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Carburants

Un nouveau coup de pression sur le budget des ménages

16 août 2026, 12:30

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Un nouveau coup de pression sur le budget des ménages

Alors que les dépenses courantes pèsent déjà davantage sur les budgets, cette nouvelle hausse ajoute une charge supplémentaire.

Le choc est désormais là. Depuis hier, le litre d’essence coûte Rs 70,65, contre Rs 64,25 auparavant, soit une hausse de Rs 6,40. Le diesel, lui, reste inchangé à Rs 71,25 le litre. Pour les automobilistes roulant à l’essence, l’impact est immédiat. Selon la capacité du réservoir, généralement comprise entre 40 et 65 litres, un plein coûte désormais entre Rs 256 et Rs 416 de plus qu’avant.

Pour ceux qui utilisent leur voiture quotidiennement, la différence peut rapidement s’accumuler au fil du mois. Certains commencent déjà à revoir leurs habitudes.

À Quatre-Bornes, Rohan Seeburn, 36 ans, dit avoir réduit l’usage de sa voiture au quotidien. Il privilégie désormais les transports en commun et n’utilise son véhicule que pour les sorties en famille ou lorsqu’il n’a pas d’autre alternative. Une décision qui lui permet de limiter ses dépenses, d’autant que ses parents disposent eux aussi d’une voiture. «Avec plusieurs voitures dans la famille, cela représente beaucoup», souligne-t-il.

Pour Akbar Khoodoruth, entrepreneur, réduire ses déplacements est en revanche plus difficile, sa voiture étant indispensable à son activité. «J’utilise ma voiture tous les jours pour mon travail. Je dois me déplacer régulièrement et je ne peux pas toujours remplacer ces trajets par les transports en commun. Chaque augmentation finit donc par avoir une incidence sur la manière dont je gère mes dépenses», explique-t-il.

La hausse ne concerne toutefois pas uniquement les particuliers. Les professionnels dont l’activité repose sur les déplacements doivent eux aussi composer avec l’évolution de leurs coûts, avec une marge de manœuvre parfois limitée pour les répercuter sur leurs clients.

Les taxis

Pour Rafick Bahadoor, président de la Taxi Proprietors’ Union (TPU), une hausse des tarifs pourrait ainsi être difficile à absorber par la clientèle. Il estime par ailleurs que les chauffeurs de taxi sont déjà confrontés à une concurrence accrue des compagnies et des applications de transport. «Azordi ena 13 ou 14 konpagni taxi ki fer konkirans deloyal, ki vinn pran travay taxi e zot pe pran komision. Gouvernman pe donn koudme bann konpagni etranze pou vinn pran nou travay avek bann aplikasion etranze. Eski sa politik gouvernman, eski sa model ekonomik ? De plus, ils pratiquent des tarifs plus bas, ‘underfare’, ki pa otorize par la loi», affirme-t-il.

Rafick Bahadoor Rafick Bahadoor.

Dans ces conditions, le chauffeur doit composer avec une clientèle qu’il estime elle-même peu en mesure d’absorber une augmentation. «Nou bann pasaze pa bann kapitalis. Nou osi nou bizin fer bann sakrifis. Si nou kontinie met lame dan zot pos drwat ek zot pos gos pou met dan nou pos, be pasaze zot pos pou devide. E lerla ar ki nou pou travay ? Bann klian sofer taxi se bann dimounn ki pena moyen pou aste enn loto.»

Il cite le cas d’une cliente qui effectue régulièrement le trajet entre Port-Louis et Curepipe. «Mo ena enn kliant ki voyaz avek mwa de a trwa fwa par semenn et elle me paie Rs 1 000 pour le trajet. Kouma mo pou al dir sa kliant-la lesans inn monte, donn mwa Rs 1 200 ? Si mo dimann li ogmantasion, mo kapav perdi sa kliant-la e mo pou bizin kontinie reklam zis Rs 1 000. Donc, on va être très, très prudents, surtout avec les clients personnels», explique-t-il.

