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Journée mondiale contre la drogue: pourquoi Maurice est en train de perdre le combat

26 juin 2014, 16:14

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Journée mondiale contre la drogue: pourquoi Maurice est en train de perdre le combat

 

«Face aux résultats apportés par les campagnes de sensibilisation et de réhabilitation ces dernières années, on pourrait dire qu’on a fait du bon travail. Erreur !» C’est à travers un discours peu orthodoxe que Lormus Bundhoo s’est adressé à la foule présente au collège Adolphe de Plevitz, à Grand-Baie, ce jeudi 26 juin.

 

Collégiens fréquentant divers établissements du Nord, représentants de la force policière, d’ONG et de plusieurs organismes avaient répondu présent à l’appel du ministère de la Santé et de la Natresa à l’occasion de la 27e Journée mondiale contre l’abus et le trafic de drogue.

 

Les différentes initiatives prises ces dernières années par l’Etat et la société civile ont certes causé une baisse de la consommation de drogues, d’alcool et de cigarettes parmi la population adulte de l’île, a convenu le ministre. Mais il n’a pas caché son inquiétude face à d’autres chiffres. «Maurice est un exemple dans le combat contre l’alcool et la drogue. Il y a trois ans, un Mauricien consommait en moyenne 10 cigarettes par jour. Aujourd’hui, il en consomme 7. Mais, dans le même temps, la consommation a augmenté de 20 % chez les jeunes âgés entre 15 et 17 ans», s’est-il exclamé.

 

«Des filles de 13 à 14 ans sont déjà accrocs à l’héroïne»

 

Il rejoint en ce sens les dires de plusieurs travailleurs sociaux qui étaient venus représenter leurs ONG lors de cette journée. «On ne peut pas dire que Maurice est en train de gagner le combat contre la drogue», indique, par exemple, Magalie, une représentante de Chrysalide, qui offre un soutien aux femmes touchées par le fléau. 

 

«A une époque, nous traitions uniquement des adultes, des personnes de 25, 35 ans ou plus, continue notre interlocutrice. Aujourd’hui, des filles de 13 à 14 ans sont déjà accrocs à l’héroïne. Il n’y a aucun centre à Maurice qui puisse aider les mineurs atteints par la drogue, ils n’ont droit à aucun soutien psychologique

 

La travailleuse sociale soutient que les lois interdisent aux ONG de prendre en charge des jeunes de moins de 18 ans. Selon elle, cette situation est hypocrite : on fait de la prévention auprès de ces jeunes, mais lorsqu’ils sont touchés, «on leur dit de revenir lorsqu’ils auront 18 ans».

 

Des lois trop répressives envers les consommateurs

 

Selon les travailleurs sociaux opérant au sein de l’association Groupe A de Cassis, «la bataille n’est pas gagnée» pour plusieurs raisons. Ils citent, entre autres, un manque de contrôle des points d’arrivée de la drogue au port et à l’aéroport, mais aussi des lois trop répressives envers les consommateurs. «Les petits consommateurs sont des victimes, il faut les traiter comme des patients et non les envoyer en prison pour quelques pouliahs.»

 

Ces bénévoles dénoncent également une dérive du traitement de la méthadone, qui a donné naissance à un nouveau trafic. «Beaucoup de jeunes n’ayant jamais touché à d’autres drogues sont aujourd’hui accrocs uniquement à la méthadone», soutiennent-ils. Il faudrait, pensent-ils, un meilleur contrôle lors de la distribution de ce médicament.

 

Pour de nombreux travailleurs sociaux, il faut absolument organiser plus de «séminaires, de workshop et de causeries» dans les établissements scolaires, et pas seulement au secondaire. «C’est une réalité, il n’y a pas suffisamment de prévention, indique le Groupe A de Cassis. Et nous n’avons pas suffisamment de jeunes qui s’engagent dans le bénévolat. Il faudrait que des jeunes et anciens toxicomane témoignent de l’enfer dont ils sont sortis, cela aurait beaucoup plus d’impact

 

Revoir la manière dont la méthadone est distribuée

 

A entendre le ministre Bundhoo, les autorités sont parfaitement au courant de ces problèmes. II a annoncé plusieurs mesures pour que les acteurs concernés puissent mieux faire face à la situation. Il demandera, par exemple, un audit de toutes les ONG qui bénéficient du soutien financier de la Natresa.

 

Il faudra également revoir la stratégie de communication des différents organismes publics, parapublics et de la société civile engagés dans le combat, a lancé Lormus Bundhoo. L’objectif sera de mieux s’adresser aux jeunes, mais aussi de cerner l’origine de leurs problèmes. Par ailleurs, le ministre a aussi affirmé que l’Etat allait revoir la manière dont est distribuée la méthadone pour éviter les dérives.

 

«Nous devons aussi réfléchir à un moyen d’offrir une vie après la drogue aux victimes, et pas seulement leur donner un traitement de méthadone, a-t-il expliqué. Nous travaillons sur un programme de formation volontaire, à travers lequel les anciens toxicomanes pourront apprendre un métier, trouver de l’emploi, et obtenir un soutien financier.»

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