Publicité
«La météo a fait tout ce qu?il fallait»
● Le Premier ministre annonce la venue d?un expert de la «World Meteorogical Office». Donc c?est décidé, c?est vous qui portez le chapeau du cafouillage de mercredi ?
Il faut d?abord savoir ce que l?on nous reproche. Laissez-moi vous montrer le bulletin que nous avons émis à 5 heures mercredi matin. C?est moi qui l?ai rédigé, de mes propres mains. Je vais vous expliquer comment nous som-mes arrivés à la décision de ne pas émettre d?alerte de pluies torrentielles mercredi matin. À 4 heures du matin quand nous avons analysé la situation, il n?y avait que deux stations qui donnaient 100 mm de pluie. Si j?applique mes directives, il n?y a pas de pluies torrentielles. Pour qu?il y ait ce qu?on appelle des pluies torrentielles, il doit y avoir un widespread record de 100 mm de pluies les dernières 12 heures pour que j?envisage d?émettre un avertissement de pluies torrentielles.
● Et à ce moment-là, vous ne saviez pas qu?il y aurait autant de pluies ?
C?était évident qu?il pleuvait. Mais si vous demandez si je n?avais pas prévu l?intensité des pluies, je vous donne la garantie formelle qu?il n?y a personne au monde qui peut observer des nuages et savoir l?intensité des pluies qui vont tomber. Et je mets au défi quiconque de dire le contraire.
● Mais tenant compte des pluies des jours précédents et de la trajectoire directe de l?ex-Lola, n?était-il pas possible d?ajuster votre décision ?
Mais c?est parce que nous avons fait cet exercice que nous avons émis le communiqué qui est sorti à 5 heures mercredi matin. Le problème auquel nous avons dû faire face est un peu comme si une voiture est en train de rouler à 90 km/heure sur une autoroute et il accélère à 91 km/heure. L?accélération est imperceptible mais, à 91 km heure, le conducteur a une contravention. Quelle différence fait le 1 km/heure ? La réponse, c?est qu?il existe des critères. Et pour qu?il y ait de l?uniformité dans le système, il nous faut des critères. Ça, c?est l?objectivité ; s?il y a de la subjectivité dans le système, il n?y a plus d?ordre et c?est le chaos.
● Donc, ce que vous me dites c?est qu?à 4 heures du matin, vous étiez tenté de mettre une alerte mais les règles vous l?interdisaient ?
Je vous dis franchement que mercredi matin, la tendance était qu?il fallait mettre une alerte de pluies cycloniques. Et mon directeur m?a posé une question ; il m?a demandé si je me souvenais «ki lamerdma nou ti gagne» quand nous avions retiré toutes les alertes cycloniques par rapport à Gula, il y a quelque temps. Comment allions-nous expliquer la décision de mettre une alerte quand les conditions n?étaient pas celles d?une alerte ? Sa lapress lamem pou tom lor nou. Et il avait raison. Nous avions décidé donc de sortir le communiqué que vous connaissez et de faire des interventions régulières à la radio pour communiquer avec les gens. Vous allez voir que, pour la première fois, un communiqué de météo demande aux écoliers et aux étudiants de faire attention. Nous avons fait tout ce qu?il fallait ; dites-moi ce que nous aurions pu faire de plus ?
● Je crois que ce que l?on vous reproche c?est que vous n?avez pas communiqué tout ce que vous venez de me dire au ministère de l?éducation !
Je peux vous dire que mon directeur a contacté les autorités concernées pour dire que malgré le fait que les conditions ne sont pas remplies pour émettre l?alerte, il y avait des risques de grosses pluies. Je ne me fais pas l?avocat du diable mais je me mets à la place du ministère de l?éducation. Que fait-on s?il les conditions pour les pluies torrentielles ne sont pas remplies ? Il faut aussi savoir qu?un de nos principaux soucis à la météo, c?était d?émettre une alerte de pluies torrentielles et qu?il y ait du soleil durant la journée. Ça aussi, c?était possible.
● Donc vous avez péché par excès de prudence ?
Non. Les conditions n?étaient pas réunies pour émettre un avertissement de pluies torrentielles. Là où il y a peut-être eu erreur a été l?heure à laquelle l?alerte de pluies torrentielles a été émise ? à 11 heures. Cela a causé une pagaille dans le pays. Nous nous sommes assurés d?une chose ? que les enfants étaient à l?abri à l?école. La gestion de l?évacuation des enfants était une opération délicate mais à 11 heures nous n?avions pas d?autre choix que d?émettre l?alerte.
J'ai rejoué le film des événements dans ma tête et j?ai réalisé que le message n?est pas passé et que les gens n?ont pas compris.»
● Justement, cela me ramène à ma question précédente. Prenant en considération les répercussions d?une telle décision à 11 heures, n?aurait-il pas fallu la prendre avant que les enfants n?aillent à l?école ?
