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Le cannabis à Maurice

Et si nous avions enfin le courage de débattre avec les faits plutôt qu'avec la peur ?

29 juin 2026, 10:42

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Et si nous avions enfin le courage de débattre avec les faits plutôt qu'avec la peur ?

Depuis plusieurs jours, le débat autour du cannabis suscite de nombreuses réactions. Les inquiétudes sont légitimes. Les peurs existent. Mais une question mérite d'être posée : débattons-nous avec nos émotions… ou avec les faits ?

Le Repiblik Sitwayen Popiler (RSP) souhaite être parfaitement clair. Nous ne sommes pas favorables aux drogues. Nous ne faisons pas la promotion de leur consommation. Notre position est simple : une politique publique doit être construite sur la science, les données, la santé publique et l'intérêt général, jamais sur les tabous ou les préjugés.

Aujourd'hui, beaucoup continuent de placer dans la même catégorie le cannabis, l'héroïne, la cocaïne, le fentanyl, la méthamphétamine et les drogues synthétiques. Pourtant, les médecins, les chercheurs et les autorités de santé publique reconnaissent que toutes ces substances ne présentent ni les mêmes risques, ni les mêmes conséquences sanitaires et sociales. Les traiter de manière identique ne protège pas mieux la population. Au contraire, cela brouille le message de prévention et détourne les moyens de lutte des drogues les plus destructrices.

Pendant ce temps, Maurice produit du sucre, fabrique de l'alcool et commercialise du tabac. Ces produits sont légaux, réglementés et taxés. Ils participent à notre économie et à notre patrimoine. Pourtant, ils sont aussi responsables d'une lourde charge sanitaire.

Aujourd'hui, près d'un Mauricien sur sept vit avec un diabète de type 2. Des centaines de milliers de personnes souffrent d'obésité, de maladies cardiovasculaires, de stéatose hépatique ou d'autres complications liées, en partie, à une consommation excessive de sucre.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le tabac provoque plus de sept millions de décès chaque année dans le monde. L'alcool est responsable d'environ 2,6 millions de décès par an et est associé à plus de 200 maladies et traumatismes.

Pourtant, nous n'emprisonnons pas les consommateurs de sucre, d'alcool ou de tabac.

Nous avons choisi une autre approche : réglementer, taxer, contrôler, prévenir et sensibiliser.

Pourquoi ce raisonnement disparaît-il dès que le cannabis entre dans la discussion ?

Après plusieurs décennies d'interdiction, soyons honnêtes : le cannabis est toujours présent à Maurice. En revanche, les drogues synthétiques gagnent du terrain. Elles sont moins chères, plus puissantes, plus dangereuses et parfois même fabriquées localement.

La question est donc simple : la stratégie actuelle fonctionne-t-elle réellement ?

Les données disponibles montrent qu'environ 4 à 5 % des adultes mauriciens consomment actuellement du cannabis. Cela signifie que plus de 95 % n'en consomment pas. L'OMS rappelle également que la majorité des consommateurs ne développent pas de dépendance. Cela ne signifie pas que le cannabis est sans risque. Aucune substance psychoactive ne l'est. Mais cela signifie que toutes les substances ne présentent pas le même niveau de danger.

Il est également essentiel de distinguer le cannabis naturel des drogues synthétiques. Les drogues synthétiques sont associées à des overdoses, des psychoses aiguës, des convulsions, des troubles cardiaques et des décès. Les mettre dans le même panier que le cannabis constitue une erreur de santé publique.

Le cannabis ne se résume pas non plus à un usage récréatif. Dans plusieurs pays, il est utilisé sous contrôle médical pour soulager certaines douleurs chroniques, les effets secondaires de la chimiothérapie, certaines formes d'épilepsie ou encore dans les soins palliatifs. Le chanvre industriel permet de fabriquer des textiles, du papier, des matériaux de construction, des cosmétiques, des bioplastiques et de nombreux autres produits. Pendant que de nombreux pays développent ces filières, Maurice continue principalement à débattre de l'existence même du sujet.

Le marché mondial du cannabis légal représente aujourd'hui plusieurs dizaines de milliards de dollars et continue de croître rapidement. Celui du chanvre industriel suit la même tendance. Demain, ces filières créeront des emplois dans l'agriculture, la pharmacie, la recherche, les laboratoires, le textile, les matériaux écologiques, la cosmétique et l'industrie. Maurice doit au moins avoir le courage d'étudier ces opportunités, sans renoncer à ses exigences en matière de santé publique.

À Maurice, le débat est souvent porté par d'anciens consommateurs de drogues dures. Nous respectons leur parcours et le courage qu'il faut pour témoigner. Leur expérience est précieuse pour comprendre les conséquences humaines de la dépendance. Mais une politique publique ne peut pas être construite uniquement sur des témoignages personnels, aussi sincères soient-ils.

Posons-nous quelques questions.

Une personne devient-elle automatiquement experte du cannabis parce qu'elle a connu une dépendance aux drogues dures ?

Est-elle médecin ?

Est-elle addictologue ?

Est-elle psychologue ?

Est-elle chercheur en santé publique ?

A-t-elle étudié les politiques publiques mises en œuvre au Canada, en Allemagne, à Malte, aux Pays-Bas, en Espagne ou dans certains États américains ?

Le plus souvent, non.

Son expérience mérite d'être entendue. Mais elle ne remplace ni les études scientifiques, ni les données de santé publique, ni les travaux des chercheurs. Un témoignage éclaire un parcours de vie. Il ne suffit pas, à lui seul, à définir une politique nationale.

Il faut également dépasser le mythe selon lequel le cannabis serait automatiquement une «passerelle» vers les drogues dures. Lorsqu'un tel parcours existe, il peut aussi s'expliquer par le marché noir lui-même. Une personne qui achète du cannabis auprès d'un trafiquant est souvent exposée à d'autres substances beaucoup plus dangereuses. Ce n'est pas nécessairement la plante qui ouvre la porte, mais le marché clandestin qui met toutes ces drogues en contact.

Le RSP ne demande pas une légalisation sans limites.

Notre position est claire.

Oui à la dépénalisation, dans un cadre légal strict.

Oui à la décriminalisation des consommateurs, afin de privilégier une approche de santé publique plutôt qu'une réponse exclusivement pénale.

Oui à une taxation, comme c'est déjà le cas pour l'alcool et le tabac. Les recettes devraient être réinvesties dans la prévention, la santé mentale, la recherche, les centres de traitement des addictions et la protection de la jeunesse.

Oui à un usage récréatif réservé aux adultes, exclusivement dans un cadre réglementé : âge minimum légal, licences contrôlées, contrôle qualité, traçabilité, limitation du taux de THC, interdiction de publicité, sanctions contre le marché noir et campagnes nationales de prévention.

Notre objectif n'est pas de banaliser le cannabis.

Notre objectif est de reprendre le contrôle d'un marché qui existe déjà, d'affaiblir les réseaux criminels, de mieux protéger les jeunes et de construire une politique publique plus efficace, plus responsable et davantage fondée sur les preuves scientifiques.

Le véritable débat n'est donc pas de savoir si le cannabis existe. Il existe déjà.

La véritable question est de savoir quelle politique protège réellement les Mauriciens.

Le RSP choisit le dialogue plutôt que la peur.

Le RSP choisit les preuves plutôt que les préjugés.

Le RSP choisit une politique publique fondée sur la science, la responsabilité et l'intérêt général.

Parce qu'une démocratie forte ne construit pas ses décisions sur les slogans. Elle les construit sur les faits.

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