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Coopération régionale
SADC : comprendre les enjeux du Sommet de Durban
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SADC : comprendre les enjeux du Sommet de Durban
Industrialisation, minerais critiques, sécurité alimentaire, infrastructures, financement et tensions géopolitiques : le 46e Sommet de la SADC se tient demain dans un contexte de profondes mutations. Le Premier ministre Navin Ramgoolam y représentera Maurice. Au-delà des déclarations, c’est le futur modèle de développement de l’Afrique australe qui se dessine à Durban.
Le Premier ministre s’est envolé hier pour Durban, en Afrique du Sud, afin de participer au 46e Sommet ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Le Sommet se tiendra aujourd’hui, au Durban International Convention Centre, sous la présidence du président sud-africain Cyril Ramaphosa. La réunion intervient à un moment où l’Afrique australe se trouve confrontée à un paradoxe : ses ressources naturelles, son potentiel agricole, ses corridors commerciaux et ses marchés offrent des possibilités considérables, mais les déficits d’infrastructures, de financement, de productivité et d’intégration continuent de freiner sa transformation.
Le thème retenu – «Une industrialisation résiliente, durable et inclusive par le développement des infrastructures, la transformation agricole et la valorisation des minéraux critiques, pour un monde plus équitable» – résume ainsi le principal défi posé aux dirigeants de la région : ne plus se contenter d’exporter des matières premières, mais construire autour de celles-ci des chaînes de valeur, des emplois, des infrastructures et des capacités industrielles.
La SADC compte aujourd’hui 16 États membres, dont Maurice, et représente une population de plus de 360 millions d’habitants. Son ambition à l’horizon 2050 est de devenir une région «pacifique, inclusive, compétitive» et industrialisée, offrant à ses citoyens un niveau de bien-être économique durable. Le RISDP 2020-2030, qui constitue la feuille de route actuelle, repose sur trois piliers : développement industriel et intégration des marchés, infrastructures au service de l’intégration régionale, et développement du capital humain et social. La paix, la sécurité et la bonne gouvernance en constituent le socle.
Mais le sommet de Durban devra surtout répondre à une question très concrète : comment transformer les ambitions régionales en investissements et en projets capables de produire une croissance plus rapide et plus inclusive ?
Le diagnostic le plus récent de la Banque africaine de développement donne une indication de l’ampleur du problème.
Dans son Regional Economic Outlook 2026, publié le 29 juillet, la BAD estime que la croissance de l’Afrique australe devrait passer de 2,1 % en 2026 à 2,7 % en 2027. Mais cette reprise demeure insuffisante pour accélérer véritablement l’amélioration du niveau de vie. La faiblesse de la productivité agricole, la diversification limitée, les déficits d’infrastructures et la faible mobilisation des ressources domestiques continuent de peser sur les économies de la région.
Surtout, la BAD chiffre à environ 55 milliards de dollars par an à l’horizon 2030 le déficit de financement du développement de l’Afrique australe.
La formation brute de capital ne représentait qu’environ 18,6 % du PIB régional en 2025, un niveau jugé insuffisant pour permettre aux économies à revenu intermédiaire d’accomplir leur transformation structurelle. Le problème n’est donc pas uniquement l’absence d’argent. Il est aussi celui de la capacité à mobiliser l’épargne, à préparer des projets bancables et à orienter les capitaux disponibles vers les infrastructures productives.
C’est dans ce contexte que l’opérationnalisation du Fonds de développement régional de la SADC prend une importance particulière. Le plan de travail 2026-2027 de la SADC prévoit précisément de poursuivre la feuille de route de mise en œuvre de ce fonds, parallèlement au développement des marchés de capitaux régionaux et à la mobilisation accrue des ressources financières.
Le sommet de Durban pourrait donc être l’occasion de passer d’une logique de déclarations à une logique de financement : quels projets régionaux ? Avec quels instruments ? Avec quelles garanties ? Et comment mobiliser les fonds de pension, les assureurs, les banques de développement et le secteur privé africain ?
Des minerais critiques aux batteries
C’est probablement l’un des enjeux les plus stratégiques du sommet. L’Afrique australe possède une concentration exceptionnelle de ressources indispensables aux transitions énergétique et numérique : cuivre, cobalt, lithium, manganèse, nickel, graphite, platine et autres minerais stratégiques.
