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Cybercriminalité
4 076 signalements en sept mois, seulement 17 enquêteurs
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Cybercriminalité
4 076 signalements en sept mois, seulement 17 enquêteurs
Un numéro vraisemblablement réel. Une voix professionnelle, et parfois le nom d’une banque connue qui s’affiche à l’écran... On évoque une transaction suspecte, un code à confirmer avant qu’il ne soit trop tard. En quelques minutes, l’argent a disparu. Beaucoup de Mauriciens reconnaissent ce scénario, pour l’avoir vécu ou pour en avoir entendu parler autour d’eux, tant les arnaques téléphoniques se sont banalisées ces derniers mois.
Ce n’est qu’un exemple parmi les 4 076 incidents liés à la cybersécurité et aux comportements en ligne signalés entre janvier et juillet 2026, selon un communiqué du ministère des Technologies de l’information, de la communication et de l’innovation, relayé cette semaine sur la page Facebook de Forum Sitwayin. Le harcèlement en ligne arrive en tête avec 1 231 cas, devant les arnaques et fraudes (476), la catégorie qui englobe précisément ce type d’appel. Les personnes de 31 à 50 ans sont les plus touchées, avec 1 887 signalements. Les femmes sont légèrement surreprésentées parmi les victimes : 2 213 signalements (54,3 %) contre 1 863 chez les hommes.

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Huit autres catégories figurent dans les données officielles sans apparaître dans le communiqué, parmi lesquelles 40 cas d’exploitation et d’abus d’enfants et 37 cas de cyberstalking. Les statistiques par âge montrent que 168 victimes avaient moins de 17 ans.
Le ministère s’en tient à un rappel de principe : la liberté d’expression ne dispense personne du respect d’autrui, et harceler ou diffamer en ligne n’a rien d’un exercice responsable de ce droit. La Cybersecurity and Cybercrime Act 2021 est censée donner corps à ce principe, avec des dispositions contre les faux profils et le cyberharcèlement, ce dernier étant justement la deuxième catégorie la plus recensée. Reste que la loi ne s’applique qu’à ce qui lui est signalé, et le ministère renvoie vers Maucors+ et la Cybercrime Unit pour tout incident.
L’Afrique de plus en plus exposée
Le rapport 2026 d’Interpol sur les cybermenaces en Afrique, basé sur les données de 36 pays, situe ces chiffres dans un contexte continental. Le cybercrime y représente désormais plus de 30 % de la criminalité signalée dans certaines régions d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, et les pertes financières liées à ces crimes sont passées de 192 à 484 millions de dollars entre 2024 et 2025. La sextorsion et les arnaques dopées à l’intelligence artificielle, notamment les voix et vidéos truquées, y sont identifiées comme les menaces à la croissance la plus rapide. Mais ce chiffre de 4 076 signalements ne dit rien de ce qui se passe une fois le signalement fait. En 2024, plus de 5 000 incidents cyber avaient déjà été enregistrés sur l’année entière, et le rythme ne semble pas ralentir. Les moyens pour instruire ces dossiers, eux, restent limités. Entre novembre 2025 et avril 2026, la Cybercrime Unit n’a traité que 116 cas, débouchant sur six arrestations et une seule affaire portée devant un tribunal. L’unité ne compte que 17 enquêteurs.
Dix-sept pays africains ont adopté ou amendé leur législation sur la cybersécurité en 2025, dont Maurice avec la création annoncée d’une National Cyber Resilience and Cyber Security Agency, note le même rapport. Mais la loi et les institutions ne suffisent pas si l’échelon d’enquête et de poursuite reste sous-dimensionné : 17 enquêteurs pour des milliers de signalements.
Un pan de la réponse institutionnelle fonctionne pourtant à plein régime, mais sur un terrain bien précis. Le filtrage des sites d’abus sexuel sur mineurs, opéré par l’Information and Communication Technologies Authority (ICTA), a bloqué plus d’un demi-million de tentatives d’accès sur la même période. Un chiffre qui contraste avec les 40 cas d’exploitation et d’abus d’enfants recensés par le ministère, et qui pose la question de ce que ce dispositif atteint réellement : il bloque des sites répertoriés, quand la plupart des cas signalés se jouent sur des messageries privées et des réseaux sociaux hors de sa portée.
