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Éclosion sous protection
LE SOUCI de protection de la génération future anime bien des espèces. L?instinct maternel est souvent invoqué mais, dans certains cas, c?est le père qui est tutélaire, bien avant la mode de papa poule. Ainsi chez un poisson, l?hippocampe, le mâle conserve les oeufs dans une poche du ventre. Ceux-ci y restent bien chouchoutés jusqu?à ce qu?il accouche péniblement des alevins.
Mais redonnons à maman ses droits. Ainsi, chez crabes et crevettes, c?est elle qui porte des grappes d?oeufs accrochés au ventre jusqu?à l?éclosion. Un crapaud (Pipa) fait mieux et chaque oeuf s?enfonce dans une poche dans le dos maternel. Le têtard issu de l?éclosion y demeure jusqu?à fort tard, le temps de se métamorphoser pour aller grenouiller dehors.
Même ces reptiles que fuit horrifiée la petite demoiselle délicate prennent quelques précautions pour que les oeufs ne tombent pas en mauvaises bouches. Les agames, dits ici caméléons, enfouissent leurs oeufs sous le sol. On peut voir chez nous ces gros lézards damant la terre de vigoureux coups de tête après la ponte. D?autres lézards comme les geckos se contentent d?endroits peu fréquentés pour leurs oeufs, mais tortues et crocodiles les enterrent aussi.
On a encore mieux. Pas évidemment la collection de layette préparée par nos compagnes en attendant un heureux événement mais, même modestes, certains talents animaux méritent mention. Pour un berceau par exemple. Un qui est vraiment bercé. On le voit chez un mollusque distingué, cousin des calmars, dont le nom même, argonaute, n?est pas sans distinction. La mère sécrète entre deux tentacules une corbeille calcaire extrêmement fine recherchée des collectionneurs. Elle est bercée par la mer et les oeufs y restent jusqu?à l?éclosion.
Moins spectaculaires mais aussi efficaces sont les rayons de cire polyvalents où Maya, la belle abeille, accumule nourriture et oeufs. Les larves s?y développant sont soignées par les ouvrières; tout comme dans les smalas les aînés se chargent des petits. Au lieu de cire, la guêpe jaune à taille fine mâchonne des fibres végétales pour un nid riche d?alvéoles, tandis que la guêpe maçonne à la taille encore plus menue accorde ses préférences à la boue.
Les plus talentueux des insectes sont termites et fourmis, la lauréate étant la fourmi tisserande, seul insecte à utiliser un outil, lequel n?est autre que sa larve. Des chaînes de ces insectes rapprochent les bords de feuilles pour constituer une enveloppe. Ces bords sont alors maintenus par de la soie sécrétée par les larves. Elle sont promenées de bord à bord telles des navettes par des ouvrières qui cousent donc efficacement.
Bien que les femelles des fourmis volent pour disséminer l?espèce, le monde aérien est plutôt dominé par les oiseaux. Il est parmi eux des insouciants qui ne font même pas un semblant de nid. Par exemple une sterne, dite goélette blanche. Mais la plupart s?activent mieux. Pour des esquisses plutôt qu?oeuvres achevées quelquefois. Les passereaux, moins paresseux, recueillent des inflorescences de graminées pour de petites coupes délicates. Bengalis et serins sont ainsi à l?oeuvre et ont donné naissance à l?expression ?mank serin, mail bengali? équivalent de ?faute de grives, on mange des merles?.
D?autres nids sont cachés dans des trous d?arbres. Au cours de nos jeunes années on perchait haut de vieux arrosoirs avec l?espoir que des martins y feraient leur nid. On pensait ainsi recueillir des petits qu?on entendrait plus tard parler. Nous n?avons jamais eu de succès bien que des amis aient prétendu connaître un cousin dont l?oncle du beau-frère avait un oiseau bien élevé.
Notre choix pour le sommet de la pyramide des talents est la fauvette couturière. Elle se fait un nid de trois feuilles cousues à l?aide de soie prélevée sur des toiles d?araignées. Pour arriver à des petits, il faut qu?il y ait union des partenaires. Elle peut être dangereuse comme chez les araignées où le mâle doit décliner son identité en faisant vibrer un des fils de la toile comme un Espagnol grattant sa guitare pour une sérénade à sa belle. Sans cette précaution il se retrouverait dans la bouche plutôt que la couche de l?aimée.
Chez les insectes on fait confiance au parfum, à la lumière ou à des sons. La femelle du papillon donnant le ver à soie fait les premiers pas en disant discrètement ?chez moi?. Elle émet des vapeurs odorantes et irrésistibles pour le mâle. Les lucioles, qui sont des coléoptères, préfèrent des lumières battant à un rythme dépendant de l?espèce. La femelle appelle et le mâle vole vers elle. Enfin le son est une option de grillons. Mais avec une astuce. Des mâles silencieux se tiennent aux abords des chanteurs et gagnent les faveurs des femelles attirées. Hélas le son appelle ausssi des prédateurs et les soupirants trop bruyants apprennent que tel est pris qui croyait prendre. Le silence n?est-il pas d?or ?
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