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Éric Guimbeau lance un pavé dans la mare

28 août 2005, 00:00

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«Once a militant, always a militant. » C?est ce que le député Éric Guimbeau confie à Ahmad Jeewah, président du Mouvement militant mauricien (MMM), dans la lettre de démission qu?il lui a adressé cette semaine.

Cette affirmation de militantisme donnée à la direction du parti mauve par celui qui vient de prendre la porte de sortie n?a pas manqué de mettre la classe politique en émoi. À ce jour, elle suscite des commentaires les uns plus contradictoires que les autres. Certains y voient une opération de la majorité, orchestrée en deux temps. D?autres la placent sous le coup de l?émotion. Le principal concerné parle de « décision mûrement réfléchie, qui n?a rien à voir avec un quelconque dessein gouvernemental ».

Ce qui est sûr, c?est que cette démission va inévitablement provoquer un branle-bas de combat au sein de la majorité, en quête de soutien supplémentaire au Parlement. Elle risque aussi de raviver l?espoir des bleus de voir leurs deux factions (PMSD et PMXD) arriver à un modus vivendi. Ce qui leur permettrait d?augmenter un éventuel pouvoir de marchandage au sein du gouvernement. Dans un tel cas, la majorité (où se trouve déjà le PMXD) disposerait de deux voix supplémentaires, celle de Maurice Allet, leader actuel du PMSD, et d?Éric Guimbeau, nouvel adhérent du parti.

À ce stade, aucun dirigeant de l?opposition ne veut commenter officiellement ce qui se trame. En privé, certains font le rapprochement entre la démission d?Éric Guimbeau et le bras de fer qui oppose le PMSD au tandem MSM-MMM : le partage des investitures pour les prochaines municipales. Ils pensent que le PMSD « est en train de pousser à la roue pour justifier toute rupture ».

Maurice Allet s?en défend. Il se contente de rappeler qu?Éric Guimbeau vient d?une famille qui a toujours été proche du PMSD (Cyril, son oncle paternel a d?ailleurs été élu en décembre 1976, à Rodrigues, sous la bannière des bleus). Il avoue néanmoins que son parti réclame 26 sur les 126 tickets. Une requête qui, dit-il, se justifie par sa présence dans les villes. « Nous n?avons nulle intention de nous séparer de nos amis du MSM et du MMM. Ce n?est pas à mon agenda et la question de la réconciliation avec le PMXD ne se pose pas non plus. »

Quoi qu?il en soit, toute fracture au sein de l?opposition ne peut que réjouir la majorité. On sait que l?Alliance sociale n?a pas le président de la République en odeur de sainteté. Tout renforcement de sa majorité parlementaire, dans les circonstances présentes, vaut donc son pesant d?or.

Cette majorité ne compte que 42 parlementaires. Elle a donc besoin de cinq voix supplémentaires pour amender la Constitution afin d?initier une procédure de destitution du président de la République. L?aval des 2/3 de la Chambre est exigé pour accepter une motion du Premier ministre en ce sens. Cette motion doit exposer les motifs et, si elle est admise, elle doit encore être soutenue devant une cour spéciale nommée par le chef juge et composée de trois juges.

Pour l?heure, on semble être encore loin du compte. L?entourage d?Éric Guimbeau indique que le député n?a aucune intention d?accorder son soutien à la majorité. Aux militants du comité régional qui l?interrogeaient vendredi, Paul Bérenger concède qu?il n?existe, à ce jour, aucune indication que Guimbeau rejoindrait le camp adverse. « Kan nou coz Éric Guimbeau, nou pa pe coz enn depite ki pe al vande, ki pe al dan gouvernma. Li ti pou siez an indepandan, me li finn desid pou rant dan PMSD. »

Un cacique du MMM, à qui le député de Curepipe-Midlands s?est confié avant de prendre ses distances du parti, considère que le démissionnaire « s?est laissé emporté par l?émotion » devant l?attitude de la direction du parti mauve à son encontre.

Le principal concerné est lui-même peu loquace. Il veut éviter toute polémique. Éric Guimbeau se fait cependant fort de préciser que sa démarche n?a rien à voir avec une quelconque velléité gouvernementale pour conforter sa majorité parlementaire. Sa décision, dit-il, ne constitue pas non plus une étape vers une réconciliation dans la maison des bleus.

« Ma décision de quitter le MMM n?a rien à voir avec la majorité, encore moins avec une réunification de la famille PMSD. J?ai mûrement réfléchi. Je m?apprêtais à siéger en indépendant. Maurice Allet en a entendu parler et m?a proposé de me joindre au PMSD. J?ai passé huit ans au sein du MMM, je pars sans amertume. Je pense que ma présence au sein d?un parti siégeant dans l?opposition me protégera des pressions venant de la majorité. »

Le poids des deputes de Rodrigues

Mais même si les deux députés du PMSD s?alliaient à la majorité, cette dernière aurait toujours besoin de l?apport de trois députés de Rodrigues sur les quatre pour atteindre les deux tiers nécessaires. Le Mouvement rodriguais (MR), dirigé par Nicolas Von Mally, ne semble pas vouloir s?immiscer dans le conflit entre l?hôtel du gouvernement et la State House.

« Pour l?heure, la question de soutien au gouvernement, en cas de motion visant la présidence, ne se pose pas. Je suis d?avis que sir Anerood Jugnauth et Navin Ramgoolam sont suffisamment compétents pour régler leur différend, sans impliquer les autres. Le MR n?a rien à reprocher au président. Se pa nou lager e mo panse ki le pey ena lezot priorite. »

Mais, en politique, une semaine est parfois bien longue. Dans l?immédiat, le pavé lancé dans la mare par Éric Guimbeau risque de provoquer bien des vagues pour les élections municipales fixées au 2 octobre. Au vu des résultats des législatives, la joute s?annonce serrée à Vacoas-Phoenix, à Quatre-Bornes et à Port-Louis. La démission du 1er député de Curepipe-Midlands n?est pas pour arranger les choses dans la « ville lumière ».

Chronique d?une démission annoncée !

La démission d?Éric Guimbeau, si elle semble avoir pris par surprise les responsables de l?opposition, était attendue par de nombreux agents mauves de Curepipe. Chronique d?une rupture prévue?

« Le différend Guimbeau-Dowarkasing dure depuis des mois. Mais, campagne électorale oblige, Paul Bérenger n?a pas voulu crever l?abcès. Il récolte aujourd?hui ce qu?il a semé. Il n?aurait jamais dû humilier Éric », assure un agent mauve très proche du député Guimbeau.

Plusieurs raisons sont mises en avant pour expliquer ce départ d?un député populaire. D?abord, les relations Guimbeau-Dowarkasing vont mal dès le début de la dernière législature : Guimbeau était accusé par Dowarkasing d?agir « trop en travailleur social », ou de « vouloir aider les électeurs de l?autre bord » aux dépens des leurs.

Deuxième raison : la « démission forcée » du PPS Guimbeau lors du dernier remaniement ministériel de Bérenger. « Hypersensible », le jeune député mauve aurait mal accepté cette « rétrogradation », même si c?était pour tenter de gagner des « votes féminins » avec la nomination de femmes comme ministre et PPS.

Troisième raison : Guimbeau n?a pas accepté que Bérenger, durant la campagne électorale, « l?insulte et l?humilie devant les agents MSM-MMM à cause de Dowarkasing ». Plusieurs témoins se souviennent des larmes à peine cachées de Guimbeau. « Éric avait raison de pester contre Dowarkasing », relate un agent mauve, mais « nous avions l?impression que Paul avait capitulé devant le MSM ».

Campagne électorale oblige, la difficile cohabitation entre les deux fut cachée. Relégués dans l?opposition, les deux députés ont maintenant à faire face à l?absence de la machinerie gouvernementale pour répondre aux « besoins » de leurs électeurs ? d?où une accentuation des deux manières d?agir et d?être sur le terrain.

Malgré les tentatives de faire revenir Guimbeau sur sa décision, il est clair, comme l?a dit Paul Bérenger à ses militants, vendredi, à la mairie de Curepipe, que les mauves n?interpelleront nullement le MSM : « Ne comptez surtout pas sur moi pour aller régler des comptes avec Dowarkasing à un mois des municipales ! »

Éric Guimbeau a choisi la voie lui permettant, pour le moment, de ne pas « trahir » les mauves : il demeure dans l?opposition et adhère à un partenaire minoritaire allié de son parti. Cependant, devant les rumeurs de réunification « de la grande famille bleue », la position du premier député de Curepipe-Midlands risque de devenir très inconfortable.

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