Publicité

« Un patient peut perdre en moyenne 35 kilos la première année »

25 février 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

À qui est destinée la chirurgie de l?obésité ?

Cette intervention s?adresse aux personnes qui sont trop grosses et qui n?arrivent pas à maigrir autrement. C?est très important de se rendre compte que l?obésité est en hausse exponentielle, surtout dans les pays développés. Plus on note une amélioration du niveau de vie, plus l?obésité augmente. On constate cela surtout chez les enfants.

Pourquoi devenons-nous obèses ?

Pour une raison simple : il y a une trop grande différence entre la quantité de la nourriture que l?on ingère et le nombre d?heures accordées aux exercices physiques. Lorsque je parle de trop manger, ce n?est pas nécessairement en termes de quantité, mais surtout de qualité. Un kilo de chou-fleur n?a pas le même apport calorique qu?un kilo de riz, par exemple. On consomme tout simplement trop de sucre et de graisse. J?aimerais ajouter, par ailleurs, qu?il est faux de dire que l?obésité est héréditaire. Il existe seulement des facteurs qui la favorisent.

Que pensez-vous des régimes pour perdre du poids ?

Quand on est trop gros, ce qu?il faut, c?est changer ses habitudes alimentaires et faire de l?exercice. Il est impératif de changer de mode de vie si vous souhaitez arriver à vos fins. Au cas contraire, vous devrez faire une croix dessus, car si vous suivez des régimes ponctuels, vous aurez des désillusions.

Pourquoi est-ce donc aussi important de maigrir ?

Parce que l?obésité entraîne une série de complications telles que le diabète, l?augmentation de graisse dans le sang, les accidents vasculaires cérébraux, l?hypertension, l?insuffisance cardiaque ou respiratoire.

Sans parler des ronflements importants, avec des apnées du sommeil, de l?impuissance sexuelle, des arthroses importantes au niveau des chevilles, des genoux et du dos, et chez les femmes, c?est la stérilité qui guette.

Il ne faut pas non plus oublier l?état de dépression presque permanent dont souffrent les obèses. Une patiente m?a un jour confié qu?après avoir fait un peu d?exercice, elle s?est mise à se regarder dans le miroir. L?image qu?il lui renvoyait la désolait tellement qu?elle s?est remise à manger pour se consoler. Tout cela pour vous dire que la personne obèse se retrouve prise dans un cercle vicieux. Donc, si on veut obtenir des résultats, il faut que le traitement soit pluridisciplinaire. Le patient doit bénéficier, par exemple, d?un appui psychologique, et réapprendre à manger. Il faut que des personnes compétentes lui apprennent comment bouger, et quels exercices faire.

Quand conseille-t-on d?avoir recours à la chirurgie de l?obésité ?

Elle peut vous aider lorsque vous avez au minimum plus de 30 kilos en trop. Il existe deux sortes de chirurgies : soit, on vous aide à manger moins ou on supprime la sensation de faim. Il s?agit là d?interventions à visées restrictives, et qui ne provoquent pas de carences.

Il en va ainsi de la gastroplastie, qui consiste à poser un anneau sur la partie supérieure de l?estomac. Cette technique comporte le moins de risques possibles. De plus, elle ne nécessite que 48 heures d?hospitalisation et est complètement réversible, sans séquelles. La gastroplastie est réalisée par laparoscopie, c?est-à-dire avec peu de douleurs.

Pour les obèses plus importants, on recommande une intervention plus lourde, et qui provoque une malabsorption. Il faut toutefois que la personne prenne du calcium, du fer, des vitamines et des minéraux pendant le reste de sa vie.

Quel est le but de la gastroplastie ?

Le but, c?est de supprimer la sensation de faim. L?impression de satiété est due à la pression sur la paroi gastrique, et donc, cette pression augmente rapidement lorsqu?on a un petit estomac. Le cerveau met du temps à déceler la sensation de satiété, et c?est la raison pour laquelle il faut manger très lentement.

On doit considérer, lorsqu?on subit une gastroplastie, que c?est un peu comme si on se mettait un plâtre pen-dant la période nécessaire à se rééduquer. On pourra alors enlever ce « plâtre » une fois la rééducation terminée et le poids stabilisé.

« De telles opérations ne donnent de résultats que si les patients coopèrent. »</I>

Doit-on être suivi lorsqu?on porte un anneau gastrique ?

Oui, le patient nécessite un suivi mensuel pendant les six premiers mois au moins, et un suivi plus espacé ensuite. Le médecin pourra réajuster le diamètre de l?anneau en fonction des résultats ou des ennuis éventuels.

Quel est le pourcentage de réussite ?

Tout dépend de la motivation du patient à voir fondre ses kilos en trop. On peut espérer avoir une perte de poids moyenne de 35 kilos la première année. De telles opérations ne donnent de résultats que si les patients coopèrent. Le pourcentage de succès est alors très élevé. Une rééducation alimentaire est toutefois nécessaire.

Et quelles sont les précautions à prendre ?

Vu que l?estomac a été transformé en une sorte de sablier, le patient doit manger très lentement et bien mâcher les aliments. Il lui faut réapprendre la sensation de satiété, ce que la plupart des obèses ont perdu.

<I> Propos recueillis par</I> Bindu Boyjoo

<B> Carte de visite</B>

Le Dr Jean-Marc Dupont est un ancien chirurgien des hôpitaux de Bruxelles et de Paris. À Bruxelles, il a développé la chirurgie laparoscopique. Actuellement, toutes les interventions chirurgicales sur l?appareil digestif sont effectuées grâce à cette technique. C?est aussi dans ces services qu?il a mis au point, avec son équipe, la technique de pose de l?anneau gastrique en utilisant la laparoscopie.

Le Dr Dupont a formé de nombreux chirurgiens, notamment un praticien réunionnais. Il est installé à La Réunion depuis bientôt six ans, où il pratique la chirurgie laparoscopique et la gastroplastie. À Maurice, il donne des consultations à la clinique Darné, à Floréal.

<B> Des enfants de plus en plus touchés</B>

Selon une étude effectuée par le département des maladies non-transmissibles (MNT) en 2004, environ 35 % des adultes sont trop gros et obèses. Près de 20 % des adultes ayant plus de 30 ans sont diabétiques, et environ 30 % souffrent d?hypertension. La situation est assez alarmante chez les enfants. Pour ceux âgés de 5 à 11 ans, 8,1 % sont obèses et 7,7 % trop gros. Parmi ceux qui ont entre 12 et 19 ans, on retrouve 7,3 % d?obèses alors que 8,4 % présentent une surcharge pondérale.

Publicité