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«Des réformes basées sur des prescriptions théoriques sont vouées à l?échec»
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«Des réformes basées sur des prescriptions théoriques sont vouées à l?échec»
● L?économie mauricienne retrouve une croissance ascendante. A quoi attribuez-vous cette performance ?
La croissance de l?économie mauricienne est en ligne avec celle de l?Afrique en général, soit un taux de progression supérieure à 5 %. La difficile mais nécessaire restructuration du textile-habillement a permis à cette industrie de repartir sur des bases plus solides. Une roupie compétitive a aussi aidé à soutenir le secteur. Le tourisme a bénéficié des efforts soutenus pendant plusieurs années sur le plan de développement de l?infrastructure, dans le sud du pays notamment. Il y a aussi la libéralisation de l?accès aérien qui a permis à l?industrie touristique de prendre son envol. Les Integrated Resorts Schemes (IRS) ont généré un boom dans la construction et attiré beaucoup d?investissements étrangers. L?impulsion majeure accordée au secteur des technologies de l?information et des communications a donné naissance à un vrai secteur des services. Toutes les politiques de réforme pour soutenir la croissance ont été initiées par le gouvernement précédent et ont été renforcées par le gouvernement actuel. C?est la preuve qu?à Maurice, l?alternance politique va de pair avec la poursuite des bonnes politiques économiques.
● Quelle est votre appréciation de ce que vous considérez comme la poursuite des réformes économiques?
Les réformes sont toujours nécessaires pour réajuster l?économie aux changements dans l?économie internationale. Le pays dépend énormément du commerce extérieur et il faudrait sans cesse améliorer l?efficience et la productivité de l?économie. Cette quête en faveur de plus de productivité doit cependant être équillibrée par des considérations d?équité. Un programme de réforme basée sur des prescriptions théoriques est voué à l?échec.
Il s?agit là d?une constatation inexorable à partir de l?expérience de restructuration de plusieurs pays. De manière générale, une politique de réforme graduée et progressive est préférable aux thérapies de choc, surtout lorsque les changements requis sont difficiles. La concertation et le dialogue sont nécessaires à l?adhésion de la population aux programmes de réforme. Il faut un partage équitable du fardeau de l?ajustement. Cela doit être très visible, sinon le contrecoup risque d?être contre-productif et peut même mener à une régression du programme de réforme.
«L?émergence de l?Inde et de la Chine démontre qu?il existe d?autres voies possibles basées sur un engagement accru de l?Etat pour diriger la croissance et limiter les inégalités sociales et économiques. Le modèle libéral a montré à maintes reprises ses faiblesses.»
● Remettez-vous en cause le modèle choisi pour la poursuite des réformes?
Il y a aujourd?hui moins de certitude concernant la validité du modèle libéral de développement. L?émergence de l?Inde et de la Chine démontre qu?il existe d?autres voies possibles basées sur un engagement accru de l?Etat pour diriger la croissance et limiter les inégalités sociales et économiques. Le modèle libéral a démontré à maintes reprises ses faiblesses. En 1997-98 la crise asiatique était présentée comme la conséquence des manquements en termes de gouvernance et de réglementation financière. L?on disait qu?il fallait revoir le modèle asiatique. En 2007, le monde a vécu une profonde instabilité des marchés financiers en raison de la crise des crédits immobiliers à risques (sub-prime) aux Etats-Unis. Cette crise a révélé les lacunes du modèle anglo-saxon dont les institutions de Bretton Woods font la promotion. Il y a un manque de réglementation dans le contexte de la titrisation (securitisation) accrue de la finance. De plus, les agences n?ont pas joué leur rôle convenablement.
● Plusieurs pays africains affichent une reprise économique. Quels sont les facteurs derrière la relance de la machinerie?
En effet, les perspectives de développement dans plusieurs pays africains s?améliorent. La pauvreté est en régression. Le produit national du continent africain a connu une croissance supérieure à 5 % ces deux dernières années. L?Afrique connaît un développement rapide grâce, en grande partie, à la hausse des prix des matières premières, dont des ressources minérales et du pétrole. Les investissements directs étrangers (IDE) vers le continent ont doublé entre 2004 et 2005 et ont atteint un niveau record de $30 milliards (Rs 900 milliards). Depuis 2005, l?Afrique retourne à la croissance durable. L?amélioration des perspectives de développement est tirée par des politiques macroéconomiques saines, une plus grande ouverture au commerce extérieur et au secteur privé, ainsi qu?une meilleure appréciation des normes de la bonne gouvernance. Il y a de bonnes raisons de croire que l?ère de l?afro-pessimisme est bel et bien derrière nous.
● N?empêche que les défis sont nombreux?
Evidemment, plusieurs difficultés subsistent. 40 % de la population de l?Afrique subsaharienne vit en dessous du seuil de la pauvreté, soit $1 par jour. Les progrès réalisés au niveau de l?espérance de vie sont modestes. Les avancées en termes de la santé et de l?éducation sont lentes. Les objectifs du millénaire ne sont toujours pas réalistes. Si, dans l?ensemble, il y a eu une amélioration sur le plan de la gouvernance, il existe encore des poches de mauvaise gestion. La taille relativement petite des économies africaines et le fait que beaucoup d?entre elles sont enclavées requièrent une plus grande intégration régionale. Il faut une approche régionale dans la mise en place de l?infrastructure, des institutions économiques et d?un cadre légal pour le commerce et l?investissement. Il y a, d?autre part, un phénomène nouveau chez les donateurs et qui est en train de changer radicalement l?architecture des flots financiers vers l?Afrique. Il y a de nouveaux donateurs, mais il y a aussi une prolifération de fonds globaux thématiques tel le fonds international dédié au HIV-Sida. Suivant les récentes initiatives d?annulation des dettes de plusieurs Etats africains, ces derniers ont pu injecter des ressources budgétaires additionnelles dans les secteurs sociaux. L?Afrique doit rester ouverte à plusieurs sources d?aide, qu?elles soient bilatérales, multilatérales, verticales et philanthropiques.
● Pourquoi cette opposition africaine aux Accords de partenariat économique (APE) ?
Sans nul doute, les APE apportent beaucoup de bénéfices aux pays africains. Ils vont aider les pays africains à mieux intégrer l?économie mondiale et à attirer plus d?investissements. Cependant, plusieurs pays africains ont perçu les APE comme étant à leur détriment. Certains ont considéré que l?Europe voulait leur imposer les sujets de Singapour (Singapore issues), en l?occurrence l?investissement et la concurrence de manière unilatérale. L?approche de l?Union européenne (UE) a mis en exergue plusieurs faiblesses qui ont été réglées à la dernière heure. Et ce, après qu?il y a eu beaucoup de dégâts politiques. Heureusement que l?UE a accepté d?étendre les délais afin qu?il y ait plus de discussions sur l?ouverture des marchés et sur les règles d?origine. Il y a des craintes de déviation du commerce avec les APE. En développant des rapports commerciaux privilégiés avec l?Europe, l?Afrique sera inévitablement touchée par un degré de déviation commerciale. Les produits européens seront privilégiés en raison de leurs avantages tarifaires dans des pays africains, au détriment des substituts qui proviennent des sources plus compétitives. De ce fait, les pays africains devraient pouvoir signer des accords commerciaux similaires avec des pays asiatiques et d?autres nations en développement afin de corriger les problèmes de déviation du commerce. Cela prouve qu?il faut privilégier le système multilatéral qui est de loin meilleur que les accords régionaux et bilatéraux.
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