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Séminaire «Climate Variability»
Le statut préférentiel du thon mauricien fragilisé par la concurrence
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Séminaire «Climate Variability»
Le statut préférentiel du thon mauricien fragilisé par la concurrence
Le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, lors du séminaire «Climate Variability in the South-West Indian Ocean», le jeudi 27 août à l’IFM, à Rose-Hill.
Maurice bénéficie d’un accès préférentiel au marché européen pour ses exportations de thon, en franchise de droits et de quotas, un avantage commercial que le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, juge de plus en plus fragile face à la concurrence d’autres pays exportateurs bénéficiant, eux, de meilleurs avantages comparatifs et compétitifs. Il avertit : «The game is over», quels que soient les arrangements de traitement spécial et différencié discutés à l’Organisation mondiale du commerce. C’est dans ce contexte que s’est ouvert, le jeudi 27 août à l’Institut français de Maurice (IFM), à Rose-Hill, le séminaire Climate Variability in the South-West Indian Ocean, organisé par le Mauritius Oceanography Institute (MOI) en collaboration avec l’IFM.
Le timing de la rencontre n’aurait pu être plus parlant. La veille, un glissement de terrain d’origine glaciaire avait déclenché des inondations dévastatrices à la frontière entre le Népal et le Tibet, faisant plus de 600 morts et près de 3 000 disparus, dont de nombreux pèlerins en route vers le mont Kailash. Un événement que le ministre Boolell a cité en ouverture de son intervention comme la preuve que l’imprévisibilité climatique n’est plus une hypothèse d’école : «On ne peut prendre les choses pour acquises», appelant à se préparer «au pire tout en espérant le meilleur».
Devant un parterre mêlant étudiants, pêcheurs, chercheurs et représentants du secteur privé, le ministre a resitué Maurice dans le paysage océanique mondial : le pays figure parmi les principales puissances maritimes d’Afrique, avec une zone économique exclusive de 2,3 millions de km², soit environ 1 100 fois sa superficie terrestre. Un statut qui, selon lui, s’accompagne d’obligations autant que de promesses, à l’heure où le concept de blue economy s’impose comme un pilier économique à part entière.
Le ministre est également revenu sur le tsunami de 2004, qui avait fait plus de 250 000 morts dans l’océan Indien et touché les côtes mauriciennes environ sept heures après le séisme au large de Sumatra. Il a par ailleurs rappelé la conférence des Nations unies sur l’océan (UNOC3), tenue à Nice en 2025 et qui avait réuni quelque 175 États autour des enjeux de protection des océans, ainsi qu’un don japonais remontant à 2013 : lors de la Tokyo International Conference on African Development à Yokohama, le premier ministre de l’époque, Navin Ramgoolam, avait obtenu du Japon un radar météorologique sophistiqué, assorti d’une assistance technique.
Le junior minister à l’Agroindustrie, Fabrice David, a ouvert la journée sur un registre similaire, reliant les enjeux scientifiques à leurs répercussions bien concrètes. «On réalise aujourd’hui que ce phénomène d’effet papillon a dépassé le simple sens de la métaphore», expliquant comment un changement de température à la surface du Pacifique peut provoquer des feux de forêt en Australie tout en modifiant, à des milliers de kilomètres de là, la migration des thons dans l’océan Indien. Il a ajouté : «Quand le thon change d’adresse, l’économie mauricienne prend un sacré coup.»
Sur le terrain des solutions, Arvin Boolell a évoqué le recours croissant à l’intelligence artificielle, à la surveillance par drones et au monitoring de précision, ainsi qu’à l’agriculture de précision, dans un contexte où Maurice aurait déjà perdu une partie de ses terres agricoles primaires. Il a également annoncé une collaboration entre le MOI et les services météorologiques mauriciens, ainsi qu’une coopération de recherche régionale avec la France et La Réunion.
Reste que les discours d’ouverture ne pèseront pas lourd face aux prochains mois. Le séminaire a réuni dans la journée plusieurs experts mauriciens et français, chargés de décrypter les mécanismes de l’ENSO (El Niño Southern Oscillation) et du Dipôle de l’océan Indien, deux phénomènes distincts du changement climatique, mais dont les effets, eux, se cumulent déjà sur la pêche, l’agriculture et le littoral. Pour un pays, dont l’économie tient en partie à la régularité des bancs de thon, la variabilité climatique n’est plus un sujet de laboratoire : c’est une ligne budgétaire.
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