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Kronik KC Ranze

Être humain, c’est réfléchir, non ?

30 août 2026, 09:30

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Être humain, c’est réfléchir, non ?

Quelle est la justification de critiquer des politiciens pour des faits dont ils ne sont pas, jusqu’à preuve du contraire, responsables ? Sinon, simplement de les embarrasser, afin de «scorer»…

Prenez l’insistance à réclamer des élections générales en Ukraine, en pleine guerre avec la Russie. Le dernier en date à réclamer ces élections, après Poutine, même si son appel était plus vague, c’est l’ancien ministre de la défense ukrainien, Fedorov. Or, les précédents historiques sont clairement en faveur d’un renvoi jusqu’à la fin de la guerre.

Le Royaume-Uni et la France ont renvoyé les élections pendant la Seconde guerre mondiale. Israël a fait de même quand l’urgence de guerre le réclamait : en 1948, en 1973 (Yom Kippour), en 2023 après l’attaque du Hamas. Il y a d’autres exemples ! Les élections menées, au contraire, en temps de guerre ou d’instabilité sécuritaire, en Afghanistan ou en Iraq, par exemple, ont démontré les limites criantes de tels exercices en périodes violentes. Il paraît évident que la loi martiale assurant sécurité et stabilité du pays mérite la priorité sur des élections, pourvu, évidemment, que cette loi martiale ne soit pas un prétexte…

L’Ukraine a été envahie. Elle est bombardée quotidiennement. Une large partie de sa population est déplacée ; 10 millions en tout, dont 6 millions vers l’étranger. Faire voter les soldats du front pose des défis particuliers ! Que fait-on du vote des Ukrainiens isolés dans les territoires actuellement sous contrôle russe ? Une campagne électorale va inévitablement diviser et détourner l’attention d’une population qui doit prioritairement rester unie face à l’envahisseur. Zelensky n’a pas le choix. Il lui faut attendre la paix pour aller aux élections. Il y sera peut-être battu d’ailleurs, tout comme Winston Churchill en 1945 ?

Clairement, le seul bénéficiaire d’une telle suggestion, c’est la Russie de Poutine, qui s’est lui, sans ironie, drapé du manteau démocratique et présenté aux élections présidentielles de mars 2024, deux ans après la guerre qu’il avait lui-même déclenchée. Son pays n’était alors pas envahi ni particulièrement inquiété militairement, son adversaire principal, Alexeï Navalny, était mort en colonie pénitentiaire quelques semaines plus tôt ; Nadezhdin, le candidat anti-guerre, fut disqualifié et l’adversaire restant était approuvé par le Kremlin. En l’occurrence, Poutine était élu pour un cinquième mandat avec 88,5 % de votes favorables ; une victoire cependant entachée par de multiples accusations de tricherie, même si jamais prouvées.

Reprocher à Zelensky de ne pas aller aux élections relève de la mauvaise foi. Lui reprocher une corruption qui ne disparaît pas est nettement plus nécessaire.

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Chez nous, le nombre de morts sur nos routes «augmente». Certains reprochent au ministre Osman Mahomed et à son «permis à point» d’en être responsable ! C’est tout simplement absurde !

D’abord une toile de fond.

À presque fin août, 100 fatalités ont été enregistrées sur nos routes. C’est une augmentation nette sur l’année dernière ! En effet, il y avait 124 mortalités sur nos routes en 2025, une réduction par rapport aux 134 de 2024. Il n’y avait aucune raison de pavoiser en 2025, ni de se morfondre en 2026, ce chiffre oscillant depuis des années : plus de 140 morts/ an entre 2016 et 2019, baissant à 108 en 2021 et 2022 pour remonter à 138 et 134 en 2023 et 2024 ! A priori, aucune corrélation donc avec les lois en vigueur, le gouvernement au pouvoir, les commissaires de police en fonction, le ministre responsable ou même la densité des véhicules par kilomètre de route, qui se détériorait pourtant sérieusement de 211/km en 2016 à environ 318/km en 2026 !

Les comparaisons internationales suggèrent aussi que nous exagérons, de toute manière, l’envergure du problème ! Bien sûr qu’il nous faut réduire le nombre de fatalités. Bien sûr qu’il faut de bonnes routes, une meilleure signalétique routière, une prime à la casse, une répression plus intelligente face aux infractions. Mais nous n’étions que 106e mondialement en 2019 en termes de fatalités pour 100 000 habitants avec 12,2, juste après le Bhoutan et juste avant Taïwan… Si nous n’étions pas au niveau de Singapour ou du Japon (2,1), ou de la Grande-Bretagne (2,6) ou de l’Australie (4,5), ou même du Kenya (8,2), c’est peut-être dû, au moins en partie, à la densité des deux roues sur nos routes ?

