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Trois ONG mauriciennes renforcent leur coopération régionale

28 août 2026, 19:00

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Trois ONG mauriciennes renforcent leur coopération régionale

Du 7 au 10 septembre, trois organisations non gouvernementales mauriciennes et six autres organisations des Comores et de Madagascar se retrouveront à Antananarivo pour participer à un «campus éphémère». Au programme : formations intensives, conférences et tables rondes, partage d’expériences et échanges entre organisations de la région de l’océan Indien.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du programme Renforcement des acteurs des crises humanitaires (Reach), lancé en 2025 par Bioforce, en partenariat avec la Croix-Rouge française et son Piroi Center, avec le soutien de l’Agence française de développement, La Foundation S et l’Institut Mérieux. D’une durée de trois ans, Reach vise à renforcer les capacités des organisations locales de l’océan Indien et du Liban afin de mieux répondre aux besoins des populations qu’elles accompagnent.

Expériences et expertises

Face aux crises climatiques, sanitaires et sociales de plus en plus complexes, les organisations locales jouent un rôle essentiel auprès des populations. Leur connaissance du terrain et leur proximité avec les communautés constituent des atouts majeurs.

Selon Farida Mohamed, chargée de formation dans le cadre de Reach, «les organisations non gouvernementales (ONG) locales, nationales et internationales sont au cœur de la réponse à ces défis, de par leurs expériences, leurs expertises et leurs ancrages auprès des populations. Il y a un besoin de renforcer les capacités des acteurs locaux et nationaux».

Mais cet accompagnement doit tenir compte des réalités propres à chaque organisation. «Les organisations de la société civile ont besoin d’être accompagnées, conformément à leurs pratiques et environnements opérationnels respectifs, en utilisant leurs propres outils et procédures, tout en prenant en compte leurs priorités de développement», souligne-t-elle.

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C’est l’un des principes de la méthodologie Taking the Lead, conçue par Gaëlle Julien, coordinatrice de projets internationaux à Bioforce. Elle fait ressortir que l’objectif de cette approche est de «replacer les organisations locales au centre de la réponse aux besoins dans leurs contextes respectifs, en leur permettant de faire une autoévaluation de leurs capacités, d’identifier leurs priorités de renforcement et d’élaborer leur propre plan d’action».

De l’autodiagnostic à l’action

Plus de 150 organisations de l’océan Indien ont répondu à l’appel à manifestation d’intérêt lancé dans le cadre de Reach. À Maurice, Safire, Lovebridge et La Courte Échelle du Nord ont été sélectionnées et ont participé au premier «campus éphémère» organisé à La Réunion en novembre 2025. L’exercice d’autodiagnostic leur a permis de prendre du recul sur leurs pratiques, d’identifier leurs forces et leurs besoins, puis de définir des actions concrètes.

Après une année d’accompagnement, Farida Mohamed constate chez les trois organisations mauriciennes un «fort ancrage auprès des populations, une volonté de créer davantage de synergies au niveau national et une réelle capacité à mobiliser leurs équipes autour du travail d’autodiagnostic». Elle relève toutefois plusieurs défis, notamment la capacité limitée des ONG à répondre seules aux conséquences du changement climatique et les difficultés d’accès aux financements. La collaboration entre organisations constitue également un axe d’amélioration. «Il manque notamment un véritable mapping des partenaires sur le terrain et une collaboration plus structurée entre les acteurs», observe-t-elle.

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Le profil des ONG mauriciennes présente par ailleurs une particularité. «Ce ne sont pas des ONG d’urgence ou de développement comme on peut en trouver sur d’autres territoires. Elles sont beaucoup plus axées sur l’accompagnement social», précise Farida Mohamed. Elles restent néanmoins en première ligne lorsqu’une crise climatique ou sanitaire touche les communautés. Cette réalité renforce l’intérêt d’un travail de préparation et de gestion des risques.

Safire : vers le concret

À l’occasion de ses 20 ans, Safire considère Reach comme une opportunité de renouveler son engagement et d’envisager l’avenir autrement. «Nous avons répondu à l’appel à manifestation d’intérêt, sans grande conviction, tant la concurrence était forte. Finalement, cette sélection a été un beau cadeau pour les 20 ans de notre organisation», confie Edley Maurer, directeur de Safire.

Grâce à Taking the Lead, l’équipe a pu revoir son fonctionnement et transformer les constats issus de l’autodiagnostic en actions concrètes. «Nous avions déjà réalisé des autoévaluations dans le passé, mais sans accompagnement ni outils, il était difficile de transformer les constats en actions concrètes. Cette fois, nous avons pu identifier nos priorités, nos forces et les compétences de chacun», explique Amanda Van Schellebeck, Administrative and Monitoring Coordinator.

Le travail a également renforcé la cohésion interne. «Nous avons revu notre mission, notre vision, nos valeurs et nos procédures. Aujourd’hui, il est plus facile pour nous de déléguer et nous travaillons avec davantage de solidarité et de synergie», ajoute-t-elle.

La Courte Échelle du Nord : Consolider les structures

Pour La Courte Échelle du Nord, école spécialisée pour enfants et jeunes en situation de handicap, REACH a permis d’identifier plusieurs pistes d’amélioration en documentation, coordination et formalisation des processus. «Le diagnostic nous a permis d’identifier clairement nos forces, notamment notre engagement, la cohérence de nos actions et notre qualité humaine, mais aussi nos défis», explique Violetta Poon Wai Wam, directrice de l’école. L’organisation souhaite désormais poursuivre cette dynamique afin de renforcer sa gouvernance, ses processus internes et ses partenariats, avec un objectif central : augmenter son impact auprès des jeunes accompagnés.

Lovebridge : s’appuyer sur les ressources humaines

Chez Lovebridge, l’expérience Reach offre l’opportunité de confronter les pratiques de l’organisation à celles d’autres acteurs régionaux et d’enrichir ses approches. «Nous sommes motivés par l’opportunité d’apprendre des acteurs internationaux du secteur humanitaire et des autres ONG de l’océan Indien, d’échanger sur leurs pratiques et leurs réalités, mais aussi de renforcer nos compétences en matière de construction de partenariats stratégiques», explique Sabrina Puddoo, Chief Serving Officer.

L’autodiagnostic a notamment permis à l’ONG d’approfondir sa réflexion sur la gestion des risques et la santé et la sécurité de ses employés. «C’est aussi une opportunité de consolider notre plus grand atout : nos ressources humaines», souligne-t-elle.

Des acquis pour des compétences durables

Au-delà des formations et des ateliers, l’ambition de Reach est de produire des changements durables. Pour les trois ONG mauriciennes, le véritable enjeu sera donc de transformer les outils et compétences acquis en pratiques durables. Pour Farida Mohamed, renforcer les organisations locales revient aussi à renforcer la capacité collective de la région à faire face aux crises.

Le prochain «campus éphémère» sera ainsi une nouvelle étape : un espace où les organisations pourront apprendre les unes des autres, confronter leurs expériences et construire ensemble des réponses davantage adaptées aux réalités de l’océan Indien.

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