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Jean-Claude Castelain : Une vie au service du français et du créole
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Jean-Claude Castelain : Une vie au service du français et du créole
Jean-Claude Castelain appartient à cette génération de Mauriciens dont le parcours s’est nourri de rencontres et d’expériences internationales. Diplômé de l’Université de Madagascar, il a d’abord été professeur chez Lorette et au Lycée Labourdonnais, puis journaliste, avant de poursuivre une longue carrière au sein de l’Agence universitaire de la Francophonie à Montréal.
Passionné par les littératures francophones, les cultures créoles et les mondes insulaires, il a contribué non seulement à leur enseignement mais aussi à leur reconnaissance. Ses activités de journaliste et d’animateur culturel l’ont également conduit à s’intéresser au métissage, aux traditions orales et aux sociétés insulaires. Collectionneur et fin connaisseur des îles, il a constitué une importante collection de timbres consacrés aux territoires insulaires, dont le Blue Penny Museum a fait une exposition. Son riche parcours témoigne ainsi d’une curiosité intellectuelle permanente et d’une réussite professionnelle et familiale, avec Annie, son épouse, ses trois enfants et ses deux petits-enfants.
La mère, les trois soeurs et les beaux-frères: Ginette et Hans-Jürgen Brummerloh, Germaine Castelain (mère), Colette et Francis Blanchard, Rose-May et André Lepage, Annie et Jean-Claude.
Comme c’est de coutume à l’époque, c’est une sage-femme, Evelyne Hurpaul (surnommée Zizine), qui fait accoucher Germaine Castelain (née Keisler) le 31 juillet 1944 à Curepipe Road pour donner naissance à JeanClaude, l’aîné de quatre enfants dont trois filles. Germaine naît un 2 juin (1922) et meurt un 2 juin (2021) ; elle fait carrière à la pharmacie Cartwright et épouse Victor Castelain (16.3.1915 – 2.3.1982), comptable de son état chez Blyth jusqu’à sa retraite.
Jean-Claude est envoyé pour ses études primaires à la Curepipe Government School, à la rue Cossigny, une grande maison en bois où, à l’heure de la récréation, l’on sert aux élèves un gobelet de lait et des cachets de vitamines. Pour le secondaire, le Collège Royal de Curepipe abritera le petit Castelain de 1957 à 1964, sous la férule d’un dernier recteur britannique, un certain Brian Bullen, adepte d’une discipline de Sandhurst. Les professeurs qui l’ont marqué : Daniel Koenig et Karl Noël (français), Chitmansing Jesseramsingh (General Paper et Philosophical Society), Régis Fanchette et Armand Maudave (anglais), entre autres. Et ses copains de classe de la même génération, avec qui il a gardé contact : Jooneed Jeeroburkhan (parmi les fondateurs du MMM, grand journaliste retraité du quotidien La Presse de Montréal), Vinesh Hookoomsing (carrière comme enseignant au Mauritius Institute of Education, puis professeur, doyen et pro-vice-chancelier à l’Université de Maurice) et Indrasen Vencatachellum (carrière à l’UNESCO).
Comme la télévision n’est arrivée qu’en 1965, le cinéma est alors le principal loisir : «J’ai vite été un passionné de cinéma. J’ai fréquenté le vieux Ritz (rue Chateauneuf), le Novelty (rue Jerningham) ainsi que le nouveau Pathé-Palace, route du Jardin, à côté du Collège Royal. Je me suis intéressé aux westerns (Le train sifflera trois fois, Règlement de comptes à OK Corral, Shane, Les Cheyennes, Pour une poignée de dollars), puis à certains films marquants (La nuit de l’iguane, Blow-Up, Le guépard, Dans la chaleur de la nuit, Midnight Cowboy, sans oublier ce film culte Easy Rider).» Toute une génération a ainsi acquis une culture cinématographique grâce à trois films par séance, les samedis et les dimanches.
Victor Castelain, le père de Jean-Claude.
