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15 secondes sur 100 m mais heureuse sans burka

16 août 2004, 20:00

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Robina Muqimyar, l’une des deux femmes à faire partie pour la première fois d’une délégation d’Afghanistan aux jeux Olympiques, est heureuse de se trouver sans burka à Athènes même si elle sait qu’elle sera éliminée vendredi prochain, dès le premier tour du 100 m d’athlétisme.

“J’étais très heureuse (de ne plus porter la burka). C’était merveilleux, une libération”, se souvient Muqimyar, 18 ans, et championne d’Afghanistan en 15 sec 06/100e, soit près de quatre secondes de trop ne serait ce que pour accéder au deuxième tour de l’épreuve-reine olympique.

“Je suis ici à Athènes pour donner de l’espoir aux femmes de mon pays afin qu’elles puissent avoir un avenir. Les sports comme l’athlétisme ne coûtent rien à pratiquer et j’aimerais voir davantage d’Afghanes faire de la compétition”, ajoute Muqimyar qui se flatte d’avoir battu, pour le titre national, Lena Azimi, l’auteur du 100 m le plus lent de l’histoire des Championnats du monde.

Invitée par la Fédération internationale (IAAF), Azimi avait mis 18 sec 37/100e pour parcourir la ligne droite du Stade de France, à Paris/Saint-Denis, en août 2003.

Contrairement à sa camarade de chambrée, la judoka Friba Razayee (-70 kg) partie en exil avec sa famille au Pakistan et qui a révélé s’être mise au judo après avoir regardé des films de Jackie Chan, Muqimyar était restée à Kaboul durant les longues années de terreur sous les Taliban (1996-2001).

<B>Feux d’artifice : “Mauvais souvenirs” </B>

“Je n’avais pas choisi de porter la burka et beaucoup de personnes avaient été forcées à le faire”, se rappelle encore celle qui, au Village olympique d’Athènes, pourrait être prise pour une Occidentale à la mode avec son short, ses lunettes de soleil fièrement posées sur une tête libre de tout voile.

Mais les douloureux souvenirs de la période la plus noire de l’histoire afghane hantent encore la vie de Muqimyar, malgré l’ambiance festive de la capitale grecque et la fraternité entre athlètes.

“Quand on a tiré les feux d’artifice (à la fin de la cérémonie d’ouverture), j’avais cru qu’il y avait de nouveau la guerre, comme au moment de l’arrivée des Américains à Kaboul. Ça m’a rappelé les mauvais souvenirs des années de terreur vécues sous les Taliban”, avoue Robina Muqimyar.

Et c’est sans doute pour cette même peur diffuse, insidieuse, ou la volonté de ne pas bousculer (trop) rapidement les traditions séculaires d’Afghanistan que Robina Muqimyar va s’aligner en justaucorps intégral, vendredi, au départ du 100 m afin de ne laisser voir aucune partie dénudée de sa personne.

Ce sera alors un moment historique pour Robina et les femmes afghanes. Mais ce sera aussi le 100 m le plus lent de l’histoire olympique après les 14 sec 13/100e de la Cambodgienne Ouk Chan Than à Sydney il y a quatre ans.

Robina et tous les athlètes anonymes du monde entier sont l’illustration même de la fameuse devise du Baron Pierre de Coubertin (l’essentiel est de participer) prononcée il y a 108 ans, ici même à Athènes, lors des premiers Jeux de l’ère moderne.

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