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La NADC peut-elle gagner sans l’État ?
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La NADC peut-elle gagner sans l’État ?
Il y a plus d’un an, Sam Lauthan entrait en scène comme «Drug Czar», porté par une promesse de rupture. Le discours était martial, l’urgence proclamée, l’ennemi identifié : le trafic de drogue, ses réseaux, ses ramifications et la corruption qui l’accompagne. Mais Lauthan, jugé trop lent par certains et trop rigide sur la question du cannabis par d’autres, finira par quitter la scène, sans disparaître tout à fait puisqu’il demeure l’un des conseillers du Premier ministre sur la question des drogues.
À la suite du départ de Lauthan, à qui nous avions promis notre aide dans le difficile combat contre les ravages des drogues dures et synthétiques à travers le pays, nous avions accueilli avec espoir l’arrivée d’une nouvelle équipe à la National Agency for Drug Control (NADC). Kunal Naik à la direction, Nadia Peerun à la gouvernance… un regard neuf, deux profils, deux fonctions et, surtout, la promesse d’une institution plus structurée, plus transparente et davantage fondée sur les données.
Quelques mois plus tard, le gouvernement veut voir des résultats. C’est légitime. Une agence nationale de lutte contre la drogue ne peut indéfiniment annoncer des tableaux de bord, des campagnes, des consultations, des systèmes d’alerte et des protocoles de coopération sans être jugée sur ce qui change réellement dans le pays. Mais il faut aussi poser la question que l’expérience de terrain impose : la NADC peutelle réellement gagner cette bataille seule ? La réponse est évidemment non. Et c’est précisément là que réside le paradoxe de cette nouvelle agence.
La NADC n’a ni la police, ni les douanes, ni les services judiciaires, ni les services de santé sous son autorité directe. Elle ne contrôle pas les frontières. Elle ne démantèle pas les réseaux. Elle ne décide pas des poursuites. Elle ne peut pas, à elle seule, faire disparaître les éventuelles complicités au sein des institutions.
Son rôle est précisément de faire travailler ensemble des acteurs qui, trop souvent, ont leurs propres priorités, leurs propres chaînes de commandement et parfois leurs propres agendas. C’est là que les choses deviennent autrement plus difficiles que sur le papier.
Le trafic mauricien n’est pas une succession de petits dealers opérant en vase clos. Il s’inscrit dans des circuits transnationaux, avec des connexions régionales, notamment vers La Réunion, Madagascar, l’Afrique du Sud et le Kenya. Il repose sur des capitaux, des réseaux logistiques, des complicités tissées jusque dans les prisons mauriciennes et, lorsque les accusations sont avérées, sur des connexions susceptibles de toucher jusqu’aux forces de l’ordre et au monde politique.
La NADC se retrouve donc face à une contradiction fondamentale : on lui demande de coordonner un système dont certains maillons peuvent eux-mêmes être défaillants, voire compromis.
Dans ces conditions, une nouvelle campagne contre les drogues synthétiques ne suffira pas. Une hotline ne suffira pas. Un Early Warning System ne suffira pas. Même un National Drug Control Masterplan ne suffira pas.
Il faut une chaîne de responsabilité.
Si un réseau est identifié, qui enquête ? Qui protège les enquêteurs ? Qui partage le renseignement ? Qui contrôle les frontières ? Qui suit l’argent ? Qui garantit que les informations ne fuitent pas ? Qui poursuit les commanditaires ? Et surtout, qui enquête lorsque les soupçons portent sur ceux qui sont censés mener l’enquête ? Voilà le véritable test de la NADC. Son mérite, jusqu’ici, est d’avoir surtout compris que la drogue ne peut être combattue par une seule institution. Mais cette lucidité ne doit pas devenir un alibi institutionnel. Dire que l’on ne peut pas agir seul ne signifie pas non plus que l’on peut attendre que les autres agissent.
La NADC doit donc devenir le lieu où l’État cesse de travailler en silos. Elle doit pouvoir mesurer les résultats, identifier les blocages, exiger des réponses et, lorsque nécessaire, alerter le gouvernement et travailler avec la presse – et non contre elle. Le gouvernement doit lui donner les moyens, l’autorité et la protection nécessaires pour exercer cette fonction.
C’est ici que se joue la différence entre une nouvelle structure administrative et une véritable politique nationale. Après l’échec ou les limites des précédentes approches, fondées surtout sur la répression, Maurice n’a plus besoin d’un nouveau symbole de la guerre contre la drogue. Elle a besoin d’un État capable de la mener.
La NADC ne gagnera pas seule. Et si elle ne parvient pas à faire gagner ensemble ceux qui doivent combattre, alors personne ne gagnera.
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