Sur ce plan culturel, Victor Castelain, son père, anime un groupe de jeunes, les Cadets de l’Union française, au Centre culturel français de Curepipe : projection de documentaires, animations culturelles autour d’œuvres d’auteurs français et mauriciens, rencontres avec une personnalité, rallyes pédestres, etc. «Comme mon père (épris de surréalisme et écrivain qui s’est tu, selon Pierre Renaud) avait pour amis des écrivains du pays, j’eus le privilège de connaître très tôt Pierre Renaud, Marcel Cabon, René Noyau, Robert-Edward Hart, mais ne savais, à mon jeune âge, quoi leur dire, tant ils m’impressionnaient», se souvient JeanClaude. En 1964, âgé de 20 ans, Jean-Claude fait acte de candidature pour la bourse de l’Alliance française et sont ainsi choisis : luimême, Huberte Moorghen, Musleem Jumeer, Sundar Nagawa, Jean Vallet et Joseph Wan Fok Cheung.
La parenthèse malgache
«En mars 1971, la révolution (rotaka) éclate et je quitte Madagascar en septembre 1971, le cœur lourd. J’avais acquis mes diplômes en 1968 et 1969 et poursuivais quelques études complémentaires et emplois temporaires», se souvient Jean-Claude, de l’accélération des événements politiques, préludes de grandes turbulences depuis le départ forcé du président Tsiranana jusqu’à aujourd’hui encore. Et pourtant, après l’indépendance en 1960, Madagascar connaît, pendant presque dix ans, une grande stabilité politique, pour devenir presque le grenier de l’océan Indien. Maurice importait alors le riz «Perle de Madagascar» et d’autres produits malgaches.
Le couple au Cap Agulhas, à la pointe sud de l’Afrique.
L’Université Charles-de-Gaulle accueille aussi tous les étudiants des îles Mascareignes, dont certains, plus particulièrement les Seychellois, vont avoir un destin politique. L’Université acquiert une belle réputation avec Robert Mallet comme recteur (ce détail a son importance) et le nombre de Mauriciens va en augmentant à mesure que les années passent : Robert Furlong, Hakim Hossenmamode, France Hui Tse Kwong, Germain Commarmond, Finlay Salesse, Jocelyne Paya, Claudine Dumont, Marie-Claire Lasemillante, Marie-Noëlle Renel, Pierre-Marie Moorghen, Gérard Chong Hok Yuen, JeanBaptiste Mootoosamy, Georges Chung Tick Kan et Yvan Collendavelloo, entre autres. Comme beaucoup d’autres, Jean-Claude Castelain travaille aussi à Tananarive, plus particulièrement chez Transcontinent, une agence de voyages ayant pignon sur l’avenue de l’Indépendance, dirigée par Paul France Giraud, un Mauricien d’origine.
À côté de Transcontinent, le Centre culturel Albert-Camus, où le cinéma d’art et d’essai va faire la culture cinématographique, musicale et artistique des étudiants, où JeanClaude va tomber amoureux de celle qui va devenir son épouse, Annie Rosset, la fille du consul de France de Tuléar, étudiante aussi sur le campus tananarivien.
Jean-Claude Castelain et Annie Rosset partagent une vie marquée par les voyages et les rencontres.
Comme le père d’Annie est diplomate de carrière au Quai d’Orsay (France), Annie a un parcours atypique, au gré des affectations de son papa. Née à Lyndhurst (près de Southampton), en Angleterre, en 1949, elle est la fille aînée d’une famille de quatre enfants (deux sœurs et deux frères). Elle devient globe-trotteuse très jeune avec les affectations de son père : Autriche, Turquie, Chicago et, en 1968, Tuléar, à Madagascar.
Dans la jeune vingtaine, elle accomplit, avec des amis, deux fois le tour de Madagascar dans une 2CV Citroën, sur les routes et pistes, gués, rivières… Elle aime la nature sauvage, le désert de la Namibie, les paysages sud-africains, les pourtours du majestueux fleuve Saint-Laurent au Québec, la baie de Somme et les côtes rocheuses de Bretagne, en France, les coins de Maurice peu ou pas fréquentés, la route de la Trace en Martinique… «Elle a choisi de vivre au Québec parce qu’elle souhaitait un pays neutre pour son couple (ni Maurice, qu’elle aime pourtant, ni la France, pays très compliqués dans les années 1970). Un peu sauvage, elle n’aime pas les mondanités, le tape-à-l’œil. Elle est fidèle dans ses riches amitiés. Elle défend ceux qu’elle aime, et gare à celui ou celle qui s’y frotte. Elle aime lire, écouter les nouvelles du monde sur sa radio (déformation professionnelle de recherchiste de presse) et regarder les séries policières télévisées ainsi que les films pas trop cérébraux et compliqués», dit son époux.
