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Dossier

Ressources halieutiques : Du lagon au large, l’État muscle sa filière pêche

2 septembre 2026, 20:00

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Ressources halieutiques : Du lagon au large, l’État muscle sa filière pêche

La flotte semi-industrielle devrait passer de 45 à 65 bateaux afin d’augmenter la production de poissons. (Photo d'illustration)

Avec une zone économique exclusive (ZEE) de 2,3 millions de km², Maurice dispose d’un vaste espace maritime. Pourtant, une partie de ses ressources halieutiques reste peu exploitée. Le gouvernement veut porter la production de quelque 5 000 à 15 000 tonnes en trois ans. Comment et avec quels moyens ?

La première étape concerne les pêcheurs côtiers. Environ 2 500 sont actuellement enregistrés, alors que les ressources du lagon sont fortement sollicitées. Les autorités veulent donc favoriser les sorties au large, notamment autour des dispositifs d’agrégation de poissons, où les possibilités de capture sont plus importantes.

Quelque Rs 30 millions ont été mobilisées avec l’appui de partenaires internationaux pour accompagner cette transition. La somme doit notamment servir à former les pêcheurs et à renforcer leurs moyens de navigation. Une aide de Rs 50 000 est également prévue pour le remplacement d’un moteur hors-bord défectueux ou irréparable.

Pour les embarcations, le programme Canotte reste le principal dispositif d’aide. Mis en œuvre avec la Development Bank of Mauritius depuis 2015, il permet aux pêcheurs enregistrés d’acquérir des bateaux en fibre de verre de 7 à 12 mètres. L’État finance 50 % du coût du bateau et du moteur, jusqu’à Rs 300 000.

Depuis 2015, environ 250 pêcheurs ont bénéficié de subventions représentant quelque Rs 53 millions. Pour 2026-27, Rs 24 millions sont prévues pour financer environ 80 nouvelles Canottes. Selon les estimations du ministère, ces embarcations pourraient accroître d’environ 10 % la production artisanale, actuellement évaluée à quelque 800 tonnes. Le segment semi-industriel constitue le deuxième axe. La flotte compte 45 bateaux et produit environ 1 400 tonnes de poissons par an. L’objectif est de passer à 65 navires d’ici 2027. Douze sont déjà en construction et huit autres doivent être acquis durant l’exercice 2027-28. Pour 2026-27, Rs 48 millions sont prévues à cette fin.

Avec une prise moyenne estimée à 42 tonnes par bateau et par an, ces huit navires pourraient représenter environ 840 tonnes supplémentaires. Chaque bateau coûte environ Rs 12 millions.

Le gouvernement veut parallèlement réactiver la pêche industrielle sur les bancs, interrompue en 2015. Selon le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, environ six bateaux y opéraient auparavant, et rapportaient quelque 5 000 tonnes de poissons. La relance passerait par l’attraction d’investissements directs étrangers et l’immatriculation de navires à Maurice. Cinq bateaux pourraient produire environ 1 000 tonnes de poissons de fond par an.

Le thon représente une autre ressource. Des navires étrangers débarquent déjà environ 10 000 tonnes dans le port mauricien. Le ministère envisage de développer une flotte nationale de cinq palangriers semi-industriels, avec un potentiel de 1 500 tonnes supplémentaires par an. Des incitations fiscales et réglementaires sont envisagées pour attirer les investisseurs.

Aquaculture, la bulle d’air

Les prises accessoires pourraient également être davantage débarquées à Maurice. Le ministère estime à près de 2 500 tonnes par an le volume correspondant à 5 % des captures effectuées par les navires opérant dans la ZEE. Une révision des règles doit permettre de rapprocher les prix locaux de ceux des marchés internationaux et d’inciter les opérateurs à débarquer leurs prises dans le pays. L’aquaculture doit, de son côté, élargir l’offre disponible. La production marine atteint environ 2 000 tonnes, mais 90 % sont exportées. Le gouvernement souhaite augmenter la part destinée au marché intérieur afin de disposer de davantage de poissons sans accentuer la pression sur les ressources sauvages.

Deux écloseries de grande capacité sont en construction au centre de recherche halieutique d’Albion. L’investissement s’élève à Rs 41 millions. Elles doivent accroître la production de juvéniles pour les activités aquacoles et les programmes de repeuplement.

Les barachois constituent un autre potentiel. Sur les 21 recensés à Maurice, neuf sont confiés au ministère pour des activités piscicoles. Trois ont déjà été attribués à des promoteurs privés pour l’élevage du concombre de mer, des crabes et des huîtres. Les six autres restent disponibles pour de nouveaux projets.

