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«Trop facile de blâmer les facteurs externes»

25 juin 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le couperet est tombé ou presque : le prix du sucre baissera de 39 %. Vos commentaires ?

Bon, le quantum de 39 % n?est pas encore définitif parce qu?il faut que cette décision soit entérinée par le Conseil des ministres européen. Il faut donc maintenant une lutte acharnée de la diplomatie mauricienne pour empêcher cela. Si cela ne s?avère pas possible, il faudrait chercher la meilleure compensation possible. Encore une fois, ce sera la diplomatie mauricienne qui sera mise à l?épreuve. Malheureusement, ce que nous avons constaté, c?est que Maurice n?a plus d?amis à cause des gaffes de Bérenger. Donc, une réforme en profondeur de l?industrie sucrière est inévitable. Mais une réforme à visage humain.

L?Alliance sociale dit souvent que le gouvernement sortant n?a pas su négocier. C?est un peu facile de dire cela quand on est dans l?opposition?

Trop facile aussi de toujours blâmer la conjoncture internationale. Pour le textile aussi, on blâme la conjoncture internationale. Ce qui est faux parce que Maurice a fait des grosses erreurs concernant la dérogation de l?Agoa. Pour le tourisme aussi,, on blâme la conjoncture internationale. Faux, encore une fois. En 2004, l?augmentation du secteur touristique mondial à été de 10 %. Maurice a augmenté ses arrivées de 4 %, ce qui est bien moins que la moyenne. Le sucre, pareil. Trop, c?est trop.

Vous dites souvent que Maurice n?a plus d?amis mais le commissaire européen n?est pas d?accord avec vous.

Mais, c?est un diplomate, que voulez-vous qu?il dise ! (Rires?) Cela prouve qu?il est un bon diplomate. La preuve est dans les faits. Qui est en train de nous soutenir à l?heure actuelle ? Personne.

Mais alors comment faire pour retrouver ces amis perdus ?

Il faut jouer sur les atouts que Maurice a toujours eus. C?est-à-dire que nous sommes un pays qui a su réussir, un pays qui est tourné vers l?avenir, qui est une démocratie, un état de droit qui a une bonne gouvernance, où il y a l?unité nationale. Ce sont des atouts qui ont joué en notre faveur dans le passé, qui nous ont créé des amis. Aujourd?hui, beaucoup de ces atouts sont menacés.

Je prends un exemple : la bonne gouvernance où nous avons dégringolé dans le classement mondial. Quand Maurice perd ses atouts, quand le journal l?Observateur dit que Maurice n?est plus un modèle pour l?Afrique, cela nous fait du tort parce que notre diplomatie n?est plus effective.

«Quand Maurice perd ses atouts, quand le journal l?Observateur dit que Maurice n?est plus un modèle pour l?Afrique, cela nous fait du tort parce que notre diplomatie n?est plus effective.»

L?Alliance sociale a fait du chômage un de ses principaux thèmes de campagne. Comment proposez-vous d?accommoder les chômeurs ?

Il faut souligner que 80 % des chômeurs ont moins de 25 ans et 70 % de ceux-là ont échoué la Form V et la quasi-totalité n?a pas de formation. Donc, la première chose est la formation car il y a beaucoup de chômeurs structurels dans le sens qu?ils ne peuvent pas fit in dans le mode de développement qui existe. Il y a aussi le paradoxe du textile à Maurice, où il y a des milliers d?emplois disponibles mais les gens ne veulent pas travailler dans les conditions de travail imposées pour le salaire proposé.

Quelle sera la stratégie dans le textile ?

Nous allons nous concentrer sur le concept du hub plutôt que sur la production seulement, c?est-à-dire faire de Maurice le centre névralgique du textile en Afrique, où nous aurons tous les services comme les buyers, les sellers, le commerce, le sampling, merchandising, production control. Tout le côté en amont de la chaîne. Comme le modèle hongkongais. Il ne faut pas réinventer la roue, il suffit simplement de suivre l?évolution du textile dans les pays qui ont réussi. Il faut que les employés deviennent des experts dans leur domaine.

Vous parliez des erreurs dans le secteur touristique. Quelles sont-elles ?

D?abord, il y a eu des grosses erreurs dans la promotion. Il faut redynamiser, recentrer, la MTPA a perdu son âme. Le ministre Gayan n?a montré aucun intérêt pour son ministère. La taxe d?arrivée a été une grossière erreur de Jugnauth, un manque de vision. Il y a une augmentation dans le nombre de chambres. Il faut amener une plus grande concertation avec le secteur privé. Il faut aussi ouvrir l?espace aérien. On ne peut pas comprendre que le marché français n?a qu?un seul opérateur. Il faut une ouverture réfléchie de l?accès aérien.

Est-ce que nous avons trop de chambres d?hôtel ?

