Publicité
« To ti kroir linn mor, moi kinn touy li »
Par
Partager cet article
« To ti kroir linn mor, moi kinn touy li »
Les derniers rayons de soleil viennent de s?effacer dans le ciel mahébourgeois. Ce 3 juillet, l?obscurité se déploie sur les méandres boueux de Cité Tôle.
Tiopi, 19 ans, et son compère Dovic, 14 ans, rasent les tôles rouillées des cases du bidonville niché sur les berges du bras d?eau bordant Cité La Chaux. Il est près de 17 h 30.
Au détour d?un sentier étroit, ils tombent sur la petite Marie-Anita qui joue à proximité de la masure de sa mère. Personne ne la surveille et presque tous les squatters sont à quelques centaines de mètres plus loin, sur la route, dans la baz de l?Alliance sociale.
Abandonnée à son sort, vêtue d?un top et d?une robe, la fillette de deux ans et demi pleure à chaudes larmes. Les deux adolescents racontent dans leurs dépositions ce qu?il s?est ensuite passé. « Ena ene tifi pe plore laba, pe rod so mama, vini nou al fer m? », suggère Tiopi à Dovic lorsqu?ils ont atteint la baz où sont groupés les adultes et la grand-mère de la petite.
Quelques minutes après, ils retournent sur leurs pas. Tapis dans l?ombre. Dissimulés derrière une case, ils s?assurent que nul n?est dans les parages et surveillent l?enfant qui est de nouveau seule au milieu du sentier désert. Ils se jettent alors sur elle, et l?emportent tels des rapaces. Ils ramassent un vieux chiffon sale qui traîne au sol, la bâillonnent pour l?empêcher de crier.
Ils s?enfoncent dans la végétation autour du bidonville et marcheront pendant une quinzaine de minutes. Pour finalement s?arrêter au milieu des bois. Tiopi se met alors à tripoter l?enfant avant de la violer. Puis, comble de l?horreur, Dovic sodomise la malheureuse. Lorsqu?ils la remettent sur le dos, elle ne bouge presque plus. Elle saigne abondamment et a perdu connaissance.
Dovic parlemente alors avec Tiopi pour faire disparaître le cadavre. « Mo kroir linn mor », lance-t-il en demandant à son ami de l?attendre, le temps qu?il revienne avec un sac de jute pour emballer le petit corps supplicié avant de le jeter à l?eau.
Un crime d?une rare sauvagerie
Dovic parti, Marie-Anita rouvre les yeux et se met à geindre. Tiopi s?acharne sur alors sur elle à coups de poings sur la tête et au visage avant de presser ses mains calleuses sur sa gorge. « Il n?y a aucun élément de vengeance dans cette affaire. C?était du sadisme. Ce sont deux détraqués en mal de sexe qui ont agi », s?exclame un policier qui a enquêté sur cette affaire.
Quelques minutes plus tard, après que Dovic soit revenu avec un sac de jute en plastique et qu?ils aient jeté le corps de Marie-Anita dans les eaux saumâtres de la mare entourant Cité Tôle, Tiopi se confiera à ce dernier : « Letan to ti ale, to ti kroir linn mor ? Li pa finn mor, moi ki finn touy li? »
Conscients qu?ils ont commis un crime d?une rare sauvagerie, ils décident d?effacer toutes les traces de leur méfait. Tiopi se rend chez la grand-mère de Dovic chez laquelle il vit depuis quelques semaines et prend une douche.
Dovic, quant à lui, rentre au domicile parental, à Jaynarain Road, à côté du musée naval, se change et lave le short qu?il portait en agressant Marie-Anita. Le bébé est déjà mort lorsque, vers 19 heures, sa mère, Maria Jolita, 19 ans, s?aperçoit de sa disparition. Après l?avoir changée une heure et demie plus tôt et mis un short, elle ne l?a pas revue.
La jeune mère cuisinait et pensait que son enfant s?était rendu chez sa grand-mère, Rosie, qui habite plus loin dans la cité. Avec l?aide des proches et voisins, elle ratisse alors le bidonville, appelant en vain son enfant. Tous pensent que Marie-Anita a disparu dans l?étendue d?eau qui se trouve à trois mètres de son domicile.
