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« Le secteur privé doit investir en prenant des risques »
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« Le secteur privé doit investir en prenant des risques »
Vous êtes resté silencieux pendant des mois et voilà que vous accordez trois interviews en une semaine. On vous laisse enfin parler ?
J?ai accordé une interview à l?express dimanche en août. J?ai dit ce qu?il y avait à dire à l?Assemblée nationale lors de mon intervention Setting the stage for robust growth. Je suis intervenu très longuement sur le discours programme. À chaque fois que je devais parler, je l?ai fait. Mais j?avais d?autres à choses à faire. Évidemment, certains pensaient que je ne parlais pas assez. Maintenant je parle !
Vous insistez beaucoup sur la nécessité d?avoir huit à neuf piliers économiques. Quels sont ces nouveaux piliers qui vont accélérer la croissance ?
La solution afin de résoudre le problème structurel de Maurice à long terme réside dans une diversification de notre base économique. Nous avons quatre piliers existants. Deux pôles connaissent des transformations exceptionnelles : l?industrie sucrière et le textile. Dans le tourisme, il faudra consolider notre traditionnel sea, sun and sand tout en diversifiant nos marchés et nos offres. Dans les services financiers, nous élargissons nos produits pour diversifier notre base et on améliore la qualité des services. Deux secteurs émergents. Le seafood hub apporte une contribution correcte, mais il y a un potentiel énorme encore inexploité. Dans les technologies de l?information et de la communication (Tics), l?obstacle à surmonter est la baisse des coûts télécoms et l?absence de ressources humaines. Les Integrated Resort Schemes (IRS) représentent un énorme potentiel également avec un projet qui a déjà démarré et deux autres qui seront lancés cette année.
Quels sont les piliers totalement nouveaux ?
Nous projetons d?établir une Land Based Oceanic Industry dans le pays (voir l?événement). Nous avons le projet d?étendre l?aquaculture et le fishfarming sur des étendues plus importantes dans nos eaux. Il y a aussi l?idée d?un Village pharmaceutique pour l?exportation. Des pistes de réflexion existent également sur la recherche médicale et la production de certaines plantes médicinales pour l?exportation. Un travail préliminaire a déjà débuté à ce sujet.
Dans notre stratégie de faire de Maurice un knowledge hub, nous voulons attirer
des experts étrangers et des institutions internationales de renom pour que Maurice devienne un centre de formation d?excellence. Le Comesa, la Banque mondiale et l?Union européenne nous aident dans cette orientation. Nous souhaitons aussi que Maurice devienne un centre offrant des services à la région dans le domaine du textile ou du sucre. Huit ou neuf de ces secteurs que j?ai énumérés émergeront pour devenir des piliers de l?économie à moyen terme.
Le secteur privé rechigne à investir. Comment le convaincre à injecter des milliards dans ces projets d?envergure ?
Nous nous engageons à fond dans la facilitation des affaires et de l?investissement. Il faut revoir les incitations avec pour objectif de rationaliser et de simplifier les régimes. Nous réduisons également la bureaucratie à travers une série de mesures comme le silent agreement ou le fast track committee. Côté promotion, avec la réorganisation du Board of investment (BOI), nous effectuerons une campagne de promotion en Europe, Asie du Sud-Est, Inde, Moyen-Orient, Afrique du Sud et aussi aux USA pour le secteur financier, par exemple. Le BOI sera chargé d?effectuer un suivi pour que les projets aboutissent au plus vite.
Votre fast track committee donne l?impression de ne faire avancer que les IRS. Que comptez-vous faire pour amener le privé à prendre des risques ailleurs?
Le fast track committee n?a pas suivi les IRS seulement. Nous avons discuté des projets dans le secteur d?énergie et dans l?hôtellerie avec des composantes IRS. Des projets éthanols également. Récemment, un projet de filature a été avalisé. Il y a même un projet de production de lait à Maurice qui va bientôt aboutir. Les IRS attirent l?attention car les investissements dans ce domaine sont énormes et se chiffrent en milliards.
N?est-il pas temps que le gouvernement dise clairement au secteur privé ce qu?il attend de lui. Et en profiter pour mettre en place un « new deal » ?
Chaque gouvernement a son style. Nous faisons notre travail. L?agenda du gouvernement est très clair : nous sommes tous dans le même bateau, travaillons ensemble. Les discussions continuent. Mais sans fla-fla.
Mais que dites-vous aux représentants du secteur privé quand vous les rencontrez ?
