Publicité

Crise de l’eau

La police mise sur la sensibilisation plutôt que sur les contraventions

15 octobre 2026, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

La police mise sur la sensibilisation plutôt que sur les contraventions

■ Mare-aux-Vacoas, principal réservoir de l’île, n’est plus rempli qu’à 34,9 %.

Alors que les réserves d’eau continuent de baisser, les autorités multiplient les mesures pour éviter une aggravation de la pénurie. Mare-aux-Vacoas est passé sous la barre des 35 % et les restrictions se durcissent dans plusieurs régions. Face au gaspillage, la police privilégie pour l’heure la sensibilisation plutôt que les contraventions. Mais au-delà des interdictions, comment les Mauriciens peuvent-ils réduire leur consommation sans compromettre leurs besoins quotidiens ?

La situation devient de plus en plus préoccupante. Selon les données arrêtées hier, les principaux réservoirs du pays affichaient un taux de remplissage de 55,5 %, contre 85 % à la même date l’an dernier. Mare-aux-Vacoas, principal réservoir de l’île, est tombé à 34,9 %, contre 85,8 % un an plus tôt. Cette baisse pèse lourdement sur le réseau de distribution, notamment dans les Plaines-Wilhems. À la station de traitement de La Marie, la production quotidienne est passée d’environ 110 000 à 56 000 m³. Aucune amélioration significative des précipitations n’est attendue avant la deuxième quinzaine de décembre, selon les prévisions évoquées par les autorités.

Face à cette situation, la Central Water Authority a durci les restrictions. Depuis le samedi 10 octobre, sept régions principalement alimentées par Mare-aux-Vacoas ne sont desservies qu’un jour sur deux, de 3 heures à 8 heures. C’est une contrainte supplémentaire pour de nombreux ménages, en particulier ceux qui ne disposent pas de réservoir domestique. Le lavage des véhicules, le nettoyage des cours et des trottoirs, l’arrosage des jardins et le remplissage des piscines restent par ailleurs encadrés. L’objectif est de préserver les réserves en limitant les usages non essentiels de l’eau potable.

Sur le terrain, la police privilégie toutefois la pédagogie. Selon les informations recueillies, aucune contravention n’aurait été dressée jusqu’ici à la suite des signalements de gaspillage. Lorsqu’un cas est signalé, les policiers se rendent sur place pour rappeler les restrictions et la nécessité d’économiser l’eau. La démarche semble porter ses fruits : les personnes sensibilisées une première fois ne récidiveraient généralement pas. La Police de l’environnement participe également à ces actions de prévention, même si les autorités disposent des moyens légaux de sanctionner les infractions. Reste une question : avec des réserves qui continuent de diminuer, jusqu’à quand la sensibilisation suffira-t-elle ?

Au-delà des restrictions, la pénurie en pose une autre : par quoi remplacer l’eau potable lorsqu’elle doit être réservée aux besoins essentiels ? Pour le lavage des véhicules, les produits de nettoyage sans rinçage et des chiffons adaptés peuvent remplacer le tuyau d’arrosage. Les cours et les trottoirs peuvent être entretenus au balai. Le paillage, lui, aide à conserver l’humidité des jardins et à réduire l’arrosage. La récupération de l’eau de pluie dans des réservoirs adaptés constitue aussi une solution pour les usages extérieurs, lorsqu’elle est disponible. Certaines eaux domestiques peu souillées peuvent enfin être réutilisées avec précaution, notamment pour les plantes ornementales, à condition qu’elles ne présentent aucun risque sanitaire.

À l’intérieur des habitations, quelques changements d’habitudes peuvent faire la différence : réparer rapidement les fuites, écourter les douches, fermer les robinets laissés inutilement ouverts et ne lancer les machines à laver que lorsqu’elles sont pleines. L’eau potable doit, elle, rester réservée à la consommation, à la préparation des repas et aux usages qui exigent des garanties sanitaires.

Parallèlement, le gouvernement a annoncé plusieurs mesures d’urgence. Neuf forages devraient fournir environ 30 000 m³ d’eau supplémentaires d’ici à la fin d’octobre. Des prélèvements dans les rivières Pétrin et Papayes doivent par ailleurs contribuer à alimenter la station de La Marie. La capacité de la conduite reliant Mare-Longue à cette station devrait être doublée, passant de 15 000 à 30 000 m³ par jour. Quinze unités de filtration supplémentaires sont prévues d’ici à la fin de novembre. Enfin, la distribution par camions-citernes doit être renforcée dans les régions les plus touchées, et des aides à l’acquisition de réservoirs domestiques ont été annoncées.

Ces interventions ne répondent toutefois qu’à l’urgence. La modernisation du réseau, la réduction des fuites et la diversification des sources d’approvisionnement demeurent essentielles pour éviter que Maurice ne revive régulièrement de telles situations. En attendant, la responsabilité reste collective.

Publicité