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Dr Anil Jhugroo : «Les drogues de synthèse affectent le raisonnement, le contrôle des impulsions et le jugement»

26 août 2026, 14:00

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Dr Anil Jhugroo : «Les drogues de synthèse affectent le raisonnement, le contrôle des impulsions et le  jugement»

Dr Anil Jhugroo, Psychiatre et spécialiste du traitement des addictions.

Le décès du petit Adriano relance le débat sur l'impact des drogues synthétiques et leurs effets neurobiologiques sur le jugement et le contrôle des impulsions. Le Dr Anil Jhugroo, psychiatre exerçant dans le privé et contributeur à la création de centres de réhabilitation au ministère de la Santé, apporte son éclairage.

Quels sont les symptômes neurologiques liés à l’usage de drogues de synthèse chez un adulte ?

Les drogues synthétiques, surtout des types cannabinoïdes ou cathinones (sels de bain), peuvent provoquer un large éventail de symptômes neurologiques et neuropsychiatriques. À Maurice, des cannabinoïdes synthétiques comme le Black Mamba (JWH 018), le bat dan latet / C’est pas bien (AKB-48/MDMB-CHMICA) ainsi que la cathinone de synthèse Pet ton krann ont été signalés.

Les symptômes neurologiques incluent : confusion ou désorientation ; incapacité à reconnaître des personnes ou l’environnement ; agressivité anormale ; panique ou peur intense ; paranoïa ; hallucinations (visions ou sons inexistants) ; psychose avec altération de la réalité  ; somnolence ou perte de conscience ; tremblements, mauvaise coordination et vertiges ; convulsions ; troubles de la mémoire et concentration ; et maux de tête. Des cas extrêmes peuvent aboutir à un coma. Les hallucinations et délires peuvent se manifester, comme la croyance à une surveillance externe. Mais il est crucial de noter que si ces symptômes ont commencé pendant ou peu après la consommation de la drogue de synthèse, un médecin peut envisager le diagnostic de trouble psychotique induit par une substance.

Un premier épisode psychotique peut être la première manifestation d’un autre trouble psychiatrique ou neurologique. Les substances peuvent parfois déclencher ou révéler une vulnérabilité sous-jacente. Si les hallucinations ou délires sont présents, en particulier si la personne est très effrayée, extrêmement agitée, incapable de distinguer la réalité de ses hallucinations, menace de se faire du mal ou de faire du mal à quelqu’un d’autre ou a un comportement imprévisible, elle devrait faire l’objet d’une évaluation médicale et/ou psychiatrique urgente, plutôt que de simplement supposer qu’elle est intoxiquée.

Comment les drogues de synthèse peuventelles affecter le raisonnement, le contrôle des impulsions et le jugement ?

Les drogues de synthèse, comme les cannabinoïdes et les cathinones, affectent le raisonnement, le contrôle des impulsions et le jugement. Elles perturbent des fonctions cognitives essentielles telles que l’attention, la mémoire de travail et les fonctions exécutives, entraînant une pensée illogique, une concentration altérée et des conclusions erronées fondées sur des informations incomplètes. Les hallucinations et les délires provoquent des raisonnements basés sur des croyances irréelles, souvent associés à des épisodes de psychose aiguë. Concernant le contrôle des impulsions, les stimulants comme les cathinones provoquent agitation et désinhibition. Les utilisateurs peuvent agir sans réfléchir aux conséquences, devenir agressifs ou prendre des décisions risquées sans évaluer correctement la situation. Ce comportement peut résulter d’un état psychotique où l’individu agit selon des perceptions erronées de menace.

Le jugement est également altéré en raison d’une interaction complexe entre l’effet de la drogue, les fonctions exécutives, la perception et l’évaluation des conséquences. Par exemple, une personne convaincue qu’elle est persécutée peut décider d’affronter ce qu’elle perçoit comme une menace, même en l’absence de danger réel. Les cathinones sont liées à des symptômes psychotiques, tout comme les cannabinoïdes, qui exacerbent les hallucinations et les délires. En somme, la consommation de drogues de synthèse entraîne une déviation radicale du raisonnement, du contrôle des impulsions et du jugement, nuisant gravement à la santé mentale et au comportement social des individus.

Existe-t-il des preuves établissant un lien entre certaines substances et des changements violents du comportement ?

Oui, des preuves scientifiques établissent un lien entre certaines substances psychoactives, comme les cannabinoïdes de synthèse et les cathinones de synthèse, et des changements de comportement tels que l’agitation, l’agressivité et la désinhibition, pouvant aller jusqu’à des comportements violents. Cependant, il est crucial d’interpréter ces données avec prudence, car la consommation d’une substance ne prouve pas nécessairement qu’elle est la cause du comportement violent.

Les cannabinoïdes de synthèse sont liés à des effets psychiatriques aigus, y compris la paranoïa, les hallucinations et l’agitation, avec des rapports d’agressivité et de comportements désorganisés. Les études montrent que l’agitation est un symptôme fréquent, accompagné d’épisodes graves de psychose.

Concernant les cathinones de synthèse, également appelées «sels de bain», on observe des effets stimulants conduisant à une agitation et une irritabilité sévères, ainsi qu’à la paranoïa, les hallucinations et les comportements impulsifs. Des revues ont documenté des manifestations cliniques telles que l’agressivité, la psychose paranoïaque et la confusion durant l’intoxication, avec une méta-analyse de 2024 confirmant une association significative entre ces substances et des symptômes psychotiques.

Comment distinguer les symptômes d’un état confusionnel ou d’un délirium d’un comportement intentionnel ?

Le point essentiel est qu’un comportement lié à la confusion ou au délirium peut sembler intentionnel de l’extérieur. Les professionnels de santé cherchent donc à déterminer l’état mental de la personne en examinant notamment son niveau d’attention, sa conscience de la situation, la cohérence de son comportement, son évolution dans le temps et sa capacité à comprendre ce qui se passe. Il n’est pas possible de déterminer de manière fiable l’intention d’une personne à partir d’un seul comportement.

En revanche, un comportement intentionnel se manifeste par une orientation constante à l’égard de son environnement, une capacité à maintenir l’attention et à suivre une conversation, une compréhension claire des événements et des objectifs, une capacité à justifier ses actions de manière cohérente et une adaptation appropriée du comportement face aux changements de circonstances. Ce dernier se distingue également par l’absence de fluctuations significatives de l’attention ou de la conscience, contrairement aux caractéristiques du délirium, souvent provoqué par la consommation de drogues.

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