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Dans les champs de Petite-Retraite
Des vies façonnées par la canne
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Dans les champs de Petite-Retraite
Des vies façonnées par la canne
À Petite-Retraite, la journée des coupeurs de canne commence bien avant que le soleil ne soit haut dans le ciel. Pour certains, ce rendez-vous dure depuis plusieurs décennies. Un métier appris parfois dès l’enfance, porté par la nécessité, le courage et la volonté de faire vivre sa famille. Quelques coupeurs de canne racontent leur histoire.
À cinq ans déjà, Gheerjanand Ghunowa observait son père partant travailler dans les champs de canne à bord d’une charrette tirée par des bœufs. De temps en temps, le petit garçon le rejoignait pour lui apporter à manger et à boire, avant d’y travailler six ans plus tard, à seulement 11 ans. «Mo ti pe donn li kann ek li ti pe ranpli saret», se souvient-il aujourd’hui à 71 ans. Les journées commençaient parfois à 4 ou 5 heures et ne se terminaient qu’à 19 heures. Il fallait couper la canne et charger la charrette, mais aussi s’occuper des animaux, notamment des vaches et des chèvres.
■ Gheerjanand Ghunowa.
Avec le temps, Gheerjanand a appris la patience et la valeur de l’effort. Même le football, qu’il aimait beaucoup lorsqu’il était jeune, a fini par laisser davantage de place au travail. Il se souvient toutefois avec le sourire avoir été trois fois champion. En 1980, il a acheté son premier camion et en possède six aujourd’hui ainsi qu’un bus et ses propres champs de canne et il emploie 13 travailleurs. Il a pu élever ses deux enfants, désormais adultes et mariés, grâce à ce travail.
⚫ Des histoires derrière chaque rangée
À quelques mètres de là, Bhailal Ramgoolam, 67 ans, a commencé à travailler dans les champs à l’âge de dix ans. Soixante ans plus tard, les premières heures de la matinée restent les siennes. «Mo travay depi katrer gramatin», voire à 1 heure certains jours. «Si mo pa vinn travay, mo pa senti mwa bien.» Il constate qu’il n’y beaucoup plus de personnes disponibles pour travailler dans les champs.
■ Bhailal Ramgoolam.
Babita Ramburrun, 55 ans, travaille dans les champs depuis près de 30 ans. Mais c’est surtout une période particulièrement difficile de sa vie qui l’a poussée à redoubler d’efforts. Lorsque son mari est décédé, l’un de ses enfants avait un an et l’autre était encore bébé. «Mo ti dir non, mo bizin fer tou pou mo bann zanfan.» Grâce à son travail, elle les a élevés, a veillé à leur éducation et les a finalement vus se marier. Babita tient à transmettre un message aux jeunes : «Pena laont. Nou pe fer enn travay bien onet.» Elle encourage les jeunes à apprendre auprès de leurs aînés, notamment ceux qui possèdent des champs et connaissent le travail de la terre.
■ Babita Ramburrun.
À 62 ans, Dimala Jantee travaille dans les champs depuis environ 40 ans. À force de se lever vers 4 heures, elle le fait toujours même lorsqu’elle ne travaille pas. Elle évoque l’importance d’avoir un propriétaire qui comprend la réalité de ceux qui travaillent dans les champs. Pour elle, les outils de travail représentent aussi une forme de courage : ils sont les compagnons indispensables de celui qui travaille la terre au quotidien.
■ Dimala Jantee.
À Petite-Retraite, les champs de canne racontent donc bien plus qu’une récolte. Ils racontent des enfances passées aux côtés d’un père, des journées commencées avant l’aube, des familles élevées grâce au travail de la terre et des sacrifices parfois silencieux. Gheerjanand a vu le monde de la canne passer des charrettes à bœuf aux machines. Bhailal continue de venir travailler parce que le travail fait désormais partie de lui. Babita a trouvé dans les champs la force d’élever ses enfants après la disparition de son mari. Et Dimala, après 40 ans, se réveille encore naturellement à 4 heures.
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