Le problème est connu : une grande partie de la valeur est créée en dehors du continent. Les minerais sont extraits en Afrique, mais transformés ailleurs. La SADC veut désormais favoriser la valorisation locale, l’agro-industrialisation et le développement de chaînes de valeur régionales. Son agenda industriel identifie notamment l’agro-transformation, la valorisation des minerais et l’industrie pharmaceutique comme secteurs prioritaires.
Les travaux récents de la CNUCED renforcent cette orientation. Ses évaluations publiées en 2026 sur la Zambie et la Namibie cherchent précisément à identifier comment passer de l’exportation de matières premières à des activités à plus forte valeur ajoutée, grâce notamment aux infrastructures, aux compétences, au financement, aux réformes réglementaires et à l’industrialisation verte.
Le corridor de Lobito illustre cette nouvelle géographie économique. Il relie l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie et doit faciliter l’acheminement des minerais vers la côte atlantique. La SADC envisage notamment une nouvelle liaison ferroviaire Zambie-Lobito, la réhabilitation de la ligne Dilolo-Kolwezi et la création de chaînes de valeur agricoles et minières, jusqu’à la fabrication de batteries et de véhicules électriques.
Le véritable enjeu n’est donc plus simplement de sortir plus rapidement le cuivre ou le cobalt du continent. Il est de savoir quelle part de la chaîne de valeur restera en Afrique australe.
Le thème du sommet place également les infrastructures au centre de la stratégie régionale.
Routes, chemins de fer, ports, énergie, eau, télécommunications et infrastructures numériques constituent les conditions matérielles de l’intégration. Le RISDP prévoit des réseaux transfrontaliers permettant de faciliter la circulation des personnes, des biens, des services et des connaissances, ainsi que des corridors interconnectés et des politiques harmonisées.
Les problèmes sont pourtant persistants.Les difficultés rencontrées au poste-frontière de Kasumbalesa, entre la RDC et la Zambie, ont encore illustré en 2025 les effets de la congestion, des procédures douanières, des déficits d’infrastructures et des problèmes sécuritaires sur le commerce régional.
La digitalisation pourrait être un accélérateur. La SADC pousse notamment l’utilisation du certificat électronique d’origine. Huit États membres – Botswana, Eswatini, Malawi, Mozambique, Namibie, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe – avaient déjà migré vers le système électronique en 2025.
Pour Maurice, cette dimension est particulièrement intéressante : l’île n’a pas vocation à rivaliser avec les grands producteurs miniers ou agricoles de la région. Elle peut en revanche chercher à se positionner sur les services financiers, la logistique, le numérique, les services professionnels, l’assurance, l’investissement et les infrastructures maritimes qui accompagnent cette intégration.
L’autre grande priorité sera agricole. La SADC estime que 67,7 millions de personnes étaient confrontées à l’insécurité alimentaire durant la période 2024-2025. Quelque 23 millions d’enfants de moins de cinq ans souffriraient de retard de croissance et 49 millions seraient touchés par la pauvreté alimentaire infantile.
Le changement climatique amplifie le problème. Les sécheresses liées au phénomène El Niño, les inondations, les cyclones et les maladies des cultures et du bétail ont fragilisé les systèmes alimentaires.
En mai 2026, les ministres de l’Agriculture de la SADC ont appelé à une action régionale sur l’harmonisation des réglementations relatives aux engrais, le développement des cultures et la lutte contre les maladies animales.
La transformation agricole signifie donc davantage que produire davantage. Elle suppose des engrais accessibles, des semences adaptées, de l’irrigation, du stockage, des chaînes du froid, des routes rurales, des assurances agricoles, des marchés régionaux et surtout davantage d’agro-transformation.
Le sommet intervient également dans un environnement international beaucoup plus fragmenté.
Le FMI estime que l’Afrique subsaharienne, après une croissance de 4,5 % en 2025 – sa meilleure performance depuis plus d’une décennie – devrait connaître un ralentissement à 4,3 % en 2026. La hausse des prix de l’énergie, des engrais et du transport maritime, ainsi que les tensions géopolitiques, menacent particulièrement les pays importateurs d’énergie et de produits alimentaires.
