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Interview…
Ajay Gunness: «Le pays n’a pas besoin d’une opposition ‘part-time’»
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Interview…
Ajay Gunness: «Le pays n’a pas besoin d’une opposition ‘part-time’»
Ajay Gunness, ministre des Infrastructures nationales et N°2 du Mouvement militant mauricien (MMM). ? Kiranchand Sookrah
Un MMM sans Paul Bérenger. La genèse de cette situation inédite, l’avenir du parti, les assurances de Navin Ramgoolam aux mauves... Ajay Gunness en parle ici.
■ Ajay Gunness, vous êtes un militant de la première heure et N°2 du MMM. Comment vivez-vous le retrait de Paul Bérenger du parti mauve ?
Personne au MMM n’aurait souhaité ni imaginé qu’un jour Paul Bérenger quitterait le MMM dans les conditions que l’on sait. Personne n’a réclamé sa tête non plus. Le Bureau politique et le Comité central lui ont lancé un vibrant appel pour qu’il s’aligne sur la position largement majoritaire, prônant le maintien du MMM au gouvernement. Cela parce que nous nous devons, d’une part, de respecter le voeu de cette population qui nous a accordé un quinquennat clair assorti d’une victoire électorale sans bavure et, d’autre part, de nous rendre à l’évidence que le MMM se retrouve au pouvoir après une traversée du désert de presque 20 ans.
Les militants ont tout fait pour convaincre Paul Bérenger de rester au gouvernement car, comme il ne cesse de le marteler lui-même, le MSM nous a légué un lourd héritage et le contexte international de plus en plus instable font que le pays a cruellement besoin d’un leadership fort.Toutefois, les militants se sont vite rendu compte qu’ils prêchaient dans le désert. En refusant obstinément de se soumettre au vœu des instances du parti, Paul s’est mis dans une logique de démission inévitable. C’est triste.
■ Avez-vous personnellement tenté de convaincre Paul Bérenger de ne pas déserter le navire mauve ?
Il est bien connu que j’ai été l’un des plus proches collaborateurs de Paul Bérenger pendant de nombreuses années. Je l’ai étroitement soutenu lors des législatives s’étalant de 2010 à 2024. Nous avons toujours eu une collaboration parfaite et nous avons vécu ensemble des hauts et des bas dans l’arène politique. En novembre dernier, lorsque Paul brandit pour la première fois sa menace de démission du gouvernement – ce que j’appelle la «première crise» – je me suis employé à la désamorcer en organisant personnellement une rencontre entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, à la suite de laquelle Paul Bérenger a choisi de poursuivre sa route au sein du gouvernement.
Mais depuis ce jour, il ne m’a pas adressé la moindre parole. Nous ne nous sommes plus parlé depuis près de cinq mois. Lorsqu’il a constaté que nous ne partagions pas la même ligne de conduite, il a pris ses distances avec moi. La deuxième crise est intervenue en début d’année, à un moment où le Premier ministre faisait toujours le deuil d’une proche décédée quelques jours plus tôt. J’avoue que je n’ai pas apprécié cette attitude de Paul Bérenger. Cette nouvelle crise a elle aussi été désamorcée, contrairement à la troisième qui, elle, a abouti à la démission de Paul Bérenger du gouvernement et du MMM. Je n’y pouvais rien.
■ Maintenant que Paul Bérenger ne fait plus partie du MMM, estimez-vous que ce parti mérite le nombre de ministères dont il dispose ?
Le jour de la démission de Paul Bérenger du gouvernement, les parlementaires du MMM avaient eu une rencontre avec le Premier ministre et ce dernier nous a assuré que le départ de Paul Bérenger ne change en rien la configuration du gouvernement et que l’Alliance du changement demeure intacte. Il existe un souhait mutuel que cette alliance mette en œuvre le programme proposé à la population et qu’elle aille jusqu’au terme de son mandat.
■ Les mauves ne craignent-ils pas d’être ostracisés par les rouges à l’Assemblée nationale, à l’image de ce récent duel entre Arianne Navarre-Marie et Anabelle Savabaddy ?
Nous sommes dans une alliance et nous nous entendons parfaitement avec la haute direction du Parti Travailliste (PTr). Mais en même temps, nous devons comprendre que les backbenchers rouges jouissent d’une liberté de parole à l’Assemblée nationale. Nous devons composer avec cela et c’est tant mieux pour la démocratie parlementaire. L’ambiance est tout aussi cordiale et détendue au niveau du cabinet ministériel.
