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Jeunesse en première ligne
Les ressorts d’une colère qui déborde
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Jeunesse en première ligne
Les ressorts d’une colère qui déborde
■ Ste-Croix, lundi soir.
Des troubles à l’ordre public de ces derniers jours, l’on retient les pneus incendiés, les projectiles lancés contre la police, les routes bloquées et… des jeunes en première ligne des débordements. Nous avons tenté de comprendre le pourquoi du comment de leur escalade de violence.
Des flammes dans la nuit, des postes de police pris pour cible et des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. À Sainte-Croix, Abercrombie, Camp-Levieux et dans d’autres localités, les violences ont bouleversé le quotidien des habitants lundi 12 et mardi 13 octobre.
Le point de départ de cette flambée de colère est Camp-Levieux, le vendredi 9 octobre, lorsque Élodie Thomas, 27 ans, a été blessée par balle lors d’une intervention policière. L’émotion suscitée par ce drame s’est rapidement muée en soulèvement populaire. Cette indignation cache une autre réalité : un mécontentement nourri de frustrations accumulées.
Comment une revendication de justice peut-elle se transformer en de tels débordements ? Et pourquoi autant de jeunes dans l’engrenage ? L’activiste Bruneau Laurette donne un aperçu de ce problème de terrain.
La rue, un terrain d’expression
Entre 15 et 23 ans, la recherche de reconnaissance, l’influence du groupe et le besoin d’affirmer son identité peuvent peser lourd. Dans certains quartiers, ces ressorts se conjuguent avec le décrochage scolaire, les difficultés familiales et l’absence de perspectives professionnelles.
Pour un jeune qui a le sentiment de ne pas compter dans la société, la rue peut devenir un espace où il existe enfin aux yeux des autres. «Défier la police, lancer un projectile ou participer à un incendie peut procurer, pendant quelques instants, une impression de puissance. Les images diffusées en ligne renforcent parfois cette logique : l’acte violent devient une démonstration, un moyen d’attirer l’attention et de gagner la reconnaissance de ses pairs», analyse Bruneau Laurette.
Cela ne signifie pas que les jeunes des quartiers populaires sont particulièrement enclins à la violence. L’enjeu consiste plutôt à comprendre pourquoi une minorité bascule, et comment certains comportements finissent par entraîner d’autres jeunes dans l’engrenage.
Payés pour casser ?
Des allégations évoquent des sommes de Rs 2 000 à Rs 3 000 qui auraient été proposées à certains jeunes pour participer aux débordements. D’autres montants, plus importants, sont également mentionnés pour des rôles particuliers. La véracité de ces affirmations reste encore à prouver.
Si de telles pratiques étaient établies, elles démontreraient que certains agissent spontanément sous l’effet de la colère, tandis que d’autres seraient recrutés pour mener des actions organisées.
Une instrumentalisation ne peut être écartée par principe, mais elle ne saurait non plus être affirmée sans preuve. Aux enquêteurs de déterminer si des personnes ont encouragé, financé ou coordonné certains actes. La vulnérabilité économique de jeunes ne doit pas servir à les désigner collectivement comme des exécutants, pas plus qu’elle ne doit masquer d’éventuelles responsabilités derrière les violences.
Dans ce climat tendu, l’activiste Bruneau Laurette a proposé son aide aux autorités afin de contribuer au retour au calme. Son approche repose sur le dialogue avec les habitants et sur une meilleure coordination avec les forces de l’ordre.
La méthode Laurette
Il explique avoir sollicité le Bureau du Premier ministre pour que cette démarche mise en œuvre à Sainte-Croix et à Abercrombie puisse être envisagée dans d’autres secteurs. Il évoque notamment le positionnement des véhicules blindés et la nécessité de permettre aux policiers d’approcher les rues secondaires afin de dialoguer avec les habitants et de tenter de raisonner les jeunes.
Cette approche part d’un constat: le maintien de l’ordre ne dépend pas uniquement des moyens déployés. La connaissance du terrain, la présence d’interlocuteurs reconnus et la capacité à désamorcer une confrontation peuvent également jouer un rôle.
La méthode reste néanmoins délicate. Une intervention visible peut rassurer certains habitants, et être vécue comme une provocation par d’autres. Chaque quartier a ses propres équilibres. Une stratégie efficace dans une localité n’est pas forcément reproductible ailleurs.
