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« Je n?ai jamais regardé l?éducation d?un point de vue ethnique »
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« Je n?ai jamais regardé l?éducation d?un point de vue ethnique »
Vous avez été parmi les premiers à adresser une lettre ouverte au ministre Dharam Gokhool pour exprimer votre opposition à la réforme. Avez-vous le sentiment d?avoir été entendu ?
Je ne sais pas si le ministre a pris connaissance de mes observations. Il n?a pas réagi. La réforme, qui a été entérinée par le gouvernement, est maintenant confirmée.
Que reprochez-vous donc à la formule actuelle ?
Je pense que le grading A + proposé et la création de neuf collèges nationaux vont réintroduire la rat race dont les effets pervers avaient été atténués par la formule de régionalisation introduite sous le précédent gouvernement. Je considère que la régionalisation doit être perfectionnée en améliorant, entre autres, le cursus et la formation des enseignants. On ne peut pas maintenir un système qui produit 40 % d?exclus. Je suis persuadé que la formule proposée va accentuer ce taux d?échec et encourager davantage la pratique des leçons particulières qui prive nos enfants de leurs plus belles années.
Que répondez-vous à ceux qui avancent que l?ancienne formule pénalise les élèves d?origine asiatique ?
Mon principal souci concerne les enfants pauvres. La pauvreté n?affecte pas spécifiquement les hindous, les musulmans ou les créoles. Il y a plus de cinq ans, un projet initié par la State House et financé par le Presidential Education Trust a pris en charge les élèves de trois institutions primaires, notamment à Vallée-Pitot, Pointe-aux-Sables, Grand-Sable et Petit-Sable. Ce projet a démontré que les enfants pauvres ne sont pas les moins intelligents. Il suffit de les encourager et de les encadrer. Je suis heureux de constater que le projet fait du chemin car je n?ai jamais regardé l?éducation d?un point de vue ethnique. Si malgré tout le gouvernement reste sur sa position, il faudra alors voir comment réduire l?échec scolaire, diminuer la pression sur les élèves et leur permettre de vivre leur enfance.
Que proposez-vous ?
Il faut bannir les leçons particulières. Cette situation pénalise les enfants qui viennent de familles démunies. Si les pédagogues considèrent que certains élèves ont besoin d?un accompagnement scolaire en dehors des heures de classe, c?est à l?État d?organiser cet accompagnement. Un gouvernement qui peut financer le transport scolaire gratuit devrait pouvoir faire cela. Il s?agit d?étendre ce qui se fait déjà dans les écoles situées dans les zones d?éducation prioritaires. Il faudrait aussi doter chaque zone de collèges dignes du QEC et du collège Royal de Curepipe et de modifier la formule d?octroi de bourses d?État.
Soyez plus précis ?
Vous n?êtes pas sans savoir qu?il existe déjà une formule de régionalisation en matière de bourses. Les étudiants rodriguais ont, par exemple, accès à des bourses qui leur sont exclusivement destinées. Pour donner plus de poids à la politique de régionalisation, je considère qu?il faut accorder des bourses aux meilleurs étudiants qui réussissent aux examens de HSC sur une base régionale. À ce rythme, on encouragera les étudiants à fréquenter les institutions situées dans leur zone.
Vous prônez un amendement au « Prevention of Terrorism Act ». Pourquoi cette insistance ?
Je persiste à croire que le texte adopté en février 2002 contient des clauses qui accordent des pouvoirs abusifs à la police. Je conteste également la définition donnée au terrorisme international.
Pourquoi êtes-vous revenu à la charge maintenant ?
Ma démarche ne date pas d?hier. J?ai écrit une première lettre dans ce sens au Premier ministre, le 17 octobre dernier. Je me suis dit que le gouvernement était dès lors bien installé après les premiers 100 jours et que le moment était venu pour qu?il revoit cette loi votée en quatrième vitesse. Cette lettre est restée sans réponse, et je me suis permis de le relancer le 14 février, trois ans exactement après l?adoption du texte. Il m?a répondu le lendemain pour me dire que le moment n?était pas approprié. Je lui ai adressé une nouvelle lettre, le 16, dans laquelle je maintiens ma suggestion. Je ne suis nullement contre une loi pour nous protéger contre le terrorisme. Je suis pleinement en accord avec l?initiative de l?Organisation des nations unies sur ce chapitre, mais j?ai l?intime conviction que la loi actuelle viole certaines dispositions de la Convention internationale des droits humains. Puis-je rappeler que le gouvernement indien dirigé par Manmohan Singh a revu et corrigé la loi contre le terrorisme introduit par son prédécesseur, et que l?Afrique du Sud n?a pas encore adopté une telle loi ? Puis-je également rappeler qu?à l?époque où il était leader de l?opposition, Navin Ramgoolam avait tenu des propos très durs contre le Pota et qu?il n?est pas exclu qu?il ait encouragé l?ancien vice-président, Angidi Chettiar, à démissionner plutôt que de donner son assentiment à un tel texte ?
« J?essaie d?apporter ma contribution à certains débats et de faire entendre certaines voix »
N?y a-t-il pas de risque que l?abrogation du Pota affecte l?industrie touristique à Maurice ?
Bien au contraire. Je ne dis pas qu?il ne faut pas de loi antiterroriste. Je pense tout simplement que la loi actuelle mérite d?être amendée pour mieux respecter les droits humains. En l?amendant, nous améliorerons notre image d?un État respectueux de ces droits.
En revenant à la charge sur ce dossier, ne craignez-vous pas d?être associé à l?actuelle campagne antiaméricaine du monde islamo-musulman ?
Je note pour ma part la montée d?un sentiment anti-islamique après la publication des caricatures qui portent atteinte à l?islam.
Des bribes du rapport de la Commission des droits humains sur le décès de Rajesh Ramlogun ont été publiées dans la presse, qu?est-ce cela vous inspire ?
Qu?il existe heureusement des institutions pour attirer l?attention sur des violations des droits humains. Ensuite qu?il est inadmissible, dans un État comme Maurice, que des gens continuent de mourir en cellule. Il s?agit maintenant de faire le suivi et de consolider les lois pour que de telles bavures ne se reproduisent plus.
Malgré des signes d?apaisement dans les relations entre le Premier ministre et le président de la Républi-que, la communication n?est pas aussi fluide que dans le passé. Qu?en pensez-vous ?
Je considère qu?il est de l?intérêt de tous que les choses reviennent à la normale. Le meilleur moyen de favoriser un tel retour serait la reprise des rencontres hebdomadaires durant lesquelles le Premier ministre met le président au courant et discute avec lui des affaires de l?État.
Certains évoquent une remise en cause de l?autonomie à Rodrigues. Qu?est-ce que cela suscite en vous ?
Je tiens d?abord à souligner que l?autonomie est une expérience très récente et qu?il importe de lui donner du temps. Si certains pensent qu?il y a eu passe-droits, il faut mettre en place un mécanisme de check and balance, sans pour autant se réapproprier les pouvoirs conférés à l?Assemblée régionale.
Vous venez de relancer le débat sur le Pota et vous êtes monté au créneau sur le projet de réforme dans le secteur éducatif. Est-ce le prélude à votre retour en politique ?
Non. Je suis bien dans ma peau. J?essaie d?apporter ma contribution à certains débats et de faire entendre certaines voix qui n?arrivent pas à se faire entendre et rien de plus. Je n?ai pas d?ambition politique.
■ Propos recueillis par Renaud MARIE
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