Dans d’autres secteurs, le maintien du prix du diesel est en revanche accueilli favorablement. Nasser Moraby, président de l’Association des propriétaires de boulangeries, estime que cette stabilité évite une nouvelle pression sur les coûts des petites boulangeries. «C’est un soulagement que le prix du diesel n’a pas augmenté», dit-il.

Nasser Moraby Nasser Moraby.

Il rappelle les effets de la précédente hausse : «Si pri ti ogmante sa ti pou afekte nou bokou. Il ne faut pas oublier que la dernière fois l’augmentation du prix du diesel nous avait fait perdre déjà 15 sous sur le pain maison qui est passé de Rs 2,60 à Rs 3,90.» Les boulangers restent donc attentifs à toute nouvelle évolution, qui pourrait affecter leurs marges et, à terme, les prix pratiqués.

Le transport public

Dans le transport public, la stabilité du diesel permet également à Rose-Hill Transport (RHT) de contenir une partie de ses coûts. Mais pour son Chief Executive Officer, Sidharth Sharma, l’enjeu dépasse la seule évolution des prix à court terme.

«Cette nouvelle augmentation souligne encore plus le besoin urgent d’avoir un plan à long terme pour les énergies renouvelables», estime-t-il. Les tensions géopolitiques, notamment le conflit en Iran, montrent selon lui la vulnérabilité d’un petit État insulaire qui dépend largement des importations pour son approvisionnement énergétique. «Il y a une soif d’indépendance et il faut exploiter les ressources disponibles», affirme-t-il.

RHT mise ainsi sur la transition vers l’électrique. L’entreprise prévoit de remplacer 20 bus diesel chaque année par des bus électriques. Huit sont actuellement opérationnels et 19 devraient être sur les routes d’ici à fin décembre. Pour Sidharth Sharma, cette évolution doit permettre de réduire progressivement la dépendance aux hydrocarbures et de mieux maîtriser les coûts liés à la mobilité. «En adoptant des bus électriques, Maurice peut non seulement réduire sa dépendance au pétrole importé, mais aussi offrir une alternative plus économique et respectueuse de l’environnement pour le transport public et les entreprises locales», soutient-il.

Sidharth Sharma. Sidharth Sharma.

Pour les ménages, cette nouvelle hausse intervient dans un contexte où les prix restent orientés à la hausse. Selon les dernières données de Statistics Mauritius, l’indice des prix à la consommation est passé de 112,2 points en juin à 112,9 points en juillet 2026, soit une progression de 0,6 % sur un mois. L’inflation s’est établie à 4,4 % en juillet, contre 5,2 % à la même période en 2025. Sur les douze mois à juillet 2026, elle atteint 4 %, contre 3,1 % un an plus tôt.

Pour Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice, l’impact de cette situation varie selon les revenus. «Ceux en haut de l’échelle s’en sortent relativement, alors que ceux au bas de l’échelle, avec des revenus plus modestes, en souffrent», souligne-t-il. La classe moyenne est également touchée, mais l’effet est, selon lui, plus marqué pour les ménages disposant des revenus les plus faibles.

Jayen Chellum Jayen Chellum.

La révision du prix de l’essence s’explique notamment par l’évolution des cours internationaux des produits pétroliers et par la situation du Price Stabilisation Account (PSA). Selon la State Trading Corporation, le déficit de ce mécanisme atteint désormais Rs 3,50 milliards, contre Rs 1,50 milliards le 2 mars, Rs 1,90 milliards le 24 mars et Rs 3,21 milliards le 15 avril.

Pour l’essence, les cours réels observés de mai à juillet, associés aux projections pour août à octobre, faisaient ressortir une hausse de Rs 9,48 par litre, soit 14,75 %. Le prix de référence retenu était de USD 1 032,80 la tonne métrique, avec un taux de change de Rs 47,80 pour un dollar. La hausse finalement appliquée à la pompe est de Rs 6,40 par litre.

Jayen Chellum estime enfin que l’évolution des prix doit aussi être suivie à la lumière des tensions géopolitiques. Les perturbations pouvant toucher les produits pétroliers, le fret ou les matières premières sont susceptibles de se transmettre progressivement aux différents maillons de la chaîne d’approvisionnement, jusqu’au consommateur.

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