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Krishnee Calleemallay

«Maurice a besoin de femmes qui osent participer aux grandes décisions économiques»

19 août 2026, 21:00

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«Maurice a besoin de femmes qui osent participer aux grandes décisions économiques»

Krishnee Calleemallay , «Head of Capital Markets and Investor Relations».

Professionnelle compétente et engagée, forte de plus de 10 ans d’expérience dans le secteur des services financiers, Krishnee Calleemallay œuvre principalement dans le secteur de la banque d’investissement, avec un accent particulier sur la finance d’entreprise, ainsi que des connaissances en structuration de sociétés, recherche, analyse financière, modélisation financière, élaboration de plans d’affaires, levée de capitaux (dette et fonds propres) et cotation de sociétés à la Bourse de Maurice. Des lettres de noblesse acquises à force de travail, de discipline et de persévérance dans un univers essentiellement masculin de surcroît. Son témoignage donne espoir à la prochaine génération de Mauriciennes. En se tenant droite, appuyée sur ses compétences, sa préparation à toute épreuve et sa dignité, la femme moderne gagne le respect, consolide sa confiance en elle et s’impose, même dans la plus ardue des arènes.

«Lorsque je repense à mon parcours, je ne vois pas d’abord les transactions, les titres ou les responsabilités. Je revois une jeune fille qui a grandi dans une banlieue de Rose-Hill, avec des rêves plein la tête et une conviction profondément ancrée : l’éducation change une vie.

Je n’avais pas de trajectoire toute tracée. Comme beaucoup de Mauriciens, j’ai grandi dans un environnement où les sacrifices des parents ouvrent les portes des opportunités aux enfants. Très tôt, j’ai compris que rien ne remplacerait le travail, la discipline et la persévérance. Ces valeurs sont devenues le fil conducteur de ma vie.

Cette soif d’apprendre m’a conduite à poursuivre mes premières études universitaires en Australie, puis un Master en Angleterre. Quitter Maurice fut sans doute l’une des décisions les plus difficiles de ma jeunesse. Loin de ma famille, dans un environnement inconnu, j’ai appris bien plus que ce que les amphithéâtres pouvaient enseigner. J’ai découvert l’autonomie, la capacité d’adaptation et le courage de sortir de ma zone de confort. J’ai compris que l’on grandit véritablement lorsque l’on accepte d’être parfois déstabilisé.

Ces années passées à l’étranger ont profondément façonné la femme que je suis devenue. Elles m’ont appris que nos origines ne définissent jamais notre destinée et qu’il est possible de rêver au-delà des frontières de notre île.

La confiance se construit

À mon retour à Maurice, j’ai choisi de faire carrière dans la finance d’entreprise et les marchés de capitaux. Un univers fascinant, exigeant, où les décisions se prennent souvent sous pression et où la confiance est une monnaie aussi précieuse que les chiffres. C’est également un secteur où les femmes restent encore peu nombreuses aux postes de décision. Je me souviens de mes premières réunions importantes. Il m’arrivait d’être la seule femme autour de la table. Je préparais chaque dossier avec une rigueur presque excessive. Je voulais connaître chaque détail, anticiper chaque question, maîtriser chaque chiffre. Avec le recul, je réalise que je cherchais moins à convaincre les autres qu’à me convaincre moi-même que j’avais ma place.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait être parfaite avant d’oser. J’attendais d’avoir toutes les réponses avant de prendre la parole. Je pensais que la confiance précédait l’action.

J’avais tort. La confiance ne tombe pas du ciel. Elle se construit. Elle naît lorsque l’on accepte de lever la main, même avec le doute au ventre. Elle grandit à chaque présentation, à chaque négociation, à chaque décision difficile. Elle se forge dans les moments où l’on choisit d’avancer malgré la peur.

Être une femme dans un environnement majoritairement masculin m’a appris une chose essentielle : il ne sert à rien d’essayer d’être comme les autres pour être acceptée. La véritable force réside dans l’authenticité. Il ne s’agit pas de parler plus fort, mais de parler avec conviction. Il ne s’agit pas d’imposer son autorité, mais de gagner le respect par la compétence, la préparation et l’intégrité.

Au fil des années, j’ai eu la chance de participer à des projets ambitieux, d’accompagner des entreprises dans leur développement et de collaborer avec des investisseurs internationaux. Aujourd’hui, j’ai l’honneur de diriger une activité dédiée aux marchés de capitaux. Cette responsabilité est un privilège, mais aussi un rappel que le leadership ne consiste pas seulement à atteindre un sommet. Il consiste surtout à créer des opportunités pour les autres.

La résilience est probablement le mot qui résume le mieux mon parcours. Nous parlons souvent de résilience comme d’une qualité exceptionnelle. En réalité, elle se construit dans les gestes les plus simples. Se relever après un échec. Accepter qu’un projet n’aboutisse pas. Continuer à apprendre lorsque tout semble remettre nos capacités en question. Faire preuve de courage lorsque la vie personnelle nous confronte à des épreuves qui nous rappellent que la réussite professionnelle ne protège de rien.

Le doute fait avancer

Ces expériences m’ont appris à relativiser. Elles m’ont rappelé que derrière chaque titre se trouve un être humain, avec ses doutes, ses fragilités et ses combats. C’est cette humanité qui fait de nous de meilleurs dirigeants, de meilleurs collègues et, tout simplement, de meilleures personnes. Aujourd’hui, lorsque je rencontre de jeunes professionnelles, je retrouve souvent les mêmes interrogations que celles que j’avais au début de ma carrière. Suis-je suffisamment compétente ? «Vais-je être à la hauteur ? Ma voix sera-telle entendue ?»

À toutes ces femmes, j’aimerais dire une chose : ne laissez jamais le doute décider à votre place. N’attendez pas que quelqu’un vous donne la permission d’être ambitieuse. N’attendez pas de vous sentir parfaite pour saisir une opportunité. Osez. Car les plus belles opportunités naissent souvent au moment où nous pensons ne pas être prêtes.

Maurice a besoin de femmes qui osent entreprendre, diriger, investir, innover et participer aux grandes décisions économiques. Notre pays ne pourra exploiter pleinement son potentiel que lorsque le talent sera reconnu pour ce qu’il est, indépendamment du genre de celui ou celle qui le porte.

Je suis convaincue que la prochaine génération de femmes mauriciennes ira encore plus loin. Non pas parce que le chemin sera plus facile, mais parce qu’elles auront davantage de modèles, davantage de soutien et, je l’espère, davantage de confiance en elles.

Si mon parcours peut transmettre une seule leçon, c’est celle-ci : nos origines ne déterminent pas nos limites. Ce ne sont ni notre quartier, ni notre genre, ni les préjugés des autres qui écrivent notre avenir. Ce sont nos choix, notre persévérance et notre capacité à continuer d’avancer lorsque le doute s’invite.

Le courage n’est pas l’absence de peur. C’est de faire le premier pas malgré elle. Et parfois, ce premier pas suffit à changer toute une vie.»

«L’express», en partenariat avec Bloom – The Heart of Business, vous propose deux fois par mois de mettre en valeur l’entrepreneuriat au féminin et de faire évoluer les clichés et les non-dits dans ce domaine.

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