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2005 n?est pas 1967

21 mai 2005, 00:00

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Les repères s?étant estompés, le désarroi s?étant installé, il est devenu plus facile de jouer de l?allégeance volatile de l?électorat. 2005 et 1967. De plus en plus, ces deux dates sont citées. Des analogies sont dressées. On voudrait voir la main invisible de l?histoire accomplir à nouveau sa magie et tisser des liens surréalistes entre telle et telle communauté, pour constituer une force électorale susceptible de garantir une majorité à un bloc politique. Certains n?hésitent pas à jouer à fond cette carte, allant même jusqu?à laisser à quelques excités et inconscients adeptes des tragédies idéologiques sanglantes la sale besogne d?antagoniser les rapports entre les communautés.

«L?unification» fantasmée entre deux communautés est ainsi devenue l?ultime ratio d?un bloc de partis. Nous nageons en plein délire. Et nous dérivons dangereusement vers la folie de la pureté ethnique. Mais la cupidité et la soif du pouvoir peuvent amener des esprits malades à envisager le pire des scénarii, juste pour pouvoir trôner sur un pays. Certains pourraient voir dans ces propos une certaine surdramatisation des faits. Certes, les Mauriciens sont connus pour leur pacifisme. Mais il ne faut pas oublier qu?après 1967, il y a eu 1968. Une date et une année cauchemardesques dans l?histoire de ce pays.

Pour ceux qui ont fait de «l?unification» de deux communautés leur stratégie pour prendre le pouvoir, le risque d?un naufrage serait minime, voire inexistant. Ce pays étant trop mûr pour basculer vers des extrêmes. Mais à ceux-là, il faut rappeler que, pour rendre folle une foule, il suffit d?une étincelle. Ce risque, nous le courons constamment. Alors lorsqu?on se proclame rassembleur, on devient rassembleur de toute une nation dans un élan commun pour bâtir l?avenir.

C?est cette idée de nation qui légitimise le pouvoir politique. Le pouvoir qui prend fondement sur des rapports ethniques antagonistes est voué à l?éphémère et à l?échec. Mais il semblerait que la fascination totalitaire du pouvoir efface de la mémoire de tels faits.

Il est cependant temps de mettre de côté les ambitions personnelles et de penser à l?avenir d?un pays qui a trop souffert de l?hypocrisie, des divisions latentes et des conflits passifs entre les ethnies. Le chemin de l?unification binaire est dangereux et aucune amertume passée, aucune vanité blessée n?autorisent la remise en question d?une harmonie fragile. Aucun homme politique n?a le droit de remettre en question la possibilité d?un vivre-ensemble qui transcende les clivages anciens.

C?est possible de vivre autrement dans ce pays. Que la classe politique se réinvente. Que la société civile sorte de l?infantilisation dans laquelle la projette son complexe de supériorité. Que le peuple surmonte ses contradictions et ses préjugés. Que les intellectuels commencent à penser? Que les artistes commencent à créer à partir de la matérialité de notre quotidien? Que la forme indicative et vindicative que prend l?obsession de pureté ethnique cède la place à l?aventure d?une identité mélangée. Serait-ce trop demander ? Non, si les hommes étaient libres dans leur tête et pas si fragiles dans leurs représentations d?eux-mêmes.

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