■ Pensez-vous que le poste vacant de vice-Premier ministre doit revenir à un élément mauve avec le départ de Paul Bérenger ?Si oui, qui selon vous ?
De grâce, ne me prêtez pas de pouvoirs qui ne sont pas les miens. Nous sommes très à cheval quant au respect rigoureux des principes enchâssés dans notre Constitution et comme la nomination des ministres relève exclusivement des prérogatives du Premier ministre, nous veillerons soigneusement à ne pas empiéter sur celles-ci. Cette question sera sans doute évoquée avec le Premier ministre, également leader de l’Alliance du changement, au moment opportun, mais surtout en interne et dans le respect strict des prérogatives du Premier ministre.
■ Vous avez quand même la prérogative de dévoiler l’identité du prochain leader du MMM…
Le parti fonctionne depuis peu sous l’impulsion d’une direction collégiale et nous en sommes pleinement satisfaits. À ce jour, rien ne presse quant à la désignation d’un leader. Si le besoin se fait sentir, nous allons trancher la question en nous pliant scrupuleusement à la décision de nos instances.
■ Quelle posture adoptera le MMM face au trio d’ex-MMM à l’Assemblée nationale ?
Nous n’avons nullement l’intention de créer des conflits ou des confrontations inutiles et inappropriés avec l’opposition parlementaire. Elle fait son travail, nous faisons le nôtre et comme dit l’adage, à chacun son métier et les vaches seront bien gardées.
Je note, cependant, que Joanna Bérenger a dérogé à un principe fondamental : se garder d’interpeller le gouvernement pendant un certain temps lorsqu’on vient d’en démissionner dans la mesure où on était jusqu’à tout récemment partie prenante de l’action gouvernementale. Le MMM s’est conformé à ce principe par le passé. Or, Joanna Bérenger a choisi d’engager les hostilités dès le premier jour même de son passage à l’opposition. Cette démarche est foncièrement inélégante.
Sa question sur le repoussement graduel de l’âge de départ à la retraite de 60 à 65 ans relève de l’hypocrisie, car elle en connaît parfaitement les raisons. Plus écœurante encore est sa question sur les dauphins et les cachalots. Elle était membre d’un comité interministériel chargé de se pencher sur ce dossier et, de ce fait, elle détient des informations privilégiées. Elle s’est prévalue de celles-ci pour tenter d’embarrasser le gouvernement.
Par ailleurs, il est aussi bon de savoir que lors de la dernière séance parlementaire, Paul Bérenger s’est éclipsé juste après la pause-déjeuner alors que ses deux acolytes lui ont emboîté le pas après l’heure des questions. Ils n’ont pas jugé nécessaire de participer au débat sur un projet de loi aussi important que l’Anti-money laundering, Combating the financing of terrorism and Countering proliferation financing Bill. S’ils ont choisi de partir dans l’opposition, qu’ils fassent correctement leur travail. Le pays n’a pas besoin d’une opposition part-time.
■ Le Bureau politique se rencontre désormais à la mairie de Port-Louis. Pourquoi avoir délaissé le siège emblématique de la rue Ambrose, à Rose-Hill ?
Le quartier général du MMM à la rue Ambrose à Rose-Hill est équivalent à celui de la rue Poudrière à Port-Louis. Le MMM – et pas un individu – les a pris en location depuis de nombreuses années.Toutefois, au lendemain de la démission de Paul Bérenger du gouvernement, les cadenas ont été changés. Nous n’avons pas voulu en faire tout un plat. Notre Bureau politique se rencontre paisiblement à la mairie de Port-Louis. Cette manœuvre révèle toutefois une petitesse d’esprit et une mesquinerie déconcertantes.
■ Comment voyez-vous l’avenir du MMM sans Paul Bérenger ?
Les membres de l’ensemble de nos instances, à savoir le Bureau politique, le Comité central et l’Assemblée des délégués, sont pleinement conscients de l’énorme responsabilité que nous portons. Le MMM constitue, en lui-même, un important pan de l’histoire politique du pays avec un symbole (le cœur) et une couleur (le mauve) profondément ancrés dans le paysage politique mauricien. Nous sommes résolument déterminés à gérer ce parti avec la même discipline et la même rigueur de travail qui l’ont toujours caractérisé. Nous mettrons tout en œuvre pour consolider le parti tant dans les régions rurales qu’urbaines à l’échelle nationale. Nous avons le devoir sacré d’amener le MMM à bon port et de rendre fiers nos militants et ces milliers d’autres anonymes qui nous soutiennent dans cette nouvelle mission. Nous ne pouvons qu’être optimistes quant à l’avenir du parti.
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