Publicité
« Des groupes de pression utilisent les pauvres »
Par
Partager cet article
« Des groupes de pression utilisent les pauvres »
Quels sont les groupes vulnérables à Maurice en 2003 ?
Pour les Nations unies, une personne qui vit avec moins d?un dollar par jour est considérée comme pauvre. À Maurice, personne ne vit avec cette somme. L?État providence aide les plus démunis à travers des allocations familiales ou des pensions. Mais cela ne veut pas dire que la pauvreté n?existe pas. À Maurice, une famille qui vit avec moins de Rs 5 000 par mois est considérée comme pauvre. En 2001-2002, environ 7,4 % des foyers tombaient dans cette catégorie. Nous évaluons aussi le niveau de pauvreté par rapport au nombre de services de base auxquels une personne peut avoir accès.
<B> Alors qui sont les plus affectés ?
Il existe différents « degrés » de pauvreté. Maurice s?est développée très rapidement ces vingt dernières années. Certains n?ont pas pu suivre l?évolution et n?en ont pas profité. Le Trust Fund s?occupe de ceux qui ont vraiment besoin de nous : si on ne les aide pas aujourd?hui, ils disparaîtront demain. Ce n?est pas qu?une question d?argent. On peut avoir une antenne parabolique chez soi, mais ce n?est qu?un signe extérieur de richesse.
L?attention est souvent focalisée sur Roche-Bois, Karo Kalyptis et d?autres régions périurbaines où on a l?impression que tout va mal?
Il n?y a pas que Roche-Bois. D?après nos études, il existe cinquante-trois poches de pauvreté, notamment Roche-Bois, Plaine-Verte, Triolet et Rodrigues. Nous concentrons nos efforts sur ces régions. Mais certaines villes comme Rose-Hill abritent aussi des familles très pauvres. Toutefois, les priorités ne sont pas les mêmes. La famille de Roche-Bois peut vouloir une maison alors que celle de Triolet préférera peut-être la création d?un centre communautaire.
Les faits divers nous rappellent que certaines régions sont plus à problèmes que d?autres?
On a stigmatisé certaines localités pour des raisons historiques. Dans la réalité, ces localités ont évolué. À Roche-Bois, l?atelier de musique Mo?Zar, le plus grand à Maurice, a ouvert ses portes. Mais comme partout ailleurs, il reste quelques familles qui ont un comportement violent. Il faut aussi savoir que la misère a une raison historique et il est difficile de résoudre ce problème. L?important, c?est que ces personnes s?intègrent à la société mauricienne.
Les mesures comme les zones d?éducation prioritaires, la construction de logements sociaux, les programmes d?aides spéciaux dans ces quartiers donnent-elles des résultats suffisants ?
Les résultats ne sont jamais suffisants. Tant qu?il y aura une seule famille pauvre à Maurice, nous devrons continuer à travailler. Nous constatons des améliorations à travers les chiffres. Ainsi, il y a une diminution de l?écart entre les gros et les petits salaires à Maurice. Dans le dernier Human Report des Nations unies, Maurice a progressé de six places. Au niveau de l?Afrique, Maurice est le troisième pays avec le taux de pauvreté le plus faible.
Se comparer à l?Afrique n?est pas une fin en soi quand on pense que des millions d?Américains vivent en deçà du seuil de pauvreté?
Se comparer à l?Afrique ne nous éclaire pas sur notre propre situation, c?est vrai. Mais nous devons bien nous évaluer. L?effort dans la lutte contre la pauvreté est un indicateur quand on veut se comparer aux pays qui ont pris les mêmes engagements que nous. En 2002, Maurice a atteint ses objectifs, alors que d?autres pays tardent à mettre toutes les mesures en place. Je crois en outre que le bien-être a progressé. Pour s?en assurer, nous commanditons un audit social sur les projets entamés par le Trust Fund pour évaluer leurs performances.
Quelle est la situation à Rodrigues ?