Jean-Claude, Jérôme, compagnon d’Aude (fille jumelle), Annie, Brice (fils), Laure (fille jumelle) et ses enfants Clara et Christophe, et son époux Alexandre.
Les débuts ne sont pas faciles : «Elle quitte Madagascar en même temps que moi, en 1971. Elle part en France après un court séjour à Maurice où nous bâtîmes des plans pour l’avenir, comme une pièce envoyée en l’air. Pierre Renaud, qui nous aimait beaucoup, nous encouragea à aller voir le monde à Montréal, où Philippe Lim s’était installé, de même que Jooneed Jeeroburkhan.» Le père d’Annie est entre-temps muté au consulat de France à Québec, et Annie décide d’aller le voir et explorer le terrain. Sur les entrefaites, Pierre Renaud est invité par l’ambassade américaine à Maurice à un voyage d’études aux États-Unis. Il en profite pour faire un saut à Montréal et y rencontrer Annie et Philippe. De retour à Maurice, il m’incite à aller m’installer à Montréal, «une ville et un pays à la mesure de tes ambitions», me dit-il. «Comme quoi Pierre Renaud a joué un rôle important dans nos décisions.» D’ailleurs, JeanClaude Castelain reçoit le titre de chevalier de l’Ordre des Palmes académiques en France.
À Maurice, dans l’attente de partir, Jean-Claude est embauché par Mère Noella comme enseignant au Couvent de Lorette de Curepipe et aussi au Lycée Labourdonnais, où il a comme collègues Patricia DayHookoomsing et Odile Bole-Richard, qui va épouser, en 1974, Pierre Argo. Il fait aussi la connaissance de Mimi, de la librairie Le Cygne, et de son frère Philippe Lim (artiste, écrivain et photographe), qu’il va retrouver par la suite au Canada. Jean-Claude est boulimique sur le plan du travail : il donne un coup de main à Pierre Renaud pour sa page littéraire de l’express, épaule Roger Lecoultre au Centre culturel Charles-Baudelaire, anime des soirées avec Brigitte Masson au Magic Lantern, une boîte de nuit très in de la famille Lim, à Rose-Hill. Par la suite, les démarches terminées, il soumet sa démission au Lycée et prépare ses valises pour le Canada. Il quitte le pays le 18 juillet 1973. Après une escale à Paris, il met le cap sur l’aéroport de Dorval, à Montréal, où Annie l’attend. Après les sunlights des tropiques, il va apprendre à apprivoiser l’hiver canadien de Gilles Vigneault.
L’aventure canadienne
Jean-Claude Castelain et Annie Rosset se marient le 24 août 1973. Ils fêteront, dans sept jours, le 53e anniversaire de leur mariage, qui s’est tenu à la chapelle de la basilique NotreDame du Vieux-Montréal, avec Jooneed Jeeroburkhan et Philippe Lim comme témoins, entre autres. Annie trouve un emploi, après avoir été caissière de nuit dans un restaurant Howard Johnson, comme recherchiste-documentaliste au consulat de France.
Jean-Claude Castelain échange avec J. M. G. Le Clézio lors d’une rencontre culturelle.
Chômeur, Jean-Claude bat le pavé à la recherche d’un boulot. Après quelques essais infructueux, la chance, doublée du hasard, lui sourit : «Je candidatais pour divers emplois, dont un poste de responsable au siège de l’AUPELF (Association des universités partiellement ou entièrement de langue française). Je fus embauché par son fondateur et secrétaire général, M. Jean-Marc Léger (éminent personnage de la Francophonie et également premier secrétaire général fondateur de l’ACCT), ainsi que par son conseiller, le professeur Michel Tétu, directeur du département des études françaises de l’Université Laval, à Québec (que j’avais rencontré fortuitement lors de la réunion de cet organisme à l’université tananarivienne, et qui s’intéressait aux littératures francophones, dont celles de l’océan Indien). Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre, lors de l’entretien, que le président de l’Association n’était autre que le recteur Robert Mallet. Entré en septembre 1973, j’ai passé 35 ans à l’AUPELF, devenue par la suite l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF). J’y ai occupé divers postes : responsable du service des études françaises, directeur de la coopération universitaire, secrétaire du Fonds de coopération universitaire, rédacteur en chef de la revue Universités, rédacteur de l’annuaire des membres de l’AUF, rédacteur de l’actualité universitaire sur le site Internet de l’AUF. La revue Universités fut la toute première publication francophone d’actualités universitaires à être mise en ligne sur Internet, en 1996.»
