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AGOA

Deux ans pour agir

5 septembre 2026, 09:30

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Il faut saluer le vote. Il faut aussi se méfier du soulagement qu’il provoque. La Chambre des représentants américaine a voté mardi, par 370 voix contre 48, la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028. Après le Sénat, le texte doit encore être promulgué par nul autre que le président Donald Trump. Pour Maurice, très dépendante de l’accès préférentiel au marché américain pour son industrie textile et de l’habillement, c’est une bouffée d’oxygène.

Mais ce n’est pas une stratégie industrielle. C’est du temps acheté. Et c’est précisément ainsi qu’il faut considérer ces deux années supplémentaires : non comme une permission de continuer comme avant, mais comme un délai pour changer de modèle. Notre compatriote Jean Raymond Boulle résume bien l’enjeu : «The extension of AGOA is good news for Mauritius, Africa and the U.S.» Elle élimine une part de l’incertitude et protège, pour deux ans, un accès précieux au plus grand marché de consommation du monde. Mais, ajoute-t-il, il faut désormais moderniser cet accord vieux de 25 ans pour parvenir à un dispositif permanent garantissant l’accès en franchise aux produits africains.

Voilà le vrai sujet. Pendant trop longtemps, Maurice a traité l’AGOA comme un acquis. Or, les événements récents à Washington ont démontré l’inverse : les préférences commerciales ne sont jamais éternelles lorsqu’elles dépendent d’une décision politique étrangère. L’AGOA elle-même a déjà été prolongée, interrompue, puis rétablie. La nouvelle politique tarifaire américaine a rappelé à tous les exportateurs qu’en matière de commerce international, la prévisibilité est devenue une denrée rare.

Les deux années qui viennent doivent donc être celles de l’offensive. Offensive diplomatique d’abord. Maurice doit travailler avec ses partenaires africains et avec le Corporate Council on Africa pour transformer cette prolongation en négociation sur l’avenir de l’accord, plutôt qu’en nouvelle échéance à repousser.

Offensive commerciale ensuite. L’avantage tarifaire dont bénéficient les produits mauriciens peut devenir un formidable argument de conquête. Si des concurrents asiatiques supportent désormais des droits supplémentaires, pourquoi ne pas aller chercher leurs clients américains ? Il ne suffit plus de défendre nos exportations existantes. Il faut aller chercher de nouvelles commandes.

Offensive industrielle enfin. Le textile mauricien ne gagnera jamais une guerre des coûts contre le Bangladesh ou le Vietnam. Il peut en revanche gagner la bataille de la qualité, de la flexibilité, de la traçabilité, de la durabilité et des petites séries à forte valeur ajoutée.

Et il faut investir. Attirer des entreprises qui veulent réellement produire à Maurice, créer de la valeur et employer ici – pas des opérateurs qui chercheraient simplement à contourner les tarifs américains par du transbordement.

Le hasard du calendrier est presque providentiel. Le 18ᵉ U.S.-Africa Business Summit, prévu à Maurice du 6 au 9 décembre, arrive au meilleur moment. Il ne doit pas être un sommet de cocktails, discours et photos de famille. Il doit devenir une place de marché : des investisseurs, des marques américaines, des industriels africains et mauriciens autour de projets concrets.

L’AGOA nous donne deux ans. À nous de faire en sorte qu’en 2028, nous n’ayons plus besoin de demander deux années de plus.

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