Nous connaissons tous les défis. Le secteur privé doit investir en prenant des risques. Dans beaucoup de secteurs, c?est l?État qui a été pionnier et qui a investi. C?est le cas avec les Tics. Il est temps pour le secteur privé d?assumer sa responsabilité. De jouer un rôle plus important dans certaines infrastructures. Il est injuste de critiquer le gouvernement pour le déficit budgétaire, alors que le secteur privé n?investit pas suffisamment dans certaines infrastructures qui lui sont utiles.
« Notre système de financement des pensions n?est pas viable? Nous ne pourrons pas le maintenir »
Le FMI suggère des changements radicaux dans les services de l?État. Peut-on s?attendre à des réformes ou à des privatisations dans les cas de la STC, le CEB ou la CWA ?
Il y a plusieurs corps paraétatiques qui n?utilisent pas les deniers publics à bon escient. Ils sont des fardeaux pour le gouvernement, car ils ne donnent pas les résultats que l?on attend d?eux. Il est nécessaire d?assainir les finances des corps paraétatiques. Car à la fin de la journée, c?est le consommateur qui paye pour toutes les inefficiences. Il y a des réformes qui devront être engagées à la CWA comme au CEB ou à la Waste Water Management Authority, la STC, la DWC. Bref, tout corps paraétatique qui absorbe beaucoup d?argent de l?État.
Et les privatisations ?
Ce sera du cas par cas. Pour l?électricité par exemple, une bonne partie de la génération est déjà privatisée. Il faut voir ensuite si le modèle que nous avons va satisfaire les objectifs que nous nous sommes fixés. C?est-à-dire un service régulier, fiable, de qualité et à un coût abordable. Il va également falloir tenir compte des exigences du maintien de la notion de service public. Que ce soit pour l?eau et l?électricité. Nous avons un open mind pour des partenariats qui puissent améliorer la qualité des services.
Vous avez parlé de painful economic tradeoffs sans dire à quels sacrifices on va devoir consentir. En oubliant vos précautions de politique, pouvez-vous nous dire ce qui nous attend ?
L?ajustement dans le secteur sucre ne se fera pas sans douleur. Il y aura des casualties et il nous faudra voir comment trouver un plan d?accompagnement. Il y aura des ajustements dans le textile habillement. Certains parlent de 50 000 emplois, d?autres parlent de moins. Pour le déficit budgétaire, quand nous contrôlons les dépenses publiques, cela veut dire qu?on ne pourra pas satisfaire toutes les demandes de tous les ministères.
Des exemples?
Nous revoyons certaines exemptions fiscales et des failles dans certaines lois fiscales. Notre système de financement des pensions n?est pas viable ni pour le National Pension Fund, ni pour les Non Contributory Pensions ou la Pension du service civil. Nous ne pourrons pas maintenir ce même système. Nous avons une responsabilité à long terme d?assurer que le système soit viable. Il y a des rapports qui ont été présentés et des décisions seront prises. Sur le marché du travail, il va falloir apporter une certaine flexibilité.
Car au moment de l?ajustement, il va falloir un système très flexible qui permette à des personnes de changer de travail sans les lourdeurs et les complications actuelles. Notre loi du travail est trop rigide. La vie ne sera pas comme avant parce que nous seront forcés de nous adapter aux exigences internationales.
Croyez-vous que la population comprend ce langage d?austérité ?
C?est un langage de vérité. Mais il y a aussi un espoir. Car malgré la situation difficile, il faut se souvenir que nous avons surmonté ce type de situation dans le passé. Je crois qu?on comprend qu?il faut travailler pour diversifier notre base économique, assurer le retour de la croissance et la consolidation fiscale. Si tout cela se passe comme prévu, à l?horizon 2008 nous devrions être revenus à des taux de croissance acceptables.
Doit-on s?attendre à des mesures encore plus difficiles : augmentation de la TVA, l?introduction d?une taxe d?habitation nationale, par exemple ?
Par un temps où la croissance économique est faible, la dernière chose à faire est d?augmenter le fardeau fiscal. Mais il faut résoudre le problème de la dette et du déficit budgétaire. Il faut maîtriser les dépenses, éliminer les gaspillages, mettre en pratique les recommandations de l?Audit et assurer une meilleure collecte de la taxe, tout en élargissant la base fiscale. Il y a beaucoup d?entreprises et de personnes qui ne payent pas actuellement leur « fair share » d?impôts. Avec l?entrée en vigueur de la Mauritius Revenue Authority et les échanges d?information entre les différents départements responsables de la fiscalité, le taux de recouvrement sera plus élevé. Nous allons donc améliorer la mobilisation de nos recettes et maîtriser nos dépenses. J?espère que cela sera suffisant pour résoudre nos problèmes en attendant que la croissance forte revienne.
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