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2025 : l’année où le réel a parlé
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2025 : l’année où le réel a parlé
Nous entamons ce bilan en rappelant une vérité souvent répétée ici dans ces colonnes : la politique n’est pas un théâtre d’illusions, mais l’art difficile de faire des choix sous contrainte. À l’aube de 2025, après une victoire électorale marquée, beaucoup attendaient un changement immédiat, presque miraculeux. Mais l’année qui s’achève nous a appris, parfois durement, que la promesse ne remplace pas la politique.
L’économie entre rigueur et attentes sociales.
Dès avril, nous avions alerté sur l’équation délicate qui attendait le gouvernement. Dans l’éditorial Deux stratégies, un seul cap (dans l’édition du mercredi 9 avril 2025), nous écrivions : «À quelques semaines de la présentation du Budget 2025-26, l’économie mauricienne se trouve dans un entre-deux périlleux… D’un côté, une politique fiscale qui cherche à regagner la confiance des ménages et des investisseurs. De l’autre, une politique monétaire engagée dans une opération de sauvetage pour maîtriser l’inflation… Le Budget 2025-26 devra incarner un pacte de rigueur et d’anticipation.»

Ces lignes résument le défi central de l’année : concilier discipline financière et demandes d’une population pressée par le coût de la vie. Mais la rigueur, si nécessaire soit-elle, a un prix politique. En juin, nous dénoncions que la réforme des pensions – pourtant dictée par des impératifs démographiques et budgétaires – avait été conduite sans pédagogie ni écoute, et surtout sans exemplarité aucune : Quand la retraite devient le front de guerre (dans l’express dimanche du 15 juin 2025) : «… la réforme de la pension universelle… ravive les braises d’un feu social… Ce n’est pas la mesure qui choque. C’est la manière.»

La fracture ne tenait pas à l’abandon de la soutenabilité financière, mais à l’absence de pédagogie, d’écoute et d’empathie politique.
Un exercice de gouvernance éprouvant.
Nous n’avons cessé de marteler qu’un gouvernement ne peut s’extraire des contraintes économiques simplement par le verbe ou la volonté. Dans plusieurs éditoriaux, ce thème revient : le désenchantement est le résultat d’un fossé entre attentes et réalisations.
Ceci se lit aussi dans la manière dont s’est jouée la politique interne du pouvoir, avec des tensions visibles entre leadership et partenaires : le projet initial d’un «changement renouvelé» s’est heurté à la réalité d’une majorité parfois divisée dans ses approches. Cette tension a souvent été soulignée sous notre plume comme le symptôme d’une gouvernance qui cherche son cap.
Liberté de la presse et espace démocratique.
Une démocratie n’est pas seulement faite d’institutions. Elle repose aussi sur la liberté de pensée et d’expression. Dès le 3 mai 2025, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, notre combat est resté explicite : «Le plus grand ennemi des médias, ce n’est pas l’État, mais le pouvoir de l’argent et les forces obscurantistes qui créent des organes de presse pour en faire des outils de propagande… Le droit à l’information est sacré… Ce droit ne doit pas être réservé aux pays développés.»
Cela n’est pas un simple plaidoyer symbolique : cela renvoie à la nécessité structurelle d’un débat public libre, surtout lorsque les grandes décisions – économiques, sociales, constitutionnelles – dessinent l’avenir collectif.
Une jeunesse connectée, un électorat souvent déçu.
À mesure que l’année avançait, nous avons observé que le malaise politique traversait aussi les générations. Dans La génération (dé)connectée face au serpent de mer (dans l’édition du jeudi 11 septembre 2025), nous pointions une crainte majeure : l’incapacité des élites à intégrer l’énergie et les aspirations de la jeunesse dans un projet politique crédible. «Gouverner contre la jeunesse connectée, c’est sceller sa propre défaite.»

Ce constat ne se limite pas aux réseaux sociaux ; il révèle une impatience profonde, nourrie par un manque d’opportunités tangibles, un écart entre discours et résultats palpables.
L’alliance politique mise à l’épreuve.
Tout au long de l’année, nous avons insisté sur la fragilité des coalitions et sur la difficulté qu’a eue le pouvoir à stabiliser un cap commun. Les choix budgétaires, les débats sur l’âge de la retraite ou encore l’approche de réformes structurelles ont mis à nu des lignes internes souvent plus naturelles à l’opposition qu’au sein de la majorité elle-même.
Cette fragilité structurelle se retrouve aussi dans les impressions persistantes de désillusion électorale, auxquelles nous avions consacré plusieurs écrits en amont comme en aval des scrutins et des décisions gouvernementales.
Un diagnostic lucide sur l’état de la démocratie.
Jusqu’ici, 2025 aura été une année où nous, en tant que société, avons été confrontés à nos propres contradictions : un désir de changement profond et un réel besoin de concessions ; une jeunesse impatiente et une classe politique souvent enfermée dans des paradigmes anciens…
Ce bilan que nous traçons ensemble n’est ni cynique, ni désabusé. Maurice n’a pas renoncé à sa promesse démocratique ; elle se débat encore pour la concrétiser.
Et comme nous l’avons souligné à plusieurs reprises : «Réformer un pays ne se fait pas avec des illusions, mais avec de la pédagogie, de la clarté, et surtout, de l’écoute.»
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