pouvoir bénéficier de leur pension. Du côté du Mouvement socialiste militant (MSM), les responsables contactés n’ont pas souhaité commenter cette réforme.
De plus, les sollicitations adressées au leader de l’opposition, Joe Lesjongard, ainsi qu’à Fabrice David sont restées sans réponse au moment de mettre sous presse.
Un manque à gagner pouvant atteindre Rs 40 millions
Dans son rapport intérimaire, la Commission of Experts on Pension Reform préconise d’aligner le versement des pensions parlementaires sur l’âge légal de départ à la retraite (65 ans). Une mesure qui concernerait les élus ayant accompli deux mandats d’ici à 2029 et dont le coût, selon les profils, pourrait atteindre Rs 40 millions de manque à gagner.
La réforme est simple dans son principe : les pensions des élus ne seront plus versées à l’issue de deux mandats, mais à partir de 65 ans. Le montant est par ailleurs plafonné à deux tiers du salaire le plus élevé perçu. Pour les parlementaires qui auront accompli deux mandats d’ici à la fin de 2029, l’impact financier est considérable.
Prenons le cas d’une députée âgée de 37 ans (comme Joanna Bérenger), dont le second mandat prendra fin en 2029. Sous l’ancienne formule, elle aurait perçu une pension annuelle de Rs 594 800, soit les deux tiers de son allowance de Rs 892 200. Avec la réforme, ce versement est repoussé de 25 ans. Manque à gagner brut : Rs 14,9 millions. Pour un député qui aura 39 ans en 2029 (à l’instar d’Adrien Duval), le manque à gagner s’élève à Rs 16,6 millions. Pour un junior minister qui aura 40 ans en 2029, la pension plafonnée s’élève à Rs 1 120 000 par an, calculée sur une allowance de Rs 1 680 000. Le report de 25 ans représente un manque à gagner de Rs 28 millions. Enfin, pour un ministre du même âge, la pension plafonnée à Rs 1 600 000 par an, sur une allowance de Rs 2 400 000, représente un manque à gagner de Rs 40 millions.
Ces projections sont établies en valeur nominale, sans ajustement à l’inflation – estimée en moyenne à 3,7 % par an entre 2014 et 2025, selon le Monthly Statistical Bulletin de la Banque de Maurice (mai 2026). Indexées à ce taux, elles s’échelonneraient de Rs 23,8 millions à Rs 64 millions.
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