Bon, ce qui est fait est fait. J?étais choqué quand Pravind Jugnauth avait annoncé, il y a deux ans, 30 % d?augmentation du nombre de chambres parce que le chiffre des arrivées touristiques ne pouvait en aucune façon justifier cela. Ce gouvernement a agi comme un promoteur immobilier et non comme un promoteur touristique. Le souci était d?allouer the juicy plots of land. On a oublié aussi que l?industrie touristique ne peut opérer dans un vacuum.

Vous parlez souvent d?une île Maurice à deux vitesses en disant que le PMXD s?intéresse surtout à cette île Maurice pauvre?

Bien sûr. Parce qu?un gouvernement est là pour aider les démunis, ceux qui en ont besoin.

Mais justement, avec les mesures que vous proposez, nous avons l?impression d?aller vers une politique de l?état providence accrue.

Ce que nous disons, c?est qu?il faut la revalorisation du travail manuel. Les travailleurs doivent devenir des professionnels pour être plus efficients. Mais de l?autre côté, il faut une aide sociale parce que quand l?économie va bien, tout va bien. Il faut partager parce que si les gens sont pauvres, il y aura d?autres problèmes sociaux. C?est ainsi qu?il faut améliorer le service de santé.

Bien sûr mais jusqu?où ? Pour que l?état providence fasse de nous une nation d?assistés ?

Vous savez à Maurice, il y a des acquis aux quels on ne peut pas toucher parce que ce n?est pas acceptable. J?ai été le chairman du Public Accounts Committee pendant quatre ans et demi et j?ai vu du gaspillage comme je n?en avais jamais vu auparavant. Il y a aujourd?hui une culture du gaspillage qui s?est instaurée dans ce gouvernement. Aucun gouvernement n?a été parfait mais ça se détériore de plus en plus. Il faut stopper cela parce que chaque sou dépensé par le gouvernement mauricien est un sacrifice que quelqu?un a fait pour payer sa taxe. Il faut une réforme en profondeur du service civil.

«La mémoire de l?humain est courte et c?est important pour l?opposition de rappeler les faits. Il faut rappeler le deal Illovo, tout ce qu?il y a eu comme passe- droits, comme cas de corruption. C?est cela une campagne électorale.»

Vous en parlez souvent effectivement. Dans quel sens ?

Il faut redonner confiance aux fonctionnaires, les empower, les motiver, dépolitiser la fonction publique, promouvoir la méritocratie et revoir le système. Si on ne fait pas cela, Maurice est foutue parce que ce ne sont pas les 25 ministres qui administrent le pays mais les 60 000 fonctionnaires.

L?Alliance sociale critique le «Law and Order» à tous les coups alors que la situation n?était pas mieux de 1995 à 2000?

Pas vrai du tout ! Il faut se référer au Mauritius Police Force Report. Les chiffres officiels indiquent qu?il y a 50 % d?augmentation dans le nombre de cas rapportés à la police. De 177 000 à 265 000 cas de 2001 à 2003. Le nombre de crimes passe de 12 crimes par jour en 2000 à 23 crimes par jour en 2004. Nous constatons que la simple augmentation du nombre de policiers n?améliore rien. Il y a une nette détérioration, due aussi au climat économique. La police devient plus inefficace parce qu?elle n?est pas suffisamment formée. Il faut rehausser le statut du policier, lui donner un meilleur salaire mais en même temps exiger un service plus efficace. Il faut surtout dépolitiser la police.

Dépolitiser la police ? Pas évident cela.

Mais tout dépend du commissaire de police. C?est un poste constitutionnel. Personne n?a le droit légal de s?ingérer.

Les meetings ces derniers temps laissent l?impression que les politiciens ne répondent pas aux attentes de la population?

Non, je ne crois pas. La mémoire de l?humain est courte et c?est important pour l?opposition de rappeler les faits aux gens. Il faut rappeler le deal Illovo, il faut rappeler tout ce qu?il y a eu comme passe- droits, comme cas de corruption parce que les gens ont tendance à oublier. C?est cela une campagne électorale. Cela ne veut pas dire que nous ne parlons jamais de notre programme mais il doit y avoir les deux.

A un moment, vous aviez dit que le PMXD était le rempart contre le communalisme au sein de l?Alliance sociale. Vous insinuez donc que vos partenaires sont des communalistes ?

Pas du tout. Je l?ai dit d?ailleurs ; le prochain gouvernement sera exemplaire au niveau de l?unité nationale. Ce ne sont pas des paroles en l?air. D?ailleurs, un des piliers de notre programme est l?égalité des chances. J?ai seulement constaté que les arguments de nos adversaires se résument aux arguments communaux.

à une semaine des élections, quel est l?état d?esprit du principal allié des Rouges ?

Je suis extrêmement confiant. à tel point que nous sommes en train de réfléchir à l?après 4 juillet. Ce qu?il faut faire pour redonner confiance et prendre les choses en main.

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