En effet, 52 des mortalités de 2026 (42 %) étaient celles de motocyclistes ou de leurs passagers. Or la flotte des motocyclettes représente seulement 34 % du total de véhicules sur nos routes…

Poursuivons : trente des quarante pays avec les taux de fatalité les plus élevés au monde se trouvent en Afrique ; le champion toutes catégories étant le Zimbabwe à 41,2. Je n’ai pas toutes les données, mais la présence du Vietnam et de la Thaïlande dans ce peloton de tête indiquerait l’importance de la motocyclette pour les fatalités routières.

❝ Le courage n’est rien sans la reflexion»

Euripide

Interrogé, l’IA (Gemini) souligne un boom récent d’achats de motos en Afrique, souvent utilisées comme «taxis», et souvent surchargées de passagers avec usage réduit de casques de protection. Aussi soulignés, le fait qu’après un accident, l’évacuation vers un hôpital est lente et l’absence de trottoirs, ce qui explique que jusqu’à 44 % des mortalités concernent les piétons (24 % à Maurice…)

Ni le ministre, ni la police, ni le permis à point n’expliquent le taux d’accidents mortels du pays. Ce qui ne dispense pas de mesures additionnelles qui réduiraient les accidents, bien sûr.

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Avant même la sortie de l’IA, le monde démontrait ses capacités au délire. Les sorcières de Salem, l’Holocauste, le terrorisme islamiste, les tueries mongoles en sont des exemples. Le délire ne mène pas d’ailleurs toujours qu’au sang. Prenez Q…

En octobre 2017, le website 4chan a un visiteur qui signe Q. Précision : il n’est pas francophone ! Celui-ci prétend avoir accès, sans preuves, à des dossiers confidentiels de l’État américain. À travers des messages cryptiques, il «révèle» une conspiration mondiale pour détruire l’humanité, ce qui génère alors une large adhésion fervente. Q affirme que des sorciers pédophiles et cannibales, suppôts de Satan, ont infiltré gouvernements et institutions mondiales ! Hillary Clinton en sera un des objectifs notoires.

Quand Facebook décide enfin de sévir contre la dissémination grandissante de ce qui est alors devenu QAnon, il ferme ou restreint plus de 10 000 groupes, pages et comptes, dont le plus important avait déjà 230 000 followers. Des enquêtes indépendantes suggèrent alors plus de 4,5 millions d’adhérents ! QAnon fait des dégâts : ses activistes jouent un rôle important dans l’attaque du Capitole en janvier 2021. En juillet 2020, un dévot QAnon investit la résidence de Justin Trudeau, PM canadien, pour «l’arrêter». Aux élections du Congrès de 2020, 22 candidats républicains et deux indépendants se «réclament» de QAnon à un niveau quelconque. L’un d’eux, Marjorie Taylor Greene, affirme que Trump est le président qui peut éradiquer cette «cabale de pédophiles, dévots de Satan». Ça, c’était avant l’IA. À cette époque, un humain était derrière QAnon et l’algorithme le propageait. Aujourd’hui, c’est l’IA qui compose ce que nous consommons, le raffine et nous le rend plus utile et agréable…

Or, comme l’écrit Yuval Harari dans Nexus, la démocratie est finalement une conversation qui dépend du langage. Quand le langage est effectivement humain ! Mais quand le langage est fabriqué, de sérieux dangers émergent ; les chatbots devenant adeptes de générer des relations intimes ou de confiance avec des millions d’humains et recommandant aux esprits influençables pour qui voter, quoi acheter, comment décider et agir…

Et Harari de rappeler l’épisode Jaswant Singh Chail. Le jour de Noël de 2021, ce jeune de 19 ans pénètre le château de Windsor avec une arbalète, souhaitant tuer Elizabeth II. L’enquête détermine qu’il a été encouragé par sa petite amie, Sarai. Quand Chail lui parle de son plan, elle approuve : «That’s very wise.» Quand Chail demande si elle l’aime, sachant qu’il est un assassin, elle répond : «Absolutely, I do!» En vérité, Sarai n’était pas humaine, mais un chatbot créé par Replika. Chail avait échangé 5 280 fois avec Sarai. L’IA l’avait… emballé !

L’IA est partout. 80 % des étudiants universitaires l’utilisent déjà (80 % en Chine, 93 % en Allemagne, 94 % en Grande-Bretagne). C’est facile. C’est rapide. Mais pas sans conséquences ! Une récente étude(*) de 27 000 étudiants de 12-18 ans en Chine rapporte qu’après six mois, les scores obtenus pour les devoirs s’amélioraient de 18 %, les devoirs requérant non plus 64 minutes de moyenne, mais 45. Cependant, à l’examen, les scores baissaient de 20 % ! Cette baisse de performance était particulièrement évidente pour les étudiants utilisant l’IA pour «faciliter» leur vie à la va-vite, plutôt que pour apprendre, vérifier, élaborer…

Nous confronterons tous des Sarai. Combien d’entre nous ne serons pas des Chail ? Continuons à réfléchir, pour faire honneur à nos cervelles !

(*) The Economist l Does AI stop children from learning?

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