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« Red Christmas » grâce à Krishna Luchoomun

24 décembre 2006, 00:00

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Si certains ont les moyens de s?offrir un White Christmas à Londres ou ailleurs, d?autres ont pu, grâce au peintre Krishna Luchoomun, goûter aux charmes d?un Red Christmas dans une Londres plus vraie que nature, plus rouge même que nature. Le lieu de cette escale rubiconde : la nouvelle galerie de peinture d?IBL, fière descendante de quelques-unes de nos firmes les plus british et les plus colourful.

L?exposition 2006 de Krishna Luchoomun est avant tout le triomphe du savoir-faire talentueux de ce peintre sur un thème imposé : la vie à Londres. La récente parution du dernier numéro, particulièrement sensuel, de la Collection Maurice de Rama Poonoosamy, vient de rappeler à certains de nos écrivains les plus doués, combien le thème imposé peut être un éteignoir d?inspiration, la cause d?un tarissement certain.

Il en va autrement de Krishna Luchoomun qui s?éclate littéralement dans le huis clos imposé d?un Londres, capitale rouge par excellence.

Pour commencer, il évacue tout ce qui n?est pas rouge. Demeure donc tout ce qui fait Londres, tout ce qui est Londres, du moins dans nos souvenirs, dans notre subconscient car nous ne sommes plus en droit d?attendre le moindre conservatisme de bon aloi, le moindre respect des traditions les plus ancrées dans ce pays-sacrilège qui ose démolir le stade de Wembley. Autant remplacer le God Save the Queen par un God Shave the Queen. On peut comprendre que Krishna Luchoomun y ait vu rouge et ait foncé tête baissée sur tout ce qui rougeoie encore dans sa mémoire artistique.

Il n?a pas eu à courir un marathon pour tomber sur le premier Pillar Box venu. Déjà cette silhouette cylindrique, empruntée à nos tours Martello, ne passe pas inaperçue au milieu d?un trottoir. Le laque rouge qui l?entoure attire le courrier comme muleta devant l??il noir de bovidé. Certains pays teignent curieusement de mauve cette flanelle depuis le 11 juin 1982 et la mort de Franco. Des goûts et des couleurs?

Un bel exercice technique

Il aurait pu se faire écraser par un autobus impérialement rouge et avoir droit au rituel : « Et les clous, c?est pour les chiens ! » Mais nous ne sommes pas à Paris qu?on dit indiscipliné mais qui, en fait, l?est beaucoup moins que le Londres des cohues incessantes aux heures de pointe pour entrer dans cette saucisse souterraine qu?est le subway de cette métropole. Non seulement l?écarlate impériale n?écrase pas Luchoomun mais lui donne encore le loisir de la croquer dans son sketch book.

D?une pierre deux coups et d?une course deux rouges acquis. Ne dit-on pas d?ailleurs : jamais deux sans trois. Voilà le téléphon qui son. Son qui vient d?une cabine téléphonique assez étroite pour ne pas être prise pour une cabine d?essayage à la volte-face, au U-Turn et autres revirements de veste. Elle est symboliquement rouge. Luchoomun l?adopte illico presto.

À Rome, Luchoomun aurait été ébloui par les soutanes cardinalices. À Moscou, par l?Étoile à la Place de l?Armée qu?il ne faut pas confondre avec la Place de l?Étoile servant, à Paris, de triomphe à l?armée. À Madras, les claies où sèche le piment rouge, ne passent pas non plus inaperçues. On s?étonne toutefois qu?à Londres, Luchoomun n?ait pas jeté son dévolu sur les poppies de la Victoire ou de l?Armistice, ni sur les visages rubiconds, y compris de teen-agers, qui incitent à croire que rougeole comme rubéole sont davantage endémiques qu?épidémiques et mêmes épidermiques.

Luchoomun refuse d?abuser des bonnes choses rougeoyant à Londres, des objets qu?on ne saurait concevoir autrement que rouge vif. Il passe alors à cette couleur emblématique pour la déverser sur d?autres réalités britanniques, tout autant symboliques. À tout seigneur, tout honneur, place au football et plus particulièrement à celui de Manchester uni t?aide ou de l?hiver? pull, comme disent les Français, plutôt qu?aux blues de Chelsea. Rouge est le ballon tout comme le terrain de foot, aux yeux de Luchoo-mun, qui tresse une belle couronne, en « pétalisant » sur des vignettes de joueurs de ces équipes.

La reine Elizabeth II n?échappe pas à sa frénésie de tout peindre en rouge. Une Elizabeth étonnamment jeune et romantique quand elle n?est pas tête-bêche. Elle ne fait pourtant pas le poids en face d?une Lady Di, « madianisée » à souhait, serrant contre elle un enfant africain en guise de bambino. De quoi crier à l?iconoclaste ou même à l?iconolâtrie. Mais c?est particulièrement bien vu surtout en ce temps de Noël où l?on doit apprendre à voir ce qui est révélé à de simples bergers et aux hommes de bonne volonté mais refusé aux Hérode qui assassinent, autour de nous, les relations entre les hommes.

À l?heure où l?Albion de Tony Blair suit comme un petit caniche l?Amérique de George W. Bush, qui, au nom de l?anti-terrorisme primaire, terrorise notre planète Terre dont il est le principal pollueur impénitent, il faut préférer cette Madone des temps actuels, pressant contre son visage d?ange celui d?un enfant africain pour nous rappeler que Noël est, avant tout, la fête de ceux qui sont chassés de partout où règne la fausse prospérité, car seulement matérialiste et éminemment égoïste. On comprend que certains se réjouissent de la savoir crucifiée à jamais dans un amas de ferraille et de tôles froissées.

Le rouge n?est certes pas un monopole anglais. Luchoomun se souvient de nos flamboyants particulièrement beaux en ce début d?été de sécheresse dangereusement prolongée. Ils n?inspirent pourtant pas notre artiste aussi bien que notre Post Office Red Penny plus victorien que jamais.

Il y a bien une robe rouge. Est-elle ou non anglaise ? Le visiteur croit y voir une combinaison passée à la sauce ketchup. L?étiquette précise qu?il s?agit pourtant d?une robe rouge. Elle est donc anglaise puisque, paraît-il, Londres domine la mode de la tête et des épaules, la haute couture française comprise.

Luchoomun confirme enfin le potentiel esthétique magique du carton ondulé. Aperçu, en vert, récemment, chez Ariana Cziffra, il transfigure ses toiles, leur donnant à la fois relief et profondeur, mystère et épaisseur, substance et légèreté. Il réussit en tout cas avec brio un bel exercice technique. Il donne raison à Vaco Baissac qui s?extasie qu?au Pays des Rajahs, on multiplie par centaines les appellations différentes de l?unique et indivisible couleur rouge, la couleur la plus emblématique qui soit, la seule couleur à pouvoir flamboyer.

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