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Le malaise des devises

4 septembre 2026, 15:00

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Une question parlementaire, mardi, sur la disponibilité des dollars américains aurait dû appeler une réponse simple : combien de devises sont-elles disponibles, quelle est la demande et pourquoi les entreprises éprouvent-elles des difficultés à s’en procurer ? La réponse du Premier ministre est plus parlante. Elle révèle un paradoxe : jamais le marché des changes mauricien n’a brassé autant de devises, et pourtant il demeure «tendu». C’est précisément là que se trouve le problème.

Selon la Banque de Maurice, les achats de devises par les banques et les cambistes ont atteint un record de 7,4 milliards de dollars en 2025, tandis que les ventes s’établissaient à 7,8 milliards. Entre janvier et le 26 août 2026, les achats ont atteint 5,16 milliards de dollars et les ventes 5,06 milliards. Ces chiffres ne décrivent pas une économie privée de dollars. Ils racontent plutôt une économie où la liquidité, le calendrier des transactions et la confiance comptent autant que l’offre globale.

Le vécu des entreprises raconte une autre histoire. Des importateurs expliquent ne recevoir parfois qu’une fraction des devises demandées, avec des délais pouvant atteindre plusieurs semaines. Des industriels peinent à acheter leurs matières premières. Des transitaires rencontrent des difficultés à régler leurs partenaires à l’étranger, au risque de retarder la livraison de conteneurs. Des distributeurs redoutent que des retards répétés dans le règlement de leurs fournisseurs ne finissent par compromettre les lignes de crédit dont ils bénéficient.

Le gouvernement avance plusieurs explications. Certaines entreprises pourraient conserver leurs devises au lieu de les remettre sur le marché. Surtout, l’économie souffrirait d’un déséquilibre structurel : les importations ont progressé plus rapidement que les recettes en devises.

Les deux phénomènes peuvent coexister. Mais ils ne doivent pas masquer la question essentielle : pourquoi Maurice ne produit-il pas suffisamment de devises par rapport à ce qu’elle dépense à l’extérieur ?

Plusieurs mesures ont été prises : relèvement du taux directeur, réglementation accrue des opérations de change, interventions de la Banque de Maurice et dispositifs destinés à ramener davantage de devises sur le marché domestique. La Banque centrale a vendu 224 millions de dollars en 2025 et déjà 65 millions depuis le début de 2026. Elle a également corrigé certaines distorsions de marché qui encourageaient les banques à proposer à leurs clients d’autres devises plutôt que le dollar. Ces mesures peuvent être utiles. Elles ne sauraient toutefois remplacer une politique économique capable de produire davantage de richesses exportables. La distinction est fondamentale. Une banque centrale peut fournir de la liquidité. Elle ne peut pas créer de compétitivité.

La même prudence s’impose lorsqu’on regarde le taux de change. La roupie s’est légèrement reprise en juillet, le dollar s’échangeant en moyenne à Rs 47,90 contre Rs 48,30 en juin. Mais cette amélioration mensuelle ne doit pas masquer la tendance de fond : depuis le début de l’année, la monnaie mauricienne s’est encore dépréciée face au dollar. Et une monnaie faible n’est jamais neutre. Elle rend certes les services touristiques plus compétitifs pour les visiteurs étrangers, mais renchérit simultanément le carburant, les aliments, les machines, les médicaments et les matières premières importées.

C’est ici que le débat sur les devises devient un débat sur le modèle économique. Depuis deux décennies, Maurice s’est progressivement éloignée d’une économie fondée sur la production pour se rapprocher d’une économie davantage tirée par les activités de rente : tourisme, immobilier, services financiers. La contribution du manufacturier au PIB est passée d’environ 18 % en 2000 à 13 % en 2024, tandis que les activités rentières sont passées d’environ 17,5 % à 27 %.

Ce déplacement n’est pas sans conséquences. Le tourisme permet d’obtenir des devises sans que l’ensemble de l’économie ait nécessairement à accroître sa productivité. Une roupie faible peut même améliorer mécaniquement la compétitivitéprix des hôtels. Mais il serait dangereux de confondre cet avantage de change avec un gain durable de compétitivité.

Une monnai e qui se déprécie continuellement n’est pas une politique industrielle. C’est, en partie, une taxe sur les consommateurs. Et cette taxe ne frappe pas tout le monde de la même manière. Les ménages la paient à travers l’inflation importée. Les entreprises la supportent sous la forme d’intrants plus chers, de besoins accrus en fonds de roulement et d’une incertitude sur leurs approvisionnements. L’État, lui, intervient pour amortir les conséquences sociales de cette perte de pouvoir d’achat.

Le véritable enjeu est donc moins de savoir si la Banque de Maurice dispose encore de suffisamment de réserves pour intervenir que de déterminer qui paie le prix du déséquilibre extérieur mauricien. Le gouvernement veut attirer davantage de devises grâce à l’immobilier, au tourisme et à la fiscalité, tout en promettant un modèle «tourné vers l’investissement et la production», davantage d’exportations, une plus grande sécurité alimentaire et le développement des énergies renouvelables. L’objectif est juste. Mais il ne pourra être atteint par des mécanismes de captation des devises seulement. Il suppose une transformation de la capacité productive du pays.

Les chiffres du commerce extérieur finissent toujours par rattraper les discours. Lorsque les importations progressent plus vite que les exportations, lorsque le déficit extérieur se creuse et que la production locale perd du terrain, la pression finit nécessairement par apparaître quelque part : sur la monnaie, les prix, les réserves ou les trois à la fois.

La question posée au Parlement portait donc sur le dollar. Elle aurait dû porter sur quelque chose de plus fondamental : quel type d’économie Maurice veut-elle encore être ? Une banque centrale peut intervenir sur un marché des changes. Elle peut vendre des dollars, ajuster les taux, corriger les distorsions et surveiller les banques. Elle ne peut pas, à elle seule, résoudre le déséquilibre d’un modèle économique. On ne peut pas indéfiniment financer par les réserves de change ce que l’économie réelle ne produit pas.

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Letter to the Editor

Foreign exchange: is the shortage really a shortage?

Dear Nad Sivaramen,

Your editorial on Mauritius’ foreign-exchange malaise rightly asks why a market awash with transactions can nevertheless feel “tight”. But there may be another part of the story worth examining: the behaviour of those holding the foreign currency.

Since last July-August, businesses have reportedly found the shortage more acute, even as hotel revenues and bookings remain strong. Some market participants suspect that hotels and other sellers may be holding on to foreign currency, anticipating further rupee depreciation.

If so, this is less a shortage of dollars than a shortage of willingness to sell them.

There are other distortions. Some sellers reportedly offer currencies such as the rand, which can carry a premium when converted into dollars. Others allegedly sell to money changers at premiums, diverting foreign exchange from formal channels. A shortage, meanwhile, reduces competition and creates opportunities for both banks and intermediaries. If these practices are widespread, the Bank of Mauritius needs to demonstrate that its regulatory authority is more than theoretical. Temporary, carefully targeted obligations on major foreign-exchange earners to repatriate and sell a defined proportion of receipts could be considered until conditions normalise.

Yours faithfully, A concerned business operator

Our Reply:-

NdR: The basic reality is that the country earns less foreign exchange than it needs to pay for its imports. That is precisely what “living beyond our means” amounts to! It is reflected in the country’s current account balance, which has been negative for more than 15 years. Solving the problem at its root means generating more foreign exchange. Or importing less…

La Rédaction

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