L’accumulation de frustrations ne justifie pas les violences. Elle permet toutefois de comprendre pourquoi un événement peut déclencher une colère plus large. Lorsque les frustrations s’additionnent, les réseaux sociaux accélèrent la circulation des images, amplifient les émotions et peuvent favoriser les phénomènes d’imitation.
La réponse ne peut se limiter aux arrestations. Lorsque des infractions sont établies, leurs auteurs doivent répondre de leurs actes dans le respect des procédures judiciaires. Mais la prévention exige aussi de s’intéresser aux jeunes déscolarisés, à ceux qui restent éloignés de l’emploi et à ceux qui cherchent dans la rue une forme de reconnaissance qu’ils ne trouvent pas ailleurs. Les autorités doivent, en parallèle, répondre aux préoccupations concrètes de la population et garantir une enquête crédible sur les événements qui ont déclenché l’indignation.
Au fond, la crise pose une double exigence : restaurer la sécurité et reconstruire la confiance. Les jeunes qui participent aux violences ne peuvent être réduits à leur âge ou à leur quartier. Pas davantage que les soupçons de manipulation ne peuvent tenir lieu de preuves.
Derrière les flammes de la nuit, une question demeure : comment empêcher que la frustration sociale ne devienne un instrument de désordre, et offrir à cette jeunesse d’autres moyens de se faire entendre que la confrontation ?
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Questions à… Kevin Ramkaloan, «Chief executive officer» (CEO) de Business Mauritius «Nous sommes confiants quant à un retour rapide à la norm

Avec les consignes transmises aux entreprises ces derniers jours, quelles difficultés vous ont-elles signalées sur le terrain, s’il y en a eu ?
Depuis mardi, nous avons constaté une mobilisation coordonnée et une bonne réactivité de la part des entreprises. Les secteurs dont les activités se prêtent au télétravail ont pu rapidement adapter leur organisation. Pour les entreprises ayant maintenu une présence sur site, les recommandations ont été suivies au fil de l’évolution de la situation, notamment pour permettre aux salariés de regagner leur domicile en sécurité.
Comment les entreprises ont-elles été affectées ? Quel constat Business Mauritius faitil des pertes d’activité économique ?
Quelques commerces ont été la cible d’actes de vandalisme, des véhicules ont été endommagés et des dégâts matériels ont été signalés sur certains sites. Les premiers retours dont nous disposons indiquent néanmoins que les dommages et les pertes restent globalement maîtrisables.
Comment voyez-vous la reprise dans les jours à venir ?
Avec les mesures prises par les autorités pour rétablir et maintenir l’ordre, nous sommes confiants quant à un retour rapide à la normale. Nos entreprises membres font globalement état d’une activité normale. Nous sommes également confiants dans la capacité de celles qui connaissent encore des perturbations à reprendre leurs activités habituelles, afin que les Mauriciens puissent retrouver leur quotidien dans un climat de sérénité et de confiance.
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«L’express» au rendez-vous malgré les troubles
Malgré les perturbations de ces derniers jours, l’express continue d’arriver chez ses lecteurs. Le journal fait partie des rares titres à avoir été distribués, grâce à son propre service. Dans la nuit du 13 au 14 octobre, 95 % des points de vente ont été livrés. La plupart des autres l’ont été tôt dans la matinée, à l’exception de quelquesuns qui avaient été incendiés ou n’avaient pas ouvert. Au total, 99 % des points de vente ont reçu le journal. Pour le directeur des publications, Nad Sivaramen, un bon journal, c’est aussi un journal bien distribué, qui parvient à ses lecteurs même en temps de crise. Le CEO du groupe La Sentinelle, Areff Salauroo, rappelle que la presse est considérée comme un service essentiel. Le groupe a ainsi obtenu la confirmation qu’il pouvait fonctionner pendant le couvre-feu et distribuer l’express et Business Magazine à temps. Il y voit une responsabilité, celle de donner à la population des informations vérifiées, à un moment où les fausses nouvelles font beaucoup de dégâts. «C’est là que la vraie valeur de la presse écrite se montre», souligne-t-il. Toute la couverture du groupe, ajoute-t-il, est pensée pour contribuer au calme dans le pays. Solidarité et unité nationales restent les mots d’ordre de l’entreprise.
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