L’Afrique australe doit donc simultanément gérer ses propres vulnérabilités et naviguer entre de nouveaux rapports de force internationaux autour des minerais critiques, des infrastructures et des chaînes d’approvisionnement.
La question de la sécurité restera par ailleurs centrale. La situation dans l’est de la RDC demeure un dossier majeur. Fin juillet, la SADC, l’Union africaine et le Botswana ont organisé à Gaborone une réunion visant à harmoniser les différentes initiatives de paix dans l’est congolais. Les participants ont insisté sur la nécessité de coordonner les mécanismes africains de médiation et d’accélérer la mise en œuvre des accords de paix.
La SADC vient également de superviser le processus électoral en Zambie, dont les élections générales se sont tenues le 13 août. La mission d’observation s’inscrit dans la volonté de l’organisation de faire de la démocratie, de la paix et de la bonne gouvernance le socle de l’intégration régionale.
Ce que Maurice peut chercher à obtenir
Pour Maurice, le sommet ne devrait pas être uniquement une rencontre politique. L’intérêt mauricien est de tirer parti de la transformation de l’Afrique australe sans se limiter à son rôle traditionnel de petit État insulaire. Trois axes apparaissent particulièrement pertinents. Premier axe : le numérique. À mesure que les chaînes de valeur régionales se digitalisent, Maurice peut se positionner comme plateforme de services, de financement, de données, de cloud et d’intelligence artificielle entre l’Afrique, l’Asie et l’océan Indien.
Deuxième axe : les services autour des corridors. Les nouveaux corridors commerciaux auront besoin de financement, d’assurance, de logistique, de certification, d’arbitrage, de services juridiques et de gestion des risques.
Troisième axe : l’économie bleue. La SADC elle-même met désormais davantage l’accent sur les océans, la pêche et l’aquaculture comme moteurs de croissance. Pour Maurice, cet agenda est naturellement stratégique. La participation du Premier ministre peut ainsi être l’occasion de défendre une conception moins territoriale de l’intégration régionale : Maurice n’a pas besoin d’être grand pour être indispensable à certains réseaux régionaux.
Au fond, le 46e Sommet arrive à un moment où le modèle économique de l’Afrique australe doit évoluer. La BAD estime que la région doit améliorer sa capacité à mobiliser son propre capital, approfondir ses marchés financiers et attirer davantage l’investissement privé. Le FMI arrive à une conclusion similaire à l’échelle de l’Afrique subsaharienne : les économies ne peuvent plus compter principalement sur l’État, la dette et les investissements publics pour générer durablement de la croissance.
Des réformes dans la gouvernance, la réglementation des entreprises et l’ouverture des marchés pourraient, selon le FMI, accroître la production régionale jusqu’à 20 % sur cinq à dix ans si elles sont correctement conçues et mises en œuvre.
C’est donc moins une nouvelle déclaration d’intention qu’un test de crédibilité qui attend les dirigeants à Durban. Le thème du sommet est ambitieux : industrialisation, infrastructures, agriculture, minerais critiques, inclusion et résilience. Mais chacun de ces mots renvoie à la même urgence : transformer les ressources de l’Afrique australe en richesse durable pour ses populations.
Pour Maurice, la question sera de savoir comment participer à cette nouvelle architecture régionale — non plus seulement comme île membre de la SADC, mais comme plateforme entre l’Afrique, l’océan Indien et l’Asie.
En l’absence du Premier ministre, c’est la Deputy Prime Minister, Arianne Navarre-Marie, qui assurera l’intérim à la tête du gouvernement.
Repères : le calendrier du Sommet
La réunion des chefs d’État et de gouvernement du 17 août est l’aboutissement de plusieurs semaines de consultations. La SADC a tenu son Industrialisation Week du 27 au 31 juillet, les réunions d’experts et de hauts fonctionnaires début août, la réunion du Comité financier le 8 août et celle du Conseil des ministres du 12 au 14 août. Les questions de paix et de sécurité ont également fait l’objet de réunions du Troïka de l’Organe les 15 et 16 août.
Le sommet doit ainsi donner une direction politique aux travaux techniques déjà engagés. L’enjeu sera surtout de déterminer ce qui sera financé, ce qui sera accéléré et ce qui sera réellement mis en œuvre après Durban.
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