« Linn perdi ver 5 h 30 tanto. Tou dimounn isi kone ki piti la abitie zoue isi dan sa bout sime divan so lakaz. Sel zanfan so mama ti ena », déplore le grand-père maternel de Marie-Anita, Heroldht Télémaque, 39 ans.
La police est alertée tard dans la soirée. Une battue comprenant les agents de la Criminal Investigation Division (CID) de Mahébourg, des éléments de la Special Supporting Unit (SSU), de la Special Mobile Force (SMF), des garde-côtes de la région sud et des chiens renifleurs est organisée.
Avec force détails il relate les atrocities
Lundi, Tiopi et Dovic prêtent main forte aux recherches. Il est 16 heures mardi lorsque les gardes-côtes repèrent le corps pâle et à demi-nu de Marie-Anita qui flotte dans les marécages, au lieu dit bassin disel. L?autopsie du médecin légiste Satish Boolell est formelle : la petite a été violentée.
Elle a une fracture du crâne et une hémorragie cérébrale. Mais elle est morte d?une exsanguination au niveau du périnée, région du corps se trouvant entre l?anus et les parties génitales.
Le décès remonte à dimanche. Elle était sans doute encore en vie, probablement dans le coma, lorsque ses bourreaux l?ont jetée à l?eau.
Les limiers de la CID de Mahébourg, dirigés par l?inspecteur Murugesan et les sergents Seegolam et Momus, entrent alors en scène. Avec l?aide de la CID de Rose-Belle, menée par l?inspecteur Callychurn et les sergents Cudian et Jean-Charles appelés en renfort, ils dressent le profil de celui qui aurait pu commettre cet acte barbare.
Ce doit être un habitant du bidonville. Il doit avoir un casier chargé ou c?est un adolescent de 13 à 18 ans en proie à des pulsions incontrôlables.
Neuf suspects sont emmenés au poste pour interrogatoire le même jour. Lors d?une rafle le lendemain matin, Ludovic Virgino P., 14 ans, aussi appelé Dovic, est interpellé, de même que son frère aîné. Ce dernier est connu des enquêteurs pour avoir commis des attouchements sur un enfant de moins de douze ans. Le cadet a peut-être eu les mauvaises manières de son aîné. Les allées et venus d?étrangers à cité Tôle sont également passées au peigne fin. Les policiers apprennent ainsi qu?un proche de Dovic, Jean Mercyn Lottah, 19 ans, enflé de Riambel, est venu habiter chez la grand-mère de ce dernier il y a un mois.
Cuisiné pendant toute une journée, c?est Dovic qui crachera le morceau. Avec force détails, il relatera les atrocités que son ami et lui ont perpétrées. Confronté aux révélations de Dovic, Tiopi avouera que c?est lui qui a eu l?idée scabreuse de violer le bébé.
À l?extérieur du poste de police de Mahébourg, une foule hostile s?est massée pour voir leurs têtes, ignorant encore l?identité des deux assassins.
C?est sous forte escorte que les deux malfrats seront transférés. Ils seront traduits en cour de Moka jeudi, avant d?être escortés sur le lieu de leur crime, munis de casques et de gilets pare-balles pour reconstituer l?atrocité qu?ils ont commise. « Si nu ti gaign zot avan zot pa ti pou sape. Nu ti pu fer zot sibir mem zafer ki zot finn fer sa zanfan la », s?emporte une vieille dame de 70 ans. La foule qui suivait l?exercice avait du mal à cacher sa colère.
« C?était une affaire difficile à résoudre au départ. Il n?y avait aucun indice. Il a fallu travailler sur le profil uniquement. On se voyait déjà avec une deuxième affaire Dantier », admet un enquêteur. « Sa lekip CID la formidab et tre profesionel. Mo tre impresione par zot fason fer et sa vitess zot inn aret bann sispe, zot merit enn bravo », commente le chef de la région sud, l?assistant commissaire de police (ACP) Rajesh Ramen qui supervisait l?enquête avec l?assistant surintendant Gungah de la CID de Grand-Port-Savanne et le surintendant Parsad de la Major Crime Investigation Team (MCIT).
Tiopi et Dovic risquent la prison à vie pour leur barbarie. Ils seront examinés par un psychiatre dans la semaine, mais d?ores et déjà ceux qui les ont côtoyés indiquent qu?ils sont des ados tout à fait normaux ayant été au collège, mais issus de familles éclatées.
Publicité
Publicité
Les plus récents