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« Choisir des enfants permet au violeur d?avoir le contrôle sur sa victime »

28 août 2005, 00:00

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L?attention se fixe sur des adolescents agresseurs sexuels, sorte de nouveaux renégats d?un ordre social chaotique, perverti. Les jeunes auraient-ils perdu leurs repères ?

La tendance sociale ces deux dernières décennies démontre une hausse des agressions sexuelles commises par des adolescents, mais ces délits ne sont pas un phénomène nouveau. De tels comportements ne sont surtout pas un épiphénomène de l?adolescence, d?ou l?importance de ne pas banaliser cette délinquance comme on le faisait il y a 20 ans. Parallèlement, il y a toujours la crainte de stigmatiser ces jeunes qui, s?ils ne sont plus des enfants, ne sont pas encore des adultes. Commettre un tel crime est aussi an excruciating cry for help d?un adolescent en détresse qui se sent invisible parmi nous et qui a, quelque part, a perdu ses repères.

Comment devient-on violeur ou pédophile à cet âge-là ? Que se passe-t-il dans leur tête ? Comment choisissent-ils leurs cibles, pourquoi les plus petits ?

Sur le plan étiologique comme le démontrent des études à ce sujet, ces jeunes viennent souvent de familles ou règnent la violence, l?instabilité et/ou la promiscuité. L?hypothèse qui est souvent avancée est qu?ils ont été eux-mêmes victimes d?abus physiques ou sexuels. Et souvent les parents ont aussi vécu cela pendant leur enfance. Le cercle vicieux se perpétue. L?une des caractéristiques les plus fondamentales chez les pédophiles adultes est l?idéalisation du monde des enfants et une méfiance malsaine face aux adultes. Son apparition pendant l?adolescence, en conjonction avec une immaturité sociale et sexuelle et d?autres facteurs d?ordre psychologique comme un déséquilibre émotionnel ou des troubles de la personnalité, expliqueraient aussi cela.

Un autre facteur est que le viol est une façon d?exercer le contrôle et la puissance sexuelle sur sa victime. Il est grand temps qu?on dissipe les mythes malsains qui existent autour du viol ? par exemple que ce sont les femmes belles et sexy, celles en mini- jupes ou celles qui sont les victimes. Si tel était le cas, comment expliquerait-on le viol d?enfants, de jeunes garçons, ou de personnes âgées. Choisir des enfants comme cible permet au violeur d?avoir un contrôle sur sa victime.

Quel est le profil de l?adolescent qui commet des abus ?

Il n?existe pas de stéréotype. D?après une étude sur la criminologie des adolescents et la délinquance sexuelle (1990), nombre d?entre eux ont une faible estime de soi et une image négative d?eux-mêmes, et ils ne trouvent pas de réponses satisfaisantes à leurs tensions internes et à leurs angoisses existentielles. Ils se mettent rarement en colère et éprouvent des difficultés à s?affirmer et à communiquer. Sur fond d?inhibition des sentiments et des pulsions, ils entretiennent peu de relations socia-les et souffrent de solitude affective. Ils ont du mal à assumer la responsabilité de leurs actions et ils ont plutôt tendance à banaliser ou à normaliser leurs actes sur un mode défensif.

« La pornographie, très accessible, renforce l?image que c?est normal de dominer, de violer »

Risque-t-il de rester abuseur à l?âge adulte ?

Les études sur le passé des agresseurs sexuelles adultes ont démontré que beaucoup d?entre eux débutent ces actes pendant l?adolescence. Des intérêts sexuels déviants ? comportements masturbatoires associés aux fantaisies déviantes, voyeurisme, attouchements ? sont présents avant ou pendant l?adolescence. On n?a aucune garantie que ce jeune ne sera pas un abuseur à l?âge adulte, mais la bonne nouvelle est que s?il est pris en charge par un programme spécialisé, il peut s?en sortir.

Souvent, les parents, les médias, l?éducation sont montrés du doigt ? Qu?est-ce que vous en pensez ?

Nous avons tous une part de responsabilité dans ce qui se passe. Oui les jeunes sont aussi exposés à un chargement de distorted information sur la sexualité. Le corps de la femme et des enfants est souvent montré comme un objet. La pornographie, très accessible, renforce l?image que c?est normal de violer, de dominer et que les victimes ne sont pas marquées par la violence sexuelle. Et il n?existe aucune structure adéquate chez nous pour prendre en charge les enfants et adolescents dès les premiers signes de déviance. On parle ici de programmes comme le Male Adolescent Sexual Offender Group, le Juvenile Abuser Treatment Program, la psychothérapie, etc.

Où se terminent les comportements sexuels exploratoires et où commencent les déviances ?

Les transformations fonctionnelles et sexuelles du corps de l?adolescent relancent la construction de son identité et de son orientation sexuelle. C?est tout à fait normal qu?il/elle recherche du plaisir (masturbation), le désir sexuel (intimité physique), la curiosité et les rapports de séduction.

Or, le jeune qui a été exposé aux comportements, aux attitudes, ou aux informations sexuelles déviants, ou qui a été victime de violence, aura tendance à ajouter à son répertoire ces mêmes comportements qui précèdent le passage à l?agression sexuelle. Il va essayer de dépasser ses sentiments d?impuissance, de confusion, ou de « victimisation » en cherchant à contrôler, manipuler les autres, par le biais de la force.

Il peut aussi vouloir recréer le traumatisme qu?il a vécu, mais en adoptant le rôle de l?agresseur. De cette façon, il tentera d?affirmer sa puissance et le besoin de se protéger en tant que « petit homme ».

Comment punir le contrevenant ? Entre répression et éducation, comment doit agir la justice ?

Comme l?explique si bien Yves Hiram, psychothérapeute, auteur et chercheur, on ne peut pas parler de sanction judiciaire, sauf comme mesure de protection pour la société. On doit parler d?un programme multiple comprenant des mesures éducatives et d?orientation. Yves Hiram préconise des mesures socio-éducatives et thérapeutiques invitant le jeune à faire un travail sur lui-même en abordant les thèmes de domination et d?humiliation, de réciprocité dans la sexualité, d?empathie humaine et d?éthique relationnelle.

Le psychothérapeute considère qu?il est important de confronter le jeune aux règles qui dirigent les rapports hu-mains, la dignité, l?équité relationnelle, la réciprocité et le respect des personnes, mais également de lui proposer une thérapie ou une orientation spécifique pour établir des élaborations normatives en matière de sexualité, tout en l?aidant à franchir le cap de son adolescence sans trop d?égratignures.

C?est aussi important de deconstruct les expectations avec lesquelles nous élevons les jeunes garçons. Ils apprennent qu?ils doivent se défendre, se protéger, se venger et établir leur supériorité pour être considérés comme un vrai homme. L?éducation sexuelle chez les jeunes implique tout cela, et ne s?arrête pas uniquement aus informations sur la contraception, la grossesse précoce et les maladies sexuellement transmissibles.

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