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Bachoo à Jeetoo : le médecin «observateur» a finalement opéré

2 septembre 2026, 09:00

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Bachoo à Jeetoo : le médecin «observateur» a finalement opéré

La première Private Notice Question (PNQ) de Chetan Baboolall en tant que leader de l’opposition a été particulièrement courte. Environ 17 minutes, alors que 30 minutes sont normalement allouées à cet exercice. Une brièveté qui n’a pas échappé à certains membres de la majorité, qui ont lancé des commentaires depuis leurs bancs, qualifiant notamment la PNQ de «fizet».

Malgré les piques adressées au nouveau leader de l’opposition, un élément important est toutefois ressorti des échanges : la version donnée au Parlement par le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, sur le rôle du Dr Pravish Rai Sookha lors de l’intervention chirurgicale d’Anil Bachoo diffère de celle présentée publiquement par le ministre de la Santé.

Dans une publication sur Facebook datée du 23 août, Anil Bachoo avait tenu à préciser les circonstances de la présence de son médecin privé à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Il expliquait être suivi depuis une dizaine d’années par ce médecin, qui l’avait déjà opéré par le passé. Selon le ministre, compte tenu de sa connaissance de ses antécédents médicaux, le médecin de l’hôpital l’avait invité à assister à l’intervention «à titre d’observateur» afin d’assurer la continuité de son suivi.

Anil Bachoo avait surtout insisté sur un point : «L’intervention chirurgicale a été réalisée par le chirurgien de l’hôpital public», tandis que son médecin traitant avait été présent «uniquement à titre d’observateur». Or, interrogé hier par Chetan Baboolall pour savoir si le Dr Sookha avait pratiqué l’intervention et ne s’était donc pas contenté du rôle d’observateur évoqué par le ministre, Navin Ramgoolam a livré une autre version.

Selon le PM, le Dr Sookha devait initialement être présent comme observateur. Mais la situation aurait évolué au moment de l’intervention. Navin Ramgoolam a expliqué que le médecin est spécialisé dans la chirurgie dite «keyhole», soit une technique moins invasive. Il aurait alors été décidé qu’il était préférable de procéder de cette manière plutôt que de pratiquer une opération nécessitant une incision beaucoup plus importante.

Chetan Baboolall a immédiatement rebondi, estimant qu’il était dès lors clair que le ministre de la Santé avait induit le public en erreur lorsqu’il avait affirmé que son médecin privé avait été «uniquement» observateur. Navin Ramgoolam n’a pas véritablement contesté cette lecture. Il a plutôt choisi l’humour : «I believe he was under anaesthesia. He probably didn’t know what happened», a-t-il lancé à propos d’Anil Bachoo.

«There is no protocol»

Cette révélation a donné une autre dimension à la première PNQ de Chetan Baboolall, qui portait précisément sur la présence du Dr Sookha lors de l’intervention subie par Anil Bachoo à l’hôpital Jeetoo, ainsi que sur les conditions permettant à des médecins privés d’intervenir dans les établissements publics. Dans sa réponse principale, Navin Ramgoolam a expliqué que la législation mauricienne n’interdit pas à un médecin privé d’être présent lors d’une intervention chirurgicale dans un hôpital public. Elle ne lui confère toutefois pas non plus un droit automatique d’accès.

Selon le chef du gouvernement, ces demandes sont examinées selon les procédures cliniques et administratives du ministère, avec l’accord du chirurgien de l’hôpital responsable de l’intervention et, surtout, le consentement du patient. Dans le cas d’Anil Bachoo, le PM a indiqué que l’implication conjointe du Dr Mohammad Raza Aboobakar et du Dr Pravish Rai Sookha avait été jugée souhaitable en raison de l’expertise particulière de ce dernier en chirurgie non invasive.

Mais lorsqu’il a été pressé par le leader de l’opposition de déposer le protocole permettant à n’importe quel Mauricien de demander la présence de son médecin privé dans un hôpital public, Navin Ramgoolam a reconnu que «There is no protocol», ajoutant que ce type de démarche se fait très souvent oralement. Le PM a toutefois estimé que la question soulevée par la PNQ pourrait justement conduire les autorités à examiner la nécessité d’établir un protocole. Il a également invoqué les situations d’urgence, faisant valoir qu’une multiplication des étapes administratives pourrait parfois retarder une intervention au détriment du patient.

«Le patient doit passer avant tout»

À deux reprises, Chetan Baboolall a voulu savoir si cette possibilité était effectivement accessible à un Mauricien lambda souhaitant être accompagné ou traité par son médecin privé dans un établissement public. Navin Ramgoolam a répondu que le principe devait être le même pour tous. Selon lui, la santé du patient doit passer avant toute autre considération. S’il existe un besoin médical justifiant l’intervention d’un médecin extérieur dans le cas d’un patient hospitalisé dans le public, les mêmes règles devraient donc s’appliquer.

Le PM a aussi souligné que le recours à des praticiens privés ou étrangers dans les hôpitaux publics n’avait rien de nouveau. Il a indiqué que des médecins privés de Maurice et de l’étranger ont, au fil des années et avec les autorisations nécessaires, été admis dans les établissements publics comme observateurs, pour donner des avis spécialisés, assister les équipes hospitalières ou encore effectuer certaines interventions spécialisées.

Pas de «Board of Inquiry»

Chetan Baboolall a également évoqué les préoccupations qui auraient été exprimées par le président de la Government Medical and Dental Officers Association concernant la présence de médecins privés dans les blocs opératoires publics. Navin Ramgoolam a répondu ne pas être au courant de ces préoccupations. Il a néanmoins défendu le prin- cipe du recours à des spécialistes extérieurs lorsque leur expertise est nécessaire, estimant que Maurice ne possède pas toutes les compétences médicales spécialisées.

Sur le volet politique de la PNQ, le PM a fermé la porte aux deux demandes du leader de l’opposition. Chetan Baboolall voulait savoir si un Board of Inquiry serait institué pour cette affaire et si Anil Bachoo serait appelé à se retirer de ses fonctions en attendant la fin d’une telle enquête. Pour Navin Ramgoolam, les faits présentés ne justifient pas un Board of Inquiry. Par conséquent, a-t-il soutenu, la question d’un retrait du ministre de la Santé ne se pose pas.

Plus de 1 300 opérations par des équipes étrangères

Pour illustrer cette pratique, Navin Ramgoolam a indiqué qu’au cours des 18 derniers mois, quelque 100 praticiens privés étrangers, répartis dans environ 60 équipes spécialisées, ont effectué plus de 2 500 consultations et 1 300 interventions complexes dans les hôpitaux publics. Il a aussi cité une équipe indienne qui doit réaliser plus de 2 000 opérations de la cataracte en deux mois, ainsi que plusieurs spécialistes mauriciens et étrangers intervenant dans le public.

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