Si je mets cette alerte et qu?il n?y a pas de pluies après, qu?est-ce que je fais ? ça peut aussi arriver, vous savez. Comment je justifie le fait que, malgré que les conditions n?étaient pas réunies, j?ai quand même mis une alerte de pluies torrentielles ? La presse ne nous serait-elle pas tombée dessus comme elle l?a fait pour Gula ? Ce que nous avons fait c?est demander aux étudiants de prendre les précautions nécessaires ? c?est la première fois que nous le faisons et c?est une indication de nos préoccupations à cette heure-là.
● S?il n?y avait pas eu l?épisode de Gula, les choses auraient été différentes par rapport à la décision de la météo de mettre ou non l?alerte à 5 heures ?
(Hésitations?) Peut-être. Un cas de chat échaudé qui craint l?eau froide. Peut-être que cela a joué. Vous savez la presse est extrêmement critique et il faut que nous prenions cela en considération. C?est d?ailleurs la raison pour laquelle je m?explique aujourd?hui. Mais non, nous ne prenons pas de décisions par rapport à tel ou tel secteur. Nous avons la responsabilité du pays tout entier et toute décision doit être prise avec l?ensemble du pays en considération.
● Est-ce vrai de dire qu?il est de plus en plus difficile de prévoir ces phénomènes à cause du changement climatique ? Dans ce cas-là, vos règles ne devraient-elles pas être moins rigides ?
Il faut savoir que, quand nous parlons d?une analyse modèle, ce modèle-là est objectif. Il n?y a pas de place pour la subjectivité. Un modèle dit que s?il y a A, il faut appliquer B. Quand il n?y a pas de modèle, on devient subjectif et on fait ce qu?on veut quand on veut.
En ce qui concerne le changement climatique, un rapport a alerté le monde météorologique que nous allons devoir faire face à des événements météorologiques extrêmes. Et on ne peut pas prédire des événements extrêmes. Je peux prédire la pluie mais je ne peux pas prédire qu?il y aura 500 mm de pluie à Mon-Goût et 50 mm ailleurs. à Nouvelle-Découverte, de 7 heures à 10 heures, nous avons enregistré 80 mm de pluie - ce qui est énorme. À Queen Victoria, de 10 heures à 13 heures, il y a eu 108 mm de pluie alors qu?au Morne de 4 heures à 7 heures du matin, il y avait 1,4 mm de pluie et de 7 heures à 10 heure, il y avait 3,4 mm de pluie.
● 24 heures après (NdlR cet entretien a été réalisé jeudi), avez-vous le sentiment que les choses auraient pu être faites différemment ?
(Hésitations?) Vous savez dans le monde de la météo, à chaque moment, nous avons deux priorités - sauver des vies et sauver des biens. C?est notre motto. Mais dans ce cas, il y a eu des pertes de vies humaines et cela m?agace. Quand c?est arrivé, je me suis demandé «Where did I go wrong ?» J?ai rejoué le film des événements dans ma tête et j?ai réalisé que le message n?est pas passé et que les gens n?ont pas compris. Et je crois qu?il faudrait une campagne de sensibilisation par rapport aux pluies torrentielles pour que les gens comprennent mieux nos bulletins.
● Le message n?est pas passé parce que vous l?avez très mal communiqué ! Quand les gens ont entendu votre bulletin, ils ont pensé qu?il était similaire à vos bulletins de tous les jours !
Tout à fait. Notre problème est la communication ; le message n?est pas passé. Les gens ont continué à se comporter normalement malgré le fait que nous avons essayé d?expliquer aux gens à travers la radio et la presse écrite ce qui s?est passé et nous leur avons demandé de prendre les précautions nécessaires.
● Mais c?est à la limite compréhensible que les gens n?ont pas compris l?l'étendue du problème ! Les écoles sont ouvertes, il n?y a pas d?avertissement de pluies torrentielles et vos bulletins sont avares d?informations !
C?est pour cela qu?il faut que le citoyen comprenne ce que nous avons essayons de lui dire. C?est pour cela qu?il faut une campagne de conscientisation. L?information que nous avons donnée aux Mauriciens était la bonne. C?est la communication de cette information qui n?a pas réussi. Que les écoles soient restées ouvertes n?est pas une décision qui soit de notre ressort.
● Vous m?excuserez mais la décision a été prise sur vos conseils !
Sur consultations. Et c?est un peu pour cela que tout le monde est en train de nous blâmer.
● Vous pensez que c?est injuste ?
Peut-être que c?est une bonne chose. Nous avons pris conscience que nous avons un problème de communication.
● Que ferez-vous différemment la prochaine fois ?
Nous devons réfléchir si nous devons ou non changer les critères pour enclencher l?alerte des pluies torrentielles. Chaque année, le comité de crise se rencontre et nous discutons. Il faudrait peut-être aborder le sujet.
Publicité
Publicité
Les plus récents