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La BoM surveille l’inflation… Qui surveille la dette ?

14 août 2026, 09:30

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Le taux directeur reste à 4,75 %. La Banque de Maurice (BoM) a choisi la prudence. Derrière ce statu quo monétaire se dessine une question beaucoup plus vaste : combien de temps une économie peut-elle continuer à payer le prix de décisions prises lorsque les taux étaient bas, les promesses électorales généreuses et la dette moins regardée ?

Le Monetary Policy Committee a préféré ne pas ajouter 25 points de base aux 25 déjà imposés en mai. Ce n’est ni un cadeau aux emprunteurs ni un signal de détente. C’est une pause. L’inflation annuelle atteint 4,4 % en juillet, tandis que les pressions sous-jacentes demeurent préoccupantes. La croissance, elle, ralentit : 2 % au premier trimestre, contre 3,4 % un an plus tôt. Pour 2026, la BoM table sur 2,8 %.

Autrement dit, la Banque centrale avance sur une ligne de crête. Trop serrer la vis risquerait d’étouffer une économie déjà moins vigoureuse ; trop desserrer pourrait laisser l’inflation s’installer. À Maurice, où une grande partie des tensions sur les prix est importée, elle ne peut contrôler ni le pétrole, ni le fret, ni les guerres. Elle peut en revanche éviter qu’un choc extérieur ne se transforme en inflation durable. C’est précisément pourquoi le message de la gouverneure, Priscilla Muthoora Thakoor, mérite d’être entendu : le statu quo ne signifie pas relâchement. La BoM attend de mesurer les effets de la hausse de mai et garde ses options ouvertes.

Cette prudence monétaire contraste singulièrement avec l’imprudence qui a parfois caractérisé la politique budgétaire. Comment considérer comme «normale» une dette publique proche de 90 % du PIB, un déficit budgétaire de 9,3 %, soit environ Rs 67 milliards, et une facture d’intérêts de Rs 26 milliards par an ? Et si cette charge doit encore augmenter d’environ Rs 10 milliards d’ici 2028- 2029, malgré la réforme des pensions, peut-on encore sérieusement parler de soutenabilité ?

La question des pensions est ici centrale. KC Ranze nous rappelait, dimanche, que depuis 2015, la Basic Retirement Pension (BRP) a connu une succession d’augmentations spectaculaires : Rs 5 000, puis Rs 9 000, Rs 13 500 et enfin Rs 15 000. En une décennie, la pension de base a été multipliée par quatre, bien davantage que l’inflation. En 2024, la surenchère électorale a même conduit à des promesses de Rs 20 000, puis de Rs 21 500.

La démocratie permet les promesses. Elle ne supprime pas les factures. Le problème n’est pas de contester le droit des retraités à une vieillesse digne. Il est de savoir qui paie, combien et pendant combien de temps. L’espérance de vie a progressé d’environ 16 ans depuis l’introduction de la BRP en 1958. Dans le même temps, le ratio entre actifs et retraités s’est profondément dégradé : environ 16 travailleurs pour un retraité de 65 ans et plus en 1962, contre seulement 4,7 en 2025.

Le système par répartition n’est pas une machine à billets. Il dépend d’un pacte entre générations. Lorsque le nombre de cotisants diminue tandis que celui des bénéficiaires augmente, les droits acquis d’aujourd’hui deviennent les impôts de demain. C’est là que la réforme des pensions prend tout son sens. Repousser l’âge de la retraite, réviser les mécanismes d’indexation et mieux cibler les prestations ne sont pas nécessairement des actes d’austérité. Ce sont des tentatives pour rendre le système compatible avec la démographie réelle du pays.

On peut naturellement débattre de la méthode, du calendrier et de l’équité. Mais prétendre que rien n’a changé depuis 1958 serait une étrange manière de gouverner. Il en va de même pour les recettes fiscales. Si Rs 26 milliards de recettes additionnelles avaient été anticipées au Budget 2025-2026, mais que seulement Rs 16 milliards ont finalement été encaissées, il faut s’interroger. Non pour conclure automatiquement à l’échec, mais pour mesurer l’écart entre les prévisions, la réalité économique et la capacité de l’État à lever l’impôt.

La BoM, elle, semble avoir compris la leçon de la prudence. Elle regarde les chiffres avant de bouger. Elle n’annonce pas à la légère ce que l’économie ne peut supporter. Elle accepte qu’une pause soit parfois plus responsable qu’un geste spectaculaire. Le gouvernement devrait en faire autant. Le véritable risque pour Maurice n’est pas un taux directeur à 4,75 %. C’est de croire que la croissance, les recettes fiscales, la dette et les pensions peuvent continuer à évoluer indépendamment les unes des autres. La BoM surveille l’inflation. Il serait temps que la politique surveille davantage l’arithmétique.

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