Abagold fait partie des investissements prévus, avec un projet de production d’environ 1 000 tonnes de « red drum », pour un montant annoncé de Rs 300 millions.

De meilleures infrastructures

Cette activité nécessitera aussi des équipements adaptés à la réception et au traitement des captures. Le gouvernement travaille sur le concept d’un nouveau port de pêche et d’un centre intégré de transformation des produits de la mer. Le projet pourrait comprendre un marché aux poissons, des chambres froides, une usine de glace, des unités de transformation, des installations de récupération des déchets, des services logistiques et un terminal d’exportation.

Le développement de la filière s’accompagne enfin de nouvelles exigences en matière de suivi des navires. Le gouvernement a approuvé les Fisheries (Electronic Reporting Systems) (Amendment) Regulations 2026. Elles encadrent notamment l’utilisation des systèmes électroniques servant à transmettre les données de capture et à suivre les navires autorisés. En cas d’anomalie ou de panne, l’équipement devra être réparé ou remplacé dans un délai de 30 jours, dans un port approuvé par le ministère. Le navire ne pourra commencer ou poursuivre une sortie tant que le dispositif n’aura pas été remis en état et vérifié.

Pour une panne survenue en mer, le Fisheries Monitoring Centre devra être informé. Un registre manuel devra être tenu et les données quotidiennes transmises par courriel au ministère jusqu’à la remise en service du système. Le même équipement pourra aussi transmettre les données de déclaration électronique et celles relatives à la position du navire.

Les nouvelles dispositions doivent améliorer la fiabilité des informations recueillies et réduire les risques de manipulation des systèmes de suivi. Elles doivent également contribuer à lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée dans les eaux mauriciennes et dans la région de l’océan Indien. Les dispositions relatives aux sanctions ont été retirées des règlements afin de les aligner sur le Fisheries Act, qui prévoit des peines plus sévères.

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Judex Ramphul, secrétaire du Syndicat des pêcheurs : «Nou lamer pe zere par l’Union Européenne»

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Judex Ramphul affirme que la majorité des poissons importés ne sont pas destinés au marché local. Ainsi, quand on parle de poisson importé, c’est en réalité une grande partie qui est redistribuée et dont la qualité ne répond pas toujours aux attentes du consommateur local. «Nou lamer pe zere par l’Union Européenne. Lalwa lor nou lamer pe fer par Union Européenne», clame Judex Ramphul. Il insiste sur la nécessité d’une prise de conscience autour de l’importance de consommer local.

Concernant l’aquaculture suscite également des interrogations. Alors que le secteur est présenté comme une priorité, Judex Ramphul estime que les actions menées sur le terrain ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées. Il cite notamment plusieurs projets qui, selon lui, n’ont pas abouti ou ont été abandonnés. «Eski ou finn deza manz pwason akuakiltir dan Moris ? Ena plas ban kiltir finn abandonne kouma dan Bambous Virieux ek Grand-Gaube», lance-t-il. Il estime qu’une réflexion de fond est nécessaire afin de déterminer comment relancer durablement la production aquacole et, plus largement, renforcer la place du poisson local sur le marché mauricien. À cet effet, tout le système d’importation et de distribution devrait être repensé, selon lui.

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Pour Kenzy Brunet, le renforcement des institutions est tout aussi important

«Si nous ne prenons pas les mesures nécessaires, nous risquons de ne plus avoir suffisamment de pêcheurs locaux d’ici cinq ans», s’alarme Kenzy Brunet, «Chief Operating Officer» de la Mauritius Fishermen Cooperative Federation Ltd. Il est urgent de mettre en place des mesures incitatives pour la relève de ce métier. La formation est également fondamentale. Tout comme le renforcement des institutions qui accompagnent les pêcheurs. Selon Kenzy Brunet, la fédération pourrait être un véritable partenaire du ministère et contribuer à la mise en œuvre d’une stratégie à long terme. L’augmentation de la production locale passe également par le développement des infrastructures et de la flotte. Le gouvernement pourrait encourager la création d’une base semi-industrielle et favoriser l’accroissement du nombre de bateaux, repenser les infrastructures portuaires et les éventuels défis logistiques. Kenzy Brunet rappelle également le potentiel de la pêche à la palangre. Ce secteur a malheureusement décliné ces dernières années pour diverses raisons. Pourtant, plusieurs pays se montrent intéressés à collaborer avec Maurice afin de relancer et développer cette technique de pêche.

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