Sachez que 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Côté projets, sur 1 000 maisons que nous devions construire, seules 340 n?ont pas été terminées. Si ces maisons en béton et en tôle n?avaient pas été construites, on aurait assisté à un drame avec le passage du cyclone Kalundé. Le Rodriguais qui habite une petite maison en tôle est moins conscient de son état de pauvreté que le Mauricien qui habite la même maison.
L?inégalité est donc plus visible à Maurice. Les Mauriciens croient-ils vraiment que leur bien-être augmente au fil du temps ?
Nous sommes un peuple de râleurs et nous ne sommes jamais satisfaits. On attribue le moindre de nos problèmes au gouvernement. Mais les progrès sont tangibles. En 2000, nous avons relogé 60 familles qui habitaient des longères dans des maisons en béton. De plus, je viens de rencontrer les trois familles qui ont tout perdu dans l?incendie de Roche-Bois. L?un des chefs de famille s?est séparé de sa femme et de son enfant parce qu?il n?avait pas de maison. On va lui en trouver une pour qu?il soit de nouveau avec les siens. On essaie de reconstruire le tissu social en agissant ainsi. Ce ne sont pas des choses perceptibles tout de suite, mais à la longue les progrès sont reconnus.
Avons-nous une mentalité d?assisté ?</B>
La majorité des gens n?ont pas cette mentalité. Malheureusement, des groupes de pression utilisent les pauvres. Ils s?arrogent leur droit de parole sans rien leur apporter en retour. De plus, certaines associations ne sont créées que pour récolter des aides du gouvernement. L?arrivée des radios privées a, par ailleurs, été un événement important. Maintenant, on décroche son téléphone pour parler de ses malheurs à la radio. Cette attitude n?arrange parfois pas les choses. Mais il y a, en même temps, une prise de conscience au niveau national.
Êtes-vous satisfait de l?engagement du secteur privé dans la lutte contre la pauvreté ?
Il y a quelques années, la contribution du secteur privé dans le social était presque nulle. Depuis quelque temps, il y a eu une prise de conscience. Des groupes comme Beachcomber, Rogers ou IBL ont des projets sociaux. Ainsi, les nouveaux hôtels consacrent Rs 25 millions au développement social, là où ils s?implantent. Il y a une prise de conscience, mais le secteur privé a toujours beaucoup d?efforts à faire. Le gouvernement ne peut pas à lui seul résoudre tous les problèmes.
D?autres formes de pauvreté apparaissent. Le licencié d?une usine de textile qui n?arrive pas à trouver un travail, par exemple. Que peut-on faire dans ce domaine ?
Le Trust Fund a son mot à dire sur la formation des licenciés du textile. On ne s?attend pas à ce que ça marche à 100 %. Mais ceux qui reçoivent une formation pendant deux ou trois mois peuvent apprendre un nouveau métier. On peut aussi les aider avec des microcrédits pour, par exemple, lancer leurs petites entreprises.
Vous dépendez du ministère des Finances. Lorsque les problèmes sont identifiés, le financement arrive-t-il rapidement ?
Nous n?avons pas de problèmes de financement. Pour l?instant, on a un project value de 340 à 375 millions. On y puise Rs 75 millions par an pour financer nos projets. Il est difficile d?estimer la somme nécessaire pour lutter contre la pauvreté, mais nous sommes satisfaits de notre budget annuel, même si on le dépasse parfois.
Est-il envisageable d?éradiquer la pauvreté en y mettant les moyens ?
Nous éliminerons une partie de la pauvreté. Nous ferons sortir les gens d?une situation désespérée, mais si nous n?avons pas la volonté de nous en sortir, un milliard de roupies ne suffiront pas.
<B> Comment évaluez-vous le travail accompli par le Trust Fund depuis sa création ?
Le Trust Fund est né en 1996 avec un portefeuille de Rs 500 millions puisées dans les fonds de la privatisation. Il a augmenté ses activités en 2000 quand le portefeuille était évalué à Rs 460 millions. De 2000 à ce jour, nous avons déboursé près de Rs 250 millions. À Maurice et à Rodrigues, les projets les plus tangibles concernent les besoins de base comme le logement.
Propos recueillis par Rabin BHUJUN
Publicité
Publicité
Les plus récents