Il travaille à l’avancement des études françaises au niveau universitaire dans les universités non-francophones. Cela lui permet de voyager dans de nombreux pays. Il organise des colloques et des séminaires, ou y participe, soutient des projets et favorise les échanges de chercheurs, etc.
ooneed Jeeroburkhan et Jean-Louis Thémis (ami malgache) au mariage de Jean-Claude (debout) et d’Annie (à d.) à Montréal.
Un autre programme consiste à analyser les particularités lexicales des pays d’Afrique francophone. Cela permet la réalisation de lexiques et aboutit à la publication d’un Dictionnaire francophone, qui inclut les spécificités du vocabulaire des divers français employés au Sénégal, au Congo, à Madagascar ou à Maurice. Comme plusieurs universités membres sont du monde créole, il a le mandat de développer un projet les concernant. Jean-Claude Castelain contribue également à la mise sur pied de la Faculté de linguistique d’Haïti, à laquelle il participe avec Pierre Vernet, ainsi qu’à l’adoption du créole comme langue officielle d’Haïti, aux côtés du français.
Les initiatives et les exploits de notre compatriote ne s’arrêtent pas là. Il nous en fait le récit : «À Sainte-Lucie, les chercheurs créolistes natifs-natals lancèrent le mouvement Banzil Kreol, appuyé notamment par Édouard Maunick. Mon organisation me permit de joindre le mouvement. De cela naquit la Journée internationale du créole, instituée à Montréal en 1983 par l’académicienne haïtienne Adeline Chancy, Vinesh Hookoomsing, moi-même et quelques autres. On n’avait ni moyen financier ni structure, mais on lança l’idée pour qu’elle soit investie par les mondes créoles des Caraïbes, de l’océan Indien et des diasporas. Le mouvement était lancé et prit de l’ampleur au fil des ans. Les Seychelles ayant adopté le créole comme langue nationale, avec l’anglais et le français, la ministre Danielle de Saint-Jorre soutint fortement les actions du CIEC, de Banzil Kreol et de la Journée internationale du créole auprès des organisations internationales (dont l’UNESCO, qui mit le créole parmi ses priorités). Je lui apportais mon concours pour la réalisation du premier Festival créole des Seychelles (1982) : l’idée a été reprise dans d’autres pays et villes, dont Maurice et Montréal.»
En fonction auprès du secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali.
Ces activités nombreuses et intenses ne lui interdisent pas de fonder une famille. Jean-Claude et Annie ont trois enfants : Brice (6 janvier 1978), diplômé en informatique de l’Université de Montréal et en gestion de HEC Montréal – après avoir travaillé comme programmeur à Montréal, il passe treize ans à Maureva (Ébène Cyber City) et rejoint, en 2026, IBL Energy (Port-Louis) ; Aude (10 juin 1985, jumelle), diplômée de l’Université de Montréal et titulaire d’une maîtrise de HEC Montréal en marketing ; Laure (10 juin 1985, jumelle), titulaire d›une maîtrise en biochimie et d’un doctorat en pharmacie de l’Université de Montréal. Ils sont aussi grands-parents de Clara (huit ans et demi) et Christophe Aumais (trois ans et demi), enfants de Laure et Alexandre Aumais.
Jean-Claude se flatte aussi que ses trois sœurs soient encore vivantes et souvent autour de lui : Rose-May Lepage (née le 19 mai 1946), Ginette Castelain-Brummerloh (née le 28 octobre 1948) et Colette Blanchard (née le 2 juillet 1951), toutes diplômées.
Ce qui est une manière de témoigner que Jean-Claude Castelain a réussi sa vie de famille et sa vie professionnelle. C’est peut-être la définition du bonheur.
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