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Filtrage «Child Sexual Abuse» : 510 132 tentatives bloquées
Depuis février 2011, l’ICTA opère un mécanisme national de blocage des sites contenant du matériel d’abus sexuel sur mineurs, en vertu du mandat que lui confère l’article 18(1)(m) de l’ICT Act 2001. Entre janvier et juillet 2026, ce dispositif a intercepté 510 132 tentatives d’accès à des sites Child Sexual Abuse (CSA), et bloqué jusqu’à 2 569 adresses IP mauriciennes en juillet, contre moins de 900 par mois en début d’année.
Le système a changé de nature en 2025. La Telecommunication Directive 2 of 2025 a imposé le passage d’un dispositif centralisé, qui utilisait la liste noire de l’Internet Watch Foundation jusqu’à la fin du contrat en décembre 2023, à un filtrage décentralisé où chaque opérateur (Mauritius Telecom, Emtel, Mahanagar Telephone, Cellplus) bloque localement via la liste noire de Project Arachnid. La directive impose aussi une méthode de comptage large, qui comptabilise chaque tentative, même répétée depuis la même adresse IP vers le même site, ce qui rend les comparaisons avec les années antérieures délicates. Maurice a été le premier pays africain à se doter d’un tel système de filtrage.
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Aneeta Ghoorah, «Ombudsperson» for Children : «Avec l’intelligence artificielle, les problèmes vont être encore plus complexes»

C’est précisément là que le bureau de l’Ombudsperson for Children voit passer les cas. Peu, en réalité. Aneeta Ghoorah, qui occupe la fonction depuis 2024, reconnaît n’avoir été saisie que de quelques dossiers liés à la sextorsion ou aux réseaux sociaux. Les 164 cas de sextorsion recensés par le ministère ne sont, selon elle, qu’un chiffre, et elle se dit certaine que beaucoup d’autres ne remontent jamais.
Quand une plainte arrive, elle peut venir de l’enfant lui-même, d’un parent, d’un enseignant ou de n’importe quel adulte inquiet. Un dossier s’ouvre, la situation est évaluée, la nature de la menace et le degré de danger identifiés. Le signalement part vers Maucors+, la Cybercrime Unit est alertée. Mais l’Ombudsperson tient à poser la limite de son mandat : «Notre bureau ne remplace pas les autorités compétentes pour mener une enquête.» Ce qu’il fait, c’est le suivi. Réclamer des informations aux autorités, veiller à ce que l’enfant ne se sente ni culpabilisé ni humilié, éviter que le stigmate ne l’accompagne ensuite.
Sur le terrain de la prévention, son bureau tient un discours à double détente. Dans les forums où il intervient, les enfants sont sensibilisés à ne pas devenir auteurs autant qu’à ne pas devenir victimes. On leur explique par quels gestes anodins ils peuvent basculer, et vers qui se tourner si cela arrive. L’éducation est déterminante, insiste Aneeta Ghoorah, faute de quoi les enfants «tombent dans la déprime». Cette année, la cybersécurité est devenue le thème principal des tournées dans les Citizens Advice Bureau, où ce sont les parents qui sont visés. Elle est elle-même passée à la télévision pour leur expliquer, dans un langage simple, ce qui guette leurs enfants.
Interrogée sur l’efficacité respective du filtrage de l’ICTA et des outils de contrôle parental, elle refuse de trancher. Les deux comptent, dit-elle, parce que toute couche de protection réduit le risque pour des mineurs de plus en plus présents sur les réseaux. Sa vraie inquiétude est ailleurs : «Figurez-vous qu’avec l’intelligence artificielle, les problèmes vont être encore plus complexes.»
Quant aux écoles, elle estime que le ministère de l’Éducation a mis en place plusieurs programmes pour former le personnel à repérer les signes et rappelle que des psychologues éducationnels sont rattachés aux établissements. Mais elle renvoie la responsabilité au collectif : parents et enseignants, ensemble, doivent savoir lire la détresse d’un enfant.
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