Publicité
Éduquer plutôt que condamner
par Pauline ETIENNE
L?hypocrisie est à son comble. Le Premier ministre (PM) en fait une affaire d?État depuis que le leader de l?opposition en a fait son cheval de bataille. ?À la lumière de rapports reçus, je crois que certaines personnes ont bien pu fumer du gandia à l?intérieur du stade, de manière très discrète?, a déclaré le PM au Parlement mardi dernier. Comme s?il n?y avait qu?au concert de Pierpoljak que les Mauriciens fumaient du gandia?
Il faut arrêter de se voiler la face. Le gandia est illégal à Maurice. C?est un fait. Avant que les mentalités changent et que cette drogue, dite douce, soit dépénalisée, beaucoup d?eau aura coulé sous les ponts. Les Mauriciens ne semblent pas prêts à accepter cette réalité. À tel point d?ailleurs que la population tout entière en arrive à se voiler la face.
Le fait que le chanteur Pierpoljak fasse l?éloge d?une drogue interdite dans le pays qui l?accueille ne doit certes pas être approuvé, même toléré. Mais de là à dire que c?est lui qui a poussé les spectateurs à en fumer, il y a un pas? à ne pas franchir.
La drogue, comme l?alcool, fait partie du quotidien ? sinon de l?ambiance de fête ? de beaucoup de Mauriciens aujourd?hui. Histoire de ?s?amuser, de se défoncer?. Les jeunes, et moins jeunes d?ailleurs, n?ont certainement pas attendu le concert de Pierpoljak pour fumer.
Si les autorités veulent réellement lutter contre le fléau de la drogue, comme ils s?accordent tous à le dire, alors il s?agit de bien cibler le problème. Il faut donc déjà ouvrir les yeux sur certaines réalités, comme le fait que le gandia est bel et bien entré dans les m?urs.
Cela étant dit, ce n?est certainement pas auprès de quelques petits fumeurs de gandia ? après tout inoffensifs pour la société ? que les autorités arriveront à lutter contre le fléau. Le combat doit, certes, se faire par la sanction. Mais cette étape doit être menée contre les dealers, et non contre les consommateurs.
La deuxième étape, qui semble-t-il, a le plus de chances d?aboutir, c?est l?éducation des jeunes. Le consommateur ne doit pas être tenu pour responsable du fléau. C?est une campagne de prévention qu?il faudrait avant tout afin que les consommateurs sachent exactement à quels dangers ils s?exposent.
Tout le monde doit être averti qu?au-delà des effets immédiats provoqués par un petit joint de temps en temps ? somnolence, sensation d?euphorie, troubles de la mémoire à court terme entre autres ? il y en a de plus graves si l?on en consomme souvent et en grande quantité.
Contrairement aux idées reçues, le cannabis ne provoque pas vraiment de dépendance physique mais le danger se situe ailleurs. À force d?en consommer en quantité de plus en plus grande, l?effet est amoindri. Ainsi, le consommateur peut ressentir le besoin d?en consommer plus, plus souvent. Ceux qui ont tendance à voir dans le joint une solution à leurs problèmes, par exemple, sont plus vulnérables et risquent davantage de tomber dans une consommation abusive.
Mais il y a d?autres conséquences physiques que nous gagnerions tous à connaître. étant donné qu?un joint comporte une quantité de goudron plus importante qu?une cigarette, le cannabis constitue un facteur de risque important pouvant entraîner des cancers bronchiques et des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, ?sophage et larynx) en particulier chez les moins de 45 ans. Enfin, côté hormones, il peut aussi y avoir certaines conséquences. On constate qu?une consommation répétée entraîne une baisse de la production des spermatozoïdes chez les hommes et une absence d?ovulation chez les femmes.
Alors, Messieurs les ministres, au lieu de vous battre pour savoir qui de vous pourra se targuer de traquer les fumeurs de gandia, pensez d?abord à éduquer vos jeunes?
Publicité
Publicité
Les plus récents