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« On ouvre les portes pour les enfants qui ne communiquent pas »

1 novembre 2003, 20:00

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Vous êtes formatrice en makaton. C?est quoi au juste ?</B>

Le vocabulaire makaton est une méthode d?éveil à la communication, conçue en 1972 par Margaret Walker, une orthophoniste anglaise.

C?est un programme d?apprentissage pour les enfants ayant des difficultés à communiquer basé sur la parole mais aussi sur les signes, les gestes et les pictogrammes. C?est une méthode très souple qui s?applique selon les aptitudes de chaque enfant. Par exemple, si un enfant est fort en visuel, le programme privilégiera les dessins. Si les gestes lui sont plus familiers, on utilisera plus les signes et la gestuelle dans l?espoir qu?il va parler. Grâce au makaton, on peut également initier ces enfants à la lecture par les images, par la poésie ou les chansons avec des indices visuels.

Qu?est-ce qui vous a poussé vers ce programme d?apprentissage ?

Il y a quelques années, mon époux et moi avons adopté Géraldine, une petite fille mauricienne, atteinte de handicap mental. En grandissant, j?ai réalisé qu?elle avait des difficultés à s?exprimer. En effectuant des recherches pour savoir ce que je pouvais faire, je suis tombée sur cette technique. J?ai suivi une formation pendant deux ans et je suis devenue formatrice par la suite. En 1997, j?ai commencé à dispenser cette formation en France. Après quelques échanges entre ma s?ur et les responsables de l?Apeim qu?elle connaît bien, j?ai pu venir à Maurice pour animer une conférence, suivie d?une première séance de formation durant deux jours en avril dernier. Une vingtaine d?éducatrices ont ainsi appris comment parler, jouer ou raconter des histoires à partir des signes. Pour l?appliquer dans le contexte mauricien, certains mots ont dû être remplacés, par exemple, les mots « train », « président ». Au départ, on doit utiliser un langage familier à l?enfant avec des mots comme « papa », « maman » etc. Nous avons rajouté des mots se rapportant à la culture mauricienne comme « farata », « tiffin » ou encore « namasté ».

Quel est le but de votre visite à Maurice ?

Je suis venue à Maurice afin d?assurer une nouvelle formation en makaton auprès d?une cinquantaine d?orthophonistes et d?éducatrices travaillant dans des institutions spécialisées. Ma visite s?insère dans le cadre d?une continuation et d?une évaluation du travail effectué il y a six mois. Après la première session, par exemple, il fallait que les participantes appliquent la technique dans le contexte mauricien et voir comment les enfants réagissaient à cette méthode d?apprentissage. J?ai également commencé à initier une Mauri-cienne, qui bénéficiera d?une formation plus avancée avec Margaret Walker en France. Elle assurera les autres cours de formation et suivra régulièrement l?évolution de la situation dans les écoles.

Quels sont les changements qui sont intervenus depuis votre première formation ?

En partant en avril, j?avais des appréhensions. J?ai constaté qu?il y avait très peu de moyens mis à la disposition des éducatrices et que les enfants, malgré divers degrés de handicap, sont dans le même groupe. Je me disais que dans ces circonstances, les éducatrices ne vont jamais y arriver. Mais je me trompais. Elles se sont acharnées et ont permis à plusieurs enfants de sortir de leur cocon et de communiquer. J?ai effectué des visites dans deux centres pour enfants handicapés et j?ai remarqué qu?ils commençaient à communiquer à leur propre rythme, certes, mais ils progressaient. Il y en avait même certains qui s?entraidaient. Le makaton ne révolutionnera pas les choses, car c?est juste un outil. On ouvre les portes pour les enfants qui ne communiquent pas.

Au départ, la porte s?entrouvre et puis la progression se fait pas à pas. C?est comme une béquille qu?on utilise pour marcher. Après un certain temps, on progresse avec. Il n?y a pas de miracle ! On peut atténuer les problèmes de communication. Quel-quefois on peut aussi parvenir à marcher sans béquilles.

<B>Quelles sont les difficultés de communication les plus fréquentes ?

Les difficultés les plus répandues sont souvent celles liées à une déficience mentale. Dans ce cas, l?enfant éprouve du mal à concevoir des mots, à construire ses phrases. Il y a aussi ceux qui ont des difficultés motrices et relationnelles. Le makaton peut aussi aider les enfants autistes ou ceux qui présentent d?autres handicaps à communiquer.

Il y a très peu d?orthophonistes et de professionnels spécialisés dans les problèmes de communication à Maurice. Pourquoi, selon vous ?

Je ne connais pas bien la situation à Maurice mais je pense que c?est un fait. Je crois qu?il y a environ cinq orthophonistes ici. À Grenoble ? ma ville natale ? il y en a au moins 200 ! En France, il y a même un concours pour recruter les orthophonistes. Je pense que c?est dû à une méconnaissance du métier. Le souci de s?occuper des enfants ayant des difficultés de communication est réel. En France, on favorise une rééducation individuelle pour les enfants tandis qu?à Maurice cela s?avère difficile, dû au manque de professionnels.

Est-ce une indication que ce problème est marginalisé par rapport aux autres types de handicap ?

Cette perception existe bel et bien. En France, par exemple, on va plus d?attarder sur les autres difficultés de l?enfant. Les parents se disent que si l?enfant ne parle pas, c?est parce qu?il est trop bête ou que ce n?est pas grave. Pour eux, l?enfant parlera quand il le voudra. Mais ils ne réalisent pas qu?à la longue, l?enfant devient de plus en plus frustré et doit exprimer ses besoins, ses sentiments. Quand un enfant se roule par terre ou se blesse souvent, ce n?est parce qu?il le veut forcément mais il cherche peut-être à dire quelque chose. S?il ne parvient pas à s?exprimer, cela peut entraîner d?autres troubles associés au comportement.

<B>Quels sont les lacunes au niveau du traitement des troubles de la communication ?

Je pense qu?avant tout, il faut avoir conscience de la souffrance de l?enfant mais aussi de celle des parents. On ne peut prendre un enfant et l?initier au makaton sans connaître les choses qu?il aime, ses mots préférés etc. Je pense qu?il doit y avoir une meilleure coordination entre les professionnels et les parents. La communication, c?est tout ce qui entoure l?enfant. Les écoles spécialisées doivent avoir plus de moyens et de facilités comme des livres contenant des pictogrammes par exemple. On envisage d?acheter un logiciel pour faire les pictogrammes mais cela nécessite de l?argent.

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