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La génération (dé)connectée face au serpent de mer
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La génération (dé)connectée face au serpent de mer
En novembre 2024, Maurice s’est réveillée groggy: un communiqué d’Emtel annonçait la suspension de Facebook, WhatsApp et Instagram «pour des raisons de sécurité nationale». En vérité, il s’agissait surtout de contenir la circulation d’un scandale politique à la veille des élections. L’État avait, d’un clic, tiré le rideau sur la place publique numérique.
Pratiquement un an plus tard, à Katmandou, le scénario se rejoue, mais la tragédie est autrement plus brutale.

Au nom d’une obligation bureaucratique — l’enregistrement des plateformes —, le gouvernement a banni… 26 réseaux sociaux. Ce qui, pour des dirigeants persuadés de verrouiller la rue, n’était qu’un geste «technique», est devenu l’étincelle d’un embrasement national : 22 morts, un Parlement incendié, un Premier ministre poussé à la démission.
Les ressemblances sont troublantes. Dans les deux cas, le pouvoir s’est cru assez fort pour éteindre la lumière des écrans, pensant éteindre du même coup la colère des citoyens. Mais les différences sont tout aussi révélatrices : là où Maurice a connu quelques heures d’inconfort et des soupirs indignés — qui ont contribué à la chute du régime Jugnauth —, le Népal a basculé dans une insurrection générationnelle.
Pourquoi une telle radicalité ? Parce qu’Internet n’est plus un simple loisir ni un agrégateur de «likes». Pour la jeunesse — Gen Z, à Katmandou comme à Maurice et Rodrigues —, c’est l’espace de travail, la salle de classe, le journal du matin, la tribune citoyenne. Couper les réseaux, c’est couper la respiration. Les hashtags #NepoKids et #NepoDynasty — nés de vidéos exhibant les privilèges des familles politiques, ici comme ailleurs (filles, gendres, belles-sœurs, cousins récompensés/casés) — disent le fond de l’affaire : derrière le Wi-Fi se cache une quête de dignité, un refus de l’impunité et des dynasties.
À Maurice, l’épisode de 2024 a révélé la peur maladive d’un pouvoir face aux «audios» compromettants. Au Népal, le blocage a mis à nu une économie qui pousse ses jeunes à l’exil, un État miné par la corruption et des dirigeants déconnectés. Dans les deux cas, le geste autoritaire revient en boomerang : il radicalise ceux qu’il voulait faire taire.
Les dirigeants croient encore manier l’illusion des royaumes ‒ comme dans Game of Thrones, où tout se joue à l’ombre des palais. Mais la nouvelle génération, armée de smartphones et de slogans viraux, a changé les règles. Elle ne veut pas seulement «liker», elle veut peser.
La leçon est simple : on peut suspendre un réseau, pas une génération. Gouverner contre la jeunesse connectée, c’est sceller sa propre défaite.
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La réforme électorale, ce serpent de mer qui nous engloutit. Navin Ramgoolam s’envole pour l’Inde pour dégager notre politique étrangère. Paul Bérenger convoque la presse aujourd’hui «pertaining to the electoral reform». Et nous, pays pris en étau, attendons toujours la réforme promise «dans les six mois» du manifeste.
Plus de dix ans après 2014, rien n’a vraiment changé : mêmes acteurs, mêmes réflexes, mêmes calculs. Le serpent de mer resurgit quand il faut gagner du temps, calmer la rue ou serrer des rangs.
Souvenons-nous. En 2014, avant les générales qui ont vu l’avènement du gouvernement Lepep, le duo PTr-MMM voulait une proportionnelle à 10 % ‒ bazooka braqué sur les «petits» partis, au risque d’assécher le pluralisme. Le Best Loser System, vestige d’un autre âge, devait être repensé ; on a bricolé du provisoire. Les propriétaires de partis ont manœuvré, l’État a temporisé, l’ONU a rappelé à l’ordre ; résultat : des rustines «temporaires». Pendant ce temps, clientélisme et nominations politiques prospèrent et la jeunesse continue de prendre l’avion, lasse d’un pays aux horizons méritocratiques bouchés.
Aujourd’hui, on rejoue la partition. Le Premier ministre parle diplomatie et «nation branding» à New Delhi ; son adjoint dicte l’agenda des conférences de presse. Mais où est le White Paper promis ? Où est le calendrier législatif ? Où est la clause claire remplaçant le BLS par un mécanisme moderne, transparent et mesurable ? Et surtout, où est la loi sur le financement politique, l’angle mort de toutes nos crises : sans transparence des caisses, aucune réforme ne tient debout.
Ne nous trompons pas : sans cap, la proportionnelle devient de l’ingénierie électorale ; sans garde-fous, l’élargissement du Parlement n’est qu’un casier de plus pour recaser les obligés ; sans indépendance accrue de l’Electoral Supervisory Commission et de l’Electoral Boundaries Commission, le redécoupage reste une science occulte. Une réforme sérieuse repose sur quatre piliers :
⚫ Abolition nette du BLS, remplacé par un correctif national limité, chiffré, justifiable ;
⚫ Plafond, audit et publication des dons, avec sanctions en temps réel ;
⚫ Encadrement strict des nominations publiques post-scrutin ;
⚫ Calendrier constitutionnel contraignant, empêchant les reculs à la veille des élections.
La politique mauricienne adore les métaphores royales. Mais le temps des royaumes patrimoniaux va bientôt s’achever. Une génération veut des règles, pas des ruses. Qu’on cesse d’agiter la réforme comme talisman de campagne : qu’on la dépose, qu’on la débatte, qu’on la vote. Sinon, la promesse des «six mois» rejoindra la longue liste des illusions utiles, et le serpent de mer repartira chasser en eaux troubles — pendant que les meilleurs talents partiront. La démocratie ne se nourrit pas de conférences de presse ni de voyages officiels : elle se nourrit de lois claires, d’argent propre et de dates tenues. Alors cessons de parler de réforme. Faisons-la.
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