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«Passing Out Parade»

Sous les uniformes neufs, Navin Ramgoolam dessine les contours d’une nouvelle police

30 août 2026, 09:00

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À Vacoas, hier, le silence des rangs a été rompu par le rythme des pas et des ordres lancés au cordeau. Au Gymkhana Sports Complex, des centaines de jeunes policiers ont vécu l’un de ces moments où une formation prend fin et où une responsabilité commence réellement. La Passing Out Parade n’était pas qu’une cérémonie de remise de diplômes en uniforme. Dans le discours du Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, il a surtout été question de ce que ces nouveaux policiers devront désormais affronter : la criminalité organisée, la drogue, les enquêtes complexes, mais aussi le regard d’une population qui attend de sa police qu’elle soit efficace et intègre.

La cérémonie a obéi au protocole : arrivée des personnalités, inspection du contingent, présentation des recrues, mouvements de parade, salut aux autorités et remise des distinctions. Dans les tribunes, les familles ont suivi chaque mouvement avec attention. Pour elles, le défilé racontait surtout une fierté familiale ; pour la force policière, il marquait l’arrivée d’une nouvelle génération.

Mais c’est surtout le message aux recrues qui a donné son relief à la cérémonie. Le PM leur a rappelé que l’uniforme n’est pas une fin en soi, mais une obligation envers la société. Le policier doit être capable d’intervenir, d’enquêter et de prendre des décisions dans des situations où la pression est souvent immédiate, tout en comprenant que son comportement peut renforcer ou éroder, en quelques minutes, la confiance du public envers toute une institution.

Navin Ramgoolam a insisté sur la nécessité d’une police professionnelle, disciplinée et intègre, capable d’exercer son autorité dans les limites de la loi. Son discours a ensuite pris une tournure plus opérationnelle. Le gouvernement entend réorganiser la lutte contre la criminalité grave, avec l’introduction prochaine d’un projet de loi sur la création d’une National Crime Agency (NCA) : une structure spécialisée pour s’attaquer à la criminalité organisée, la fraude et le blanchiment d’argent, en allant au-delà des seuls exécutants.

L’idée, selon le PM, est de ne plus regarder uniquement celui qui transporte ou revend la drogue, mais de remonter la chaîne, d’identifier ceux qui commandent, financent et tirent profit du système, via le renseignement et le suivi financier. Il a évoqué le recours possible à un ancien haut responsable de Scotland Yard pour accompagner la mise en place de la future agence et former les enquêteurs.

Sur l’affaire Kistnen, face à ceux qui pensent pouvoir effacer une trace en faisant disparaître une preuve, Navin Ramgoolam a livré une formule sans détour : «Lorsque vous détruisez une preuve, il reste malgré tout une preuve de sa destruction.» Une disparition n’est pas nécessairement un vide : celui qui tente d’effacer un élément laisse lui-même des traces qui peuvent fournir aux enquêteurs un nouvel axe de recherche.

Il a insisté sur la détermination des autorités à résoudre les affaires de meurtre : «Nous ferons tout notre possible pour résoudre les meurtres.» Ce n’est pas uniquement une question de moyens, mais aussi de persévérance : une scène de crime, une disparition d’élément ou une trace apparemment insignifiante peuvent devenir déterminantes lorsque les enquêteurs disposent du temps et de la volonté nécessaires pour les relier.

Le PM a par ailleurs martelé que «personne n’est au-dessus de la loi» : une exigence autant pour les citoyens que pour les détenteurs d’autorité. Car la protection du policier dans l’exercice de ses fonctions doit aller de pair avec son devoir d’exemplarité. L’autorité ne vaut que si elle s’exerce avec professionnalisme.

Lorsque les derniers rangs ont quitté le terrain, le cérémonial s’est dissipé. Les familles ont regagné leur véhicule, les tribunes se sont vidées et les uniformes ont cessé d’être ceux de jeunes recrues en parade. Ils sont tous désormais policiers. Et leur véritable Passing Out Parade ne s’est peut-être pas achevé hier. Il commence maintenant, dans les postes de police, sur les routes, dans les quartiers et surtout sur les scènes de crime où chaque décision, chaque preuve préservée – ou perdue – peut rapprocher ou éloigner la vérité.

Derrière l’uniforme, neuf mois de sacrifices et de fierté

Pour eux, le «Passing Out Parade» n’était pas seulement une cérémonie, mais l’aboutissement de neuf mois d’efforts, de doutes et de persévérance, avec le soutien de leurs proches. Quatre nouvelles recrues ont ainsi raconté ce passage de la vie civile à l’uniforme. Quatre histoires différentes, mais un même fil conducteur : avant de porter l’uniforme, ils ont d’abord dû apprendre à ne pas abandonner.

Pour Arvin Sewsurn, le choix était presque une vocation : la police, un «travail noble» offrant «l’opportunité de servir le peuple». Les neuf mois d’entraînement ont dépassé le simple apprentissage professionnel : «Être policier va changer ma discipline dans la vie», confie-t-il, sans oublier ceux qui l’ont accompagné : «Je tiens à remercier mes parents pour m’avoir soutenu.»

Arvin Sewsurn ▪️ Arvin Sewsurn.

Roomesh Balgobin attribue sa réussite à la persévérance. «J’étais tout le temps motivé et j’ai persévéré», raconte-t-il avec une détermination mise à l’épreuve durant les moments difficiles, où sa famille a constitué un soutien essentiel. Désormais, il mesure l’ampleur du changement : «La transition de la vie civile à celle de policier apporte un grand changement dans la vie.»

Roomesh Balgobin ▪️ Roomesh Balgobin.

Pour Marie Jamelia Christin, l’émotion est plus personnelle. Il y a eu des moments où elle a voulu abandonner. «Je ne serais pas là aujourd’hui sans mes parents», reconnaît-elle. Son souhait est simple : «Servir le peuple avec fierté.»

Marie Jamelia Christin ▪️ Marie Jamelia Christin.

Venue de Rodrigues, Alexis Labour savoure une victoire qui n’a rien eu de facile. Elle se dit «très satisfaite et fière» d’avoir réussi son entraînement paramilitaire au sein de la Special Mobile Force. «Ce n’était pas facile», admet-elle, avant de rendre hommage au courage de ses parents, de ses amis et de ses commandants.

Alexis Labour